Roger Piantoni : "Comme Zidane et Platini, Kopa avait un temps d'avance sur les autres"

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INTERVIEW – Coéquipier de Raymond Kopa en attaque lors de l’épopée de la Coupe du monde 1958, conclue en demi-finales, et durant cinq saisons en plein âge d’or du Stade de Reims, au début des années 1960, Roger Piantoni, 85 ans aussi, raconte à LCI.fr comment était le premier Ballon d’or français de l’histoire, décédé ce vendredi matin des suites d'une longue maladie.

On reconnaît le bonheur, paraît-il, au bruit qu’il fait quand il s’en va. Raymond Kopa s’en est allé ce vendredi matin, à l’âge de 85 ans. Alors on a passé un coup de téléphone à Roger Piantoni, son partenaire d’attaque à Reims et chez les Bleus, pour qu’il nous raconte, d’une douce voix,  son Kopa à lui.

LCI : Quel est votre ressenti après avoir appris la mort de votre ancien coéquipier Raymond Kopa ?

Roger Piantoni : C’est une immense déception. C’est ma génération… Je ne peux pas dire grand-chose de plus. Dans ces cas-là, on est toujours très déçu. Nous avions gardé contact, on se parlait au téléphone, quand j’ai su qu’il était malade à un certain moment, puis que ça allait mieux par la suite. Mais cela faisait quelques années que je ne l’avais pas vu. J’ai des difficultés pour me déplacer, je dois me servir de cannes maintenant.

LCI : Quelle empreinte a-t-il laissé sur le football français ?

Roger Piantoni : Elle est très importante. Raymond a été un des tout premiers à avoir une notoriété comparable à celles que d’autres joueurs ont eue par la suite. C’était revalorisant pour le football français, sans aucun doute. Retracez sa carrière, à Reims, en équipe de France et au Real Madrid, vous vous apercevrez facilement que c’était un grand.

LCI : Il a joué dans plusieurs équipes très fortes, mais qu’avait-il en plus que les autres joueurs ?

Roger Piantoni : D’abord le talent, c’est indéniable. C’était un déstabilisateur de défenses unique en son genre, grâce à la qualité de ses dribbles et à sa clairvoyance dans la dernière passe. Il avait un style bien à lui. C’était un meneur. Il avait toujours une envie folle d’avoir le ballon dans les pieds. Et cette envie folle, elle se répercutait sur les autres, et il en faisait profiter les autres. Il était moins buteur que ne pouvaient l’être Platini ou Zidane mais, comme eux, il avait un temps d’avance par rapport à ses coéquipiers, il voyait les choses avant les autres footballeurs.

LCI : Vous qui l’avez fréquenté, comment était l’homme ?

Roger Piantoni : (il souffle) Il est difficile à décrire, Raymond ! Il avait pas mal d’humour, c’était déjà quelque chose. Il était très agréable, c’était facile de le côtoyer. Autrement, il avait cette incroyable envie de réussir quelque chose dans sa vie. Il était ambitieux, au bon sens du terme. En ce qui concerne le foot, c’était une vraie qualité.

LCI : Il a été l’un des tout premiers vice-présidents de l’UNFP, avait-il une fibre syndicaliste ?

Roger Piantoni : Oui, rien que du fait qu’il ait accepté ce poste-là. C’est vrai qu’à cette époque, nous étions tous d’accord et unis pour changer les règlements, afin qu'ils profitent aux joueurs. Et lui était plus particulièrement impliqué. Il utilisait son aura pour défendre les droits des autres footballeurs. On était les premiers à vouloir faire ça. Malheureusement, notre génération n’a pas pu profiter des avantages obtenus. Nous étions déjà en fin de carrière. Mais oui, c’était certainement l’une des grandes ambitions de Raymond.

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