Italie-Espagne : entre Chiellini et Busquets, un duel de vieux briscards

Georgio Chiellini et Sergio Busquets (EURO 2020)

PORTRAIT CROISÉ - L'Italien Georgio Chiellini, 36 ans, et l'Espagnol Sergio Busquets, 32 ans, seront une nouvelle fois les capitaines de leur sélection lors de la demi-finale Italie-Espagne ce mardi à 21h (en direct sur TF1). L'occasion de revenir sur la carrière de deux joueurs hors normes.

Georgio Chiellini et Sergio Busquets sont sans doute les plus grands tauliers encore en lice dans la compétition. Le premier est une icône du football italien du XXIᵉ siècle, avec la Juventus ou en sélection. Le deuxième, dernier héritier du titre espagnol au Mondial 2010, dispose du plus grand palmarès des derniers participants à cet Euro.

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Outre leur longévité, les deux joueurs partagent un même rapport au jeu. Chez eux, tous les coups sont permis. Ils font partie de ceux que les fans aiment détester. Chacun dans leurs rôles, ils sont tous les deux indispensables à leur équipe.

Deux garants de l'identité de leurs équipes

Les deux capitaines sont tout d'abord les joueurs les plus expérimentés de leur sélection.

Avec son titre mondial (2010), celui de champion d'Europe (2012), ses huit championnats d'Espagne et ses trois Ligues des champions, Sergio Busquets affiche un des plus beaux palmarès du football mondial. Dans cet Euro, en l'absence de Sergio Ramos et Gérald Piqué, c'est la référence ultime. Il est aujourd'hui le dernier héritier du Mondial 2010 et le garant de l'identité barcelonaise du jeu espagnol faite de passes courtes et d'activité constante. Longtemps masqué par le talent historique de la doublette Xavi-Iniesta, il dispose aujourd'hui toutes les qualités qui en ont fait un des joueurs préférés de tous ses entraîneurs, Pep Guardiola le premier. "Si je devais me réincarner en joueur, j'aimerais être Busquets" avait même déclaré l'entraîneur catalan, qui n'était pourtant pas manchot en tant que milieu de terrain. 

À 32 ans, Busquets ne devrait pas tarder à passer le flambeau à ses jeunes coéquipiers, Pedri (18 ans) en tête. Son influence sur sa sélection reste cependant inégalée. Avant sa titularisation, la Roja avait démarré par deux tristes nuls face à la Suède (0-0) et la Pologne (1-1). Depuis, elle a marqué onze buts en trois matchs. Certes sans qu'il soit directement impliqué... mais il ne faut pas y voir que l'effet du hasard : "Le match de Busquets est un manuel pratique pour milieux de terrain. Sur ce que doit faire un pivot en défense et en attaque. On sait l'importance qu'il a pour le groupe" a ainsi déclaré Luis Enrique à la suite de la rencontre face à la Slovaquie.

Avec 126 sélections, il est maintenant le cinquième espagnol avec le plus de sélections de l'histoire. 

Giorgio Chiellini, lui, est le garant de l'identité défensive d'une Squadra Azzurra plus offensive que jamais. S'il n'a pas l'élégance de ses ancêtres comme Franco Baresi ou Paolo Maldini, il reste un des grands défenseurs italiens du XXIᵉ siècle. Nonuple champion d'Italie et double finaliste de Ligue des champions avec la Juventus, le joueur ne compte pas moins de 110 sélections avec la Nazionale.

À bientôt 37 ans, celui qui pourrait raccrocher les crampons au niveau international après l'Euro ne se cache pas de ce goût pour la défense. Après la non-qualification de l'Italie pour le Mondial 2018, il déclarait notamment : "Pep Guardiola a gâté et gâché le défenseur italien. (...) C'est un entraîneur fantastique avec un esprit fantastique mais les éducateurs italiens ont essayé de le copier sans avoir la même connaissance et, au cours des dix dernières années, nous avons perdu notre identité. (...)  Nous avons perdu l'identité de Maldini, Baresi, Cannavaro, Nesta, Bergomi, Gentile, Scirea... Entre 1984 et 1995, on a que Bonucci. En dix ans, on n’a pas lancé un bon défenseur. J'espère maintenant que nous pouvons redémarrer le football italien". 

Le duo Chiellini-Bonucci, inséparable en club (sauf en 2017-2018) et en sélection depuis 2010, constitue sans doute la charnière la plus iconique du football actuel. Ne comptez pas sur un "good cop, bad cop", les deux sont "moches et méchants" d'après les mots de Bonucci. Cette association est une des clés pour comprendre pourquoi la Nazionale n'a encaissé que deux petits buts sur les treize derniers matchs.

Des styles différents

Cette prise de position est logique pour un joueur qui donne tout pour son équipe, dans un style rugueux et inimitable. Avec ca carrure de déménageur, le défenseur central n'est pas le genre de joueur que l'on peut qualifier d'élégant. En revanche, son impact physique transperce l'écran et sa combativité est sans faille. Il a d'ailleurs évoqué s'être cassé au moins quatre fois le nez  parce qu'il "ne peut pas se retenir" lorsqu'il y a la possibilité de sauver un but.

Le Toscan se décrit, auprès du Daily Mail comme le "vilain petit canard". "Je n'ai jamais été le meilleur de ma classe d'âge. J'étais comme le vilain petit canard  parce que je ne suis pas du tout beau à voir, mais j'ai toujours progressé. J'ai 33 ans mais je joue ma meilleure saison. Il n'y a pas de secret ;  juste de la passion et du travail" avait-il notamment déclaré.

Sergio Busquets est lui beaucoup plus talentueux et discret. Le milieu de terrain barcelonais est naturellement doué techniquement. Il se déplace souplement sur le terrain, à tel point qu'il est aisé de manquer son influence, considérable, sur le jeu. "Quand tu regardes le match, tu ne vois pas Busquets, quand tu regardes Busquets, tu vois le match dans son entièreté"  a ainsi dit de lui Vicente Del Bosque, le célèbre entraîneur espagnol, à la tête de la Roja en 2008, 2010 et 2012. Une accolade à la hauteur de la vista d'un des plus grands milieux de terrain de ce début de siècle.

Le vice dans la peau

La panoplie de Busquets ne se limite cependant pas à sa capacité à fluidifier le jeu de son équipe. Il suffit de voir le début de match face à la Slovaquie pour s'en convaincre. En quinze minutes, il a harangué ses coéquipiers jusqu'à plus soif, distribué un ou deux tacles bien sentis, mis la pression à l'arbitre de la rencontre pour qu'il utilise la VAR - ce qui a entraîné un penalty -, puis il est resté de longs instants au sol sur un contact anodin avec Kucka. 

Le capitaine indiscutable de la Roja est à la fois un milieu récupérateur brillant et un joueur qui peut agacer. Célèbre notamment pour une simulation ridicule contre l'Inter Milan en 2010 ayant entraîné l'exclusion de Thiago Motta, il ne rechigne pas à jouer de roublardise. Dans des compétitions aussi importantes, son caractère est un atout indispensable.

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Ce n'est pas Chiellini qui dirait le contraire. Le Transalpin a fait de la maîtrise du vice et de la faute tactique une de ses marques de fabrique, sans rien enlever à ses talents de défenseur. On l'a ainsi vu face à la Belgique au contact constant de l'attaquant belge Romelu Lukaku. Les duels entre les deux étaient virils mais corrects, ce qui n'est pas toujours le cas. Et, même si Spinazzola a dû intervenir sur sa ligne à la 61ᵉ minute, Lukaku n'a toujours pas marqué contre le défenseur de la Juventus, en club ou en sélection. 

L'Italien aime le duel dans tous ses aspects, même les moins admissibles. Il a ainsi écrit dans son autobiographie "Io, Giorgio", après avoir été mordu par Luis Suarez lors de la Coupe du monde 2014 : "J'admire sa malice. S'il la perdait, il deviendrait un attaquant normal (...) Lui et moi sommes semblables. J'aime affronter de tels attaquants.(...) Moi aussi je suis un gros fils de p*** sur le terrain et j'en suis fier". Ce qui ne l'avait pas empêché de dénoncer l'Uruguayen en montrant les marques à l'arbitre pour tenter de le faire exclure, évidemment.

Des duels historiques

Busquets-Chiellini, ce sont enfin deux noms qui ont marqué l'histoire du football des années 2010 par des affrontements épiques. Ce qu'il manque à l'Italien en palmarès, on le retrouve la plupart du temps dans l'escarcelle de l'Espagnol. En 2012, les deux sont titulaires quand l'Espagne écrase l'Italie (4-0). Même leçon en 2014 lorsque Barcelone défait la Juventus en finale de la Ligue des champions (3-1).

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Le Transalpin a toujours su prendre sa revanche. À l'Euro 2016, il ouvrait le score pour sortir l'Espagne en huitièmes de finale (2-0). Quelques mois plus tard, il parachevait la victoire de la Juventus  en quart de finale aller de Ligue des champions (3-0) pour éliminer les Blaugranas. Mais aucun de ses succès n'a été suivi de titre. Pour l'instant.

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