Coupe Davis : l'ascension fulgurante de Lucas Pouille, le nouveau héros des Bleus

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TENNIS – Lucas Pouille a beau n’avoir que 23 ans, il a endossé - et assumé - sur ses épaules la nouvelle responsabilité de leader du tennis français. Pour preuve, il a offert à la France ce dimanche sa 10e Coupe Davis, remportant avec autorité le dernier match de la finale face à la Belgique. Avant cette nouvelle étape dans la carrière du Nordiste, retour, en cinq dates, sur les tournants qui ont jalonné la trajectoire de ce surdoué.

Lucas Pouille (n°18 à l'ATP) n'est pas encore n° 1 français. Pas encore, en tout cas. Car au regard de l'état de forme de ses glorieux compatriotes - Jo-Wilfried Tsonga (15e), Richard Gasquet (31e) ou Gaël Monfils (46e) - il ne devrait pas mettre longtemps à s'installer au sommet de la hiérarchie tricolore. Car malgré une saison 2017 mitigée - deux titres en ATP 250 entre février et avril (sur terre battue et gazon) mais des déceptions à Roland-Garros, Wimbledon et récemment à l'US Open -, le résident de Dubaï reste la valeur montante du tennis tricolore. 


A tel point que Yannick Noah, capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, en a fait le leader des Bleus, lui confiant avec réussite les clés du dernier match de la finale face à la Belgique (3-2).

 Une carrière menée vitesse grand V, sur laquelle LCI revient en 5 dates.

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Lucas Pouille, une trajectoire fulgurante

2006 : des débuts laborieux

La trajectoire fulgurante de Lucas Pouille a cela de surprenant que, contrairement à la majorité de ses collègues, lui n'a jamais flambé sur le circuit junior. "Lucas n'était pas le joueur le plus talentueux. Son talent, c'était le travail. Il était sérieux, exemplaire à l'entraînement, voulait toujours en faire plus. Et c'était un meneur qui transmettait des ondes positives à ses camarades", indique ainsi Patrick Labazuy, qui fut son formateur à Poitiers, de 2006 à 2009. Au tournoi des Petis As de Tarbes, qui a notamment vu flamber Richard Gasquet, Rafael Nadal ou Gaël Monfils, il se rate complètement en janvier 2008. Un épisode fondateur : le recadrage qui a suivi l’a conduit à se montrer toujours combattif par la suite, et à renoncer à la pression qu’il se mettait, seul, par son perfectionnisme.

En 2013, plus jeune Français à passer un tour à Roland-Garros

Il venait d’avoir 19 ans. Il était beau comme un enfant, fort comme un homme. C’est l’Américain Alex Kuznetsov, défait au premier tour, qui l’a réalisé sur la terre battue de la Porte d’Auteuil. La France découvre, ébahie, cette graine de champion. Mais son entraîneur, Emmanuel Planque, lui, préfère alors relativiser : "Quand bien même c'est un tournoi du Grand Chelem, il a déjà joué ce genre de matchs, ce genre de joueurs. Il en a battus. Il savait qu'il pouvait gagner." Il s’agit de ne surtout pas enflammer un joueur qui, jusqu’alors, n’a gagné des matchs que dans des tournois Challenger (la deuxième division du tennis) sur le circuit ATP.

En 2016, victoire historique contre Rafael Nadal…

Historique parce que, avant Lucas Pouille, aucun Français n’était encore venu à bout de l’épouvantail espagnol dans un match en cinq sets. Une victoire également synonyme pour le jeune homme, alors âgé de 22 ans, de première qualification en quarts de finale d’un Grand Chelem, l'US Open. Très fatigué, il s’inclinera ensuite contre Gaël Monfils, mais l’essentiel est ailleurs. En l’occurrence dans la marque ainsi laissée. "Le regard des gens a changé depuis ce match. Moi, ça m’a donné encore plus de confiance et de certitudes sur le fait que je pouvais battre les meilleurs, sur les plus grands courts et dans les plus grands tournois du monde", détaillait l’intéressé, fin octobre, sur LCI.

… et une titularisation en Coupe Davis

Lucas Pouille connaît bien Yannick Noah : le joueur s’est tourné vers lui pour lui demander conseils en 2015, pour que le vieux sage lui transmette sa "culture de la gagne". Les deux hommes se retrouvent un an plus tard, quand le dernier vainqueur Français de Roland-Garros (en 1983), devenu capitaine de l’équipe de France, fait appel au jeune homme pour le quart de finale, en avril, puis la demi-finale, en septembre, de la Coupe Davis. "C’est l’espoir du tennis français. Il est même vraiment en avance sur les prévisions. J'espère qu’il va non seulement continuer à avancer, mais aussi pousser tous les autres à aller de l’avant", a expliqué Yannick Noah, satisfait de disposer enfin de quelqu’un en mesure de sortir la génération Tsonga-Monfils-Gasquet de sa zone de confort.

2017, l'année des hauts et des bas

Après avoir remporté son premier tournoi ATP, sur dur à Metz en septembre 2016, Lucas Pouille récidive, mais cette fois sur l’ocre de Budapest, en avril 2017. Une préparation idéale pour Roland-Garros ? Son entraîneur, Emmanuel Planque, voulait alors le croire : "Lucas a encore peu d’expérience mais on pense qu’il est capable de bien jouer sur des formats longs, de faire face à la pression. Donc on va y aller avec un esprit de conquête et beaucoup d’envie", disait-il au Figaro le 5 mai. Malheureusement pour le Français, l'aventure s'est arrêtée dès 3e le tour porte d'Auteuil. De quoi le faire douter ? Pas vraiment, puisque quelques jours plus tard, Pouille remportait à Stuttgart son premier titre sur gazon. De bon augure pour Wimbledon ? Encore une fois, c'est non, puisqu'il est éliminé dès le premier tour... Avant une nouvelle déception à l'US Open, où le Nordiste sort en 8e de finale, dans une partie de tableau pourtant largement à sa main. Il relèvera toutefois la tête vers la fin de saison, avec une victoire probante contre Jo-Wilfried Tsonga, à l'ATP 500 de Vienne, en octobre. De quoi lui faire entrevoir une place aux Masters et le titre honorifique de numéro 1 français en cas de bon parcours à Bercy. Las ! A Paris, il tombera des mains du futur vainqueur, l'Américain Jack Sock, dès les huitièmes de finale.

Et la Coupe Davis comme zénith

Malheureux dans les tournois du Grand Chelem, Lucas Pouille va en revanche revêtir le costume de héros ce dimanche en remportant le dernier match de la finale opposant la France à la Belgique en Coupe Davis, alors que les Diables Rouges venaient d'égaliser à deux points partout grâce à un succès de David Goffin face à Jo-Wilfried Tsonga (7-6, 6-3, 6-2). Dévoré par le même Goffin lors du match inaugural le vendredi, Lucas Pouille s'est remis en ordre, ne faisant qu'une bouchée de son adversaire, Steve Darcis, "monsieur 5e match", en s'imposant sur un score net et sans bavure (6-3, 6-1, 6-0). Grâce cet ultime succès, le natif de Grande-Synthe, dans le Nord, offre un dixième saladier d'argent aux Bleus et ponctue par la même occasion son année en beauté.

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