Droits TV : le pire est-il à venir pour le football français ?

Droits TV : le pire est-il à venir pour le football français ?

QUESTIONS - Après le fiasco Mediapro à la fin de l'année 2020, la Ligue de football professionnel a subi un nouveau revers lundi 1er février avec un appel d'offres n'aboutissant pas. D'où cette interrogation : quels scénarios pourraient se dessiner dans les semaines à venir pour le football français ?

Depuis la fin de l’année 2020 et le désistement désastreux de Mediapro, incapable de payer les 1,2 milliard d’euros négociés pour les droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2 pour la période 2020-2024, la Ligue de football professionnel (LFP) se retrouve dans une situation extrêmement délicate. Lundi, le nouvel appel d’offres effectué a été un échec, aucun potentiel diffuseur n'ayant formulé d'offre suffisante, Canal+ et beIN Sports choisissant même de boycotter l'appel d'offres.

Après ce nouveau revers, quels scénarios sont désormais possibles pour l’attribution des droits TV ? Pour Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges (CDES), joint par LCI, tout est désormais possible dans ce feuilleton qui risque de s’éterniser encore quelques semaines, alors que la LFP s’est donnée 48h "pour définir les prochaines étapes de la commercialisation de ses droits".

LCI : Se dirige-t-on d’ores et déjà vers le pire scénario possible pour la Ligue ?

Christophe Lepetit : On peut effectivement se diriger vers ce scénario du pire si, à l’issue des 48h que se sont donnés les dirigeants pour acter de la suite du processus, on va vers des négociations de gré à gré, qui s’avèrent compliquées, longues, placées en plus sous la menace des procédures intentées par Canal +, et qui finalement aboutiraient à une sorte de face à face Canal +-LFP. Canal + aurait globalement la main puisqu’il y a un besoin urgent de liquidités et de trouver un diffuseur du côté du football français. Les négociations pourraient durer assez longtemps et pourraient déboucher in fine sur un montant qui ne serait peut-être pas de nature à faire passer la fin de saison aux clubs et surtout à pouvoir se projeter sur les trois années quI restent.

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Pas d'autre option possible ?

Je pense que si, à la suite de l’appel d’offres d’hier, même s'il s’est avéré infructueux. Un autre scénario pourrait s’écrire, faisant que la LFP et les clubs, ayant vu des acteurs comme Amazon et DAZN, se disent : "Finalement, essayons de passer les quelques semaines et quelques mois qui restent d’ici la fin de saison". Ou encore "donnons-nous du temps pour lancer un appel d’offres complet, incluant le lot n’ayant pas été remis en jeu lundi, marketons différemment nos offres". En d'autres termes, "nos dix matchs, on les propose différemment, on fait des offres et des lots qui puissent être très attractifs pour Amazon, DAZN ou Discovery." 

Dans ce cas-là, un semblant de concurrence pourrait être palpable sur le marché, avec un système d’enchères qui permettrait de retrouver un montant de droits, certainement très inférieur à 1,2 milliard d’euros, mais qui pourrait être de nature à satisfaire toutes les parties et donc atteindre un montant aux allures des 800 millions d’euros dans les hypothèses les plus optimistes. 

Enfin, il pourrait y avoir un scénario intermédiaire, qui pourrait être une négociation de gré à gré durant laquelle on pourrait discuter avec Amazon et autres, trouver des matchs qui les intéresseraient et trouver une solution globale qui satisfasse tout le monde. Cependant, dans ce cas-là, les arguments de Canal + devant le tribunal de commerce ou la haute autorité de la concurrence seraient valables et il y aurait toujours un risque juridique dans les semaines à venir.

Quelles seraient les solutions pour les clubs en cas de droits TV revus fortement à la baisse ?

Si on sort avec un montant de droits très affaibli, il va falloir que les clubs ajustent très nettement leur structure de coût, en particulier leur masse salariale, entrainant très certainement le non-renouvellement d’un certain nombre de contrats arrivant à échéance. Ou alors en renégociant les salaires à la baisse quand cela est possible. De manière plus globale, il faut que les clubs réussissent à terme à faire progresser le montant des autres revenus, en particulier les recettes de jours de matchs et les recettes commerciales. Aujourd’hui, près de 60% des revenus des clubs proviennent des droits TV. Donc, forcément, quand un investisseur vous claque entre les doigts, c’est un vrai risque. 

Il faudrait réfléchir à cela mais malheureusement cela ne se fait pas d’un claquement de doigts. Ce sont des stratégies qui prennent du temps, nécessitant d’investir dans des infrastructures. Un acte manqué à l’Euro-2016 où seul l’Olympique Lyonnais a construit son stade et l’exploite. Le PSG exploite également le Parc des Princes, mais les autres n’exploitent pas réellement leurs enceintes. Pire, certains sont dans des partenariats public-privé financièrement très peu rentables, qui coûtent plus cher qu’ils ne rapportent. Il faut absolument que les clubs se développent sur cette partie-là. Cependant, cela ne permettra pas à très court terme de sortir de l’impasse.

Une augmentation des prix de la billetterie pourrait-elle être une des solutions ?

Pour pouvoir mieux marketer des offres de billetterie et vendre au bon prix les places, il faut retrouver de l’agilité dans l’exploitation des enceintes sportives. Je ne suis pas sûr qu’en augmentant le prix des places, cela augmente mécaniquement les recettes de jours de matchs. D’une part car nous sommes dans un contexte économique particulièrement difficile et le consentement à payer risque d’être compliqué à obtenir. Cela pourrait même dissuader les gens de venir. D'autre part, l’acceptabilité sociale d’une augmentation du prix des places pourrait faire dire à certains qu’ils n’ont plus envie de payer pour les erreurs des autres et de continuer à financer les clubs. Très clairement, il faut mieux connaître le public, notamment celui qui est intéressé par le football mais qui ne vient pas dans les stades. Il faut pouvoir leur proposer des services au-delà des matchs, qui vont les faire venir et vont faire en sorte qu’ils dépensent plus, en billetterie ou produits dans le stade.

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On le savait très intéressé des choses du football. On ne savait pas que François Hollande avait accordé à tous les sports une part importante de son histoire personnelle. L’ancien Président de la République se confie sur cette relation particulière faite d’émotions, de transmission. Sur ces moments, dans l’exercice du pouvoir, où le sport a joué un rôle décisif. Voici les mots d’un authentique passionné.

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