Peng Shuai, la championne de tennis chinoise que Pékin veut faire taire

La photo de Peng Shuai partagée sur les réseaux sociaux pour sensibiliser au sort de la joueuse.

PORTRAIT - Portée disparue depuis le 2 novembre, après avoir accusé publiquement un haut dignitaire du Parti communiste chinois de viol, Peng Shuai serait sortie de son silence dans un mail troublant qu'elle aurait rédigé. Pas de quoi rassurer sur la sécurité de la lauréate en double de Roland-Garros 2014.

"Bonjour à tous, c'est Peng Shuai. (...) Je ne suis ni disparue ni en danger. J'étais juste au repos chez moi, tout va bien." Après plus de deux semaines sans donner le moindre signe de vie, elle est réapparue au travers d'un courriel. Un message qu'elle a (soi-disant) écrit et (prétendument) envoyé, diffusé par le compte Twitter de la chaîne d'État chinoise CGTN, mercredi 17 novembre. Une preuve de vie, à l'origine suspecte, puisque non authentifiée, qui n'a fait "qu'augmenter l'inquiétude" de Steve Simon, le président de la WTA, "quant à (la) sécurité et (la) localisation" de la championne de double féminin. 

Le contenu du texte, en anglais, soulève des doutes. "J'ai du mal à croire que Peng Shuai ait effectivement écrit l'email que nous avons reçu et qu'elle puisse penser les mots qui lui sont attribués", a déclaré le patron de l'association en charge du circuit professionnel féminin de tennis. Les propos, prêtés à la joueuse de 35 ans, vont à contre-courant des déclarations qu'elle a faites contre un ancien vice-Premier ministre. "Les informations, notamment concernant l'accusation d'agression sexuelle, sont fausses", affirmerait-elle. Or, le 2 novembre sur Weibo, elle a publiquement accusé Zhang Gaoli, l'un des hommes les plus puissants de Chine entre 2013 et 2018, de l'avoir violée, trois ans plus tôt. Des accusations qui ont disparu depuis de l'internet chinois. 

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Son silence inexpliqué depuis a secoué la communauté du tennis. "C'est choquant qu'elle ait disparu", a réagi le numéro 1 mondial Novak Djokovic. "Espérons qu'elle sera (re)trouvée, qu'elle va bien." Peu de temps après, Naomi Osaka s'est manifestée à son tour sur Twitter, se disant "choquée de la situation actuelle". Un message qu'elle a accompagné du hashtag #WhereIsPengShuai (#OùEstPengShuai, en VF), destiné à inonder sur les réseaux sociaux pour obtenir de ses nouvelles. "Nous devrions tous être inquiets, c'est grave, où est-elle ? Est-elle en sécurité ?", s'est inquiétée l'ancienne championne américaine Chris Evert, quand le joueur britannique Liam Broady, lui, a expliqué ne "pas croire que ce genre de choses arrive au XXIe siècle."

D'une anomalie cardiaque à numéro 1 mondiale

Étouffée en Chine, la disparition de Peng Shuai connaît un retentissement mondial. Parce qu'elle n'est pas la première personnalité chinoise à s'évanouir dans la nature, après avoir s'être montrée critique ou avoir porté des accusations à l'égard du Parti communiste ou d'un de ses éminents membres. Parce qu'elle est aussi un visage bien connu du tennis féminin.

Née en 1986 à Xiangtan, dans la province du Hunan, cette fille de policier a été initiée, dès ses 8 ans, à la petite balle jaune par son oncle Zhang Fan, un entraîneur renommé en Chine. À l'âge de 12 ans, lors d'un examen de routine, les médecins découvrent qu'elle souffre d'une anomalie cardiaque. Elle est opérée un an plus tard, malgré les réticences de sa famille, "parce qu'(elle) aime le tennis", comme elle se justifiera plus tard dans un spot pour la campagne publicitaire d'Adidas "Impossible is nothing" ("Rien n'est impossible"). En 2001, âgée de 15 ans, elle débute sa carrière en simple. Elle remporte son premier tournoi en simple à Baotou, en Mongolie-Intérieure. Un palmarès qu'elle étoffe avec le temps. 

Une suspension de six mois

Parvenue à se hisser, le 22 août 2011, à la 14e place mondiale, son meilleur classement en simple, c'est en double que Peng Shuai a gagné ses lettres de noblesse. En 2013, elle remporte Wimbledon puis le Masters, avec son amie d'enfance et partenaire Hsieh Su-wei. Première joueuse chinoise à devenir numéro 1 mondiale dans la catégorie (elle y restera 20 semaines), elle s'impose à Roland-Garros en 2014, toujours en double, et atteint les demi-finales de l'US Open en simple. 

La suite de sa carrière est moins glorieuse. En 2015, des blessures au dos et au poignet l'éloignent des courts. Trois ans plus tard, en 2018, elle écope de six mois de suspension et de 10.000 dollars d'amende par la Tennis Integrity Unit, le programme anti-corruption de la Fédération internationale de tennis (ITF). Elle est accusée d'avoir eu recours "à l'intimidation et à une tentative de corruption" envers sa partenaire de toujours pour la pousser à se retirer de Wimbledon l'année précédente. Plus rare dans les tournois, Peng Shuai n'a plus joué en simple depuis le tournoi indoor de Doha, organisé au Qatar en février 2020, et en double à la Billie Jean Kean Cup (ex-Fed Cup), en mars de la même année. Au moment de sa disparition, le 2 novembre 2021, l'ancienne idole chinoise - 306e en simple, 192e en double - était retombée dans un semblant d'anonymat. 

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