Ysaora Thibus sur les traces de Laura Flessel : "Repousser mes limites pour aller chercher l'or à Tokyo en 2020"

LAME DE GUERRIÈRE - Médaillée de bronze en individuel aux Mondiaux 2017 comme à l'Euro, l'escrimeuse Ysaora Thibus est la nouvelle icône de la discipline. La Guadeloupéenne, exilée en Californie depuis août dernier, a des ambitions à la hauteur de son talent. LCI a pu s'entretenir avec l'athlète, entre deux séances d'entraînement.

Elle est l'espoir de toute une génération. À 26 ans, Ysaora Thibus est la nouvelle perle de l'escrime français. Depuis sa cinquième place aux Jeux olympiques de Rio en 2016, la sextuple championne de France de fleuret et multiple médaillée de bronze et d'argent aux championnats d'Europe et du monde, la Guadeloupéenne a gagné en maturité et en expérience. 


Plus de vingt ans après la guêpe Laura Flessel, médaillée d'or aux Jeux d'Atlanta 1996 en épée individuelle et par équipe, cette guerrière des temps modernes met toutes les chances de son côté pour marcher sur ses traces. En août dernier, la tireuse tricolore s'est lancée un nouveau défi en s'installant aux États-Unis, où elle travaille désormais avec l'Ukrainien Sergei Golubitsky, l'un des meilleurs fleurettistes de l'histoire. À ses côtés, l'ambassadrice de l'équipementier Adidas entend donner un nouvel élan à sa jeune carrière et "repousser (ses) limites" pour ravir dans deux ans l'or olympique, son objectif suprême, aux Jeux olympiques de Tokyo.

Contactée par LCI, alors que la saison suit son cours, Ysaora Thibus est déjà prête et en garde. La numéro un française de fleuret raconte son quotidien aux États-Unis, détaille ses ambitions pour l'avenir et évoque l'organisation des Jeux olympiques d'été 2024 à Paris. 

L'escrime, ça a été le coup de foudreYsaora THIBUS

LCI : Depuis toujours, les Antilles-Guyane font le bonheur de l'escrime tricolore. Comment explique-vous qu'il existe un réservoir aussi dense pour le haut niveau ?

Ysaora THIBUS : Au fil des années, on a pu constater que c'est un vivier d'escrimeurs, principalement au fleuret et et à l'épée. Génération après génération, depuis Laura Flessel notamment, la même quantité d'athlètes parvient à atteindre le haut niveau. Je n'ai pas d'explication claire ou prouvée, mais mon sentiment est que nous sommes inspirés par celles et ceux qui étaient là avant nous. On veut arriver au même niveau. On s'entraîne très dur et très jeune dans cette dynamique de compétition et de coaching assez intensif. On a tous ce rêve d'aller aux Jeux parce que d'autres avant nous l'ont fait. Il faut aussi reconnaître que le très bon encadrement et la très bonne formation en Guadeloupe jouent énormément.

LCI : D'où vous vient cette passion de l'escrime ? Il se dit que vous avez découvert ce sport un peu grâce à votre frère, mais que c'est vous qui avez accroché...

Ysaora THIBUS : C'est vrai, ça commencé comme ça. Ça a été le coup de foudre. Avec tous les licenciés du club, on était un peu comme une famille. On se voyait tout le temps. Même pendant les vacances, on s'envoyait des messages et on voyageait ensemble. Depuis toute jeune, j'ai été inspirée par les plus grands, par tous ces jeunes qui sont partis, ont été en pôle Espoirs puis en pole National. Ça me faisait rêver. Je suivais aussi les exploits de Laura Flessel, même si elle pratiquait l'épée et moi une autre arme, le fleuret.

Inspirant de travailler avec (Golubitsky) qui a tutoyé les anges de notre sportYsaora THIBUS

LCI : L'été dernier, vous avez fait le choix de partir vivre à Los Angeles. Pourquoi avez-vous décidé de quitter la France ? Qu'est-ce qui change pour vous là-bas ?

Ysaora THIBUS : C'est avant tout un choix de vie de partir aux États-Unis. J'ai eu l'opportunité de pouvoir continuer ma carrière là-bas. Je m'entraîne quotidiennement dans un club avec Sergei Golubitsky, une légende de notre sport. C'était cette chance de pouvoir découvrir un peu sa vision de l'escrime, d'apprendre de lui et de suivre cette aventure. Par rapport à ce que j'ai connu en France, c'est très différent. L'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance, ndlr), c'est une grosse machine. On est vraiment avec les équipes de France, on a tout à disposition. On a un soutien de la Fédération, des entraîneurs, du staff médical... Là, je m'entraîne dans un club, avec des jeunes. Ce n'est pas une structure de haut niveau mais j'ai mis tout en place, avec l'aide de mes entraîneurs en France, de la Fédération, pour construire mon équipe et professionnaliser un peu plus mon environnement. Petit à petit, ça se structure.

LCI : Vous parlez de votre coach, Sergei Golubitsky, considéré comme le meilleur fleurettiste de sa génération avec trois titres mondiaux. Que vous apporte-t-il au quotidien ?

Ysaora THIBUS : Déjà en tant que tireur, il avait une escrime exceptionnelle. C'est très inspirant de travailler avec des personnes qui ont tutoyé les anges de notre sport. Il m'apporte beaucoup au quotidien, en termes de technique et de tactique, de la façon de mettre en place certaines choses sur la piste. C'est quelqu'un qui en tant que coach a beaucoup voyagé. Il a aussi cette richesse d'escrime assez différente, ukrainienne et russe, dans laquelle il a grandi. J'apprend beaucoup à ses côtés. En ce moment, j'absorbe énormément à son contact.

Se préparer pour les Jeux olympiques, c'est comme faire un puzzleYsaora THIBUS

LCI : En 2014, vous aviez fait appel au financement participatif pour participer aux JO. La campagne a été un succès. Que retenez-vous aujourd'hui de cette aventure ?

Ysaora THIBUS : C'était enrichissant. J'ai apprécié d'être directement au contact de celles et ceux qui nous suivent. C'était vraiment exceptionnel. On avait vraiment pu partager ensemble l'aventure Rio 2016. Aujourd'hui, j'essaie au maximum de professionnaliser ma carrière. Mon encadrement est beaucoup plus structuré aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque où j'étais encore étudiante. Désormais, j'ai des partenaires solides, comme Adidas, qui me suivent et m'accompagnent. J'espère que ça continuera ainsi jusqu'à Tokyo 2020 et Paris 2024.

LCI : Pour les athlètes, les JO sont l'événement d'une vie. Vous avez participé à ceux de Londres et de Rio. Comment vous préparez-vous aux prochains Jeux ?

Ysaora THIBUS : J'ai eu la chance de faire les Jeux olympiques de Londres en 2012 et ceux de Rio en 2016, qui m'ont permis d'acquérir cette expérience de la préparation pré-olympique. Si vous voulez, se préparer pour les JO, c'est comme faire un puzzle. Il faut tout mettre en place pour se sentir prête le jour J. Aujourd'hui, je monte régulièrement sur les podiums mais je cherche à passer un cap. Je travaille tous les jours pour devenir numéro un mondiale, avec l'ambition de décrocher l'or aux Championnats du monde puis aux Jeux olympiques de Tokyo. Je veux repousser mes limites et continuer d'apprendre sur l'escrime. Je dois faire en sorte que cet escrime me ressemble et me permette d'aller le plus loin possible.

Être porte-drapeau à Paris en 2024, c'est beaucoup trop loin pour l'envisagerYsaora THIBUS

LCI : En 2024, on le disait, les Jeux auront lieu à Paris. Est-ce déjà un objectif pour vous ?

Ysaora THIBUS : Pour être honnête avec vous, je n'y pense pas vraiment. En tant qu'athlète olympique, on fonctionne habituellement par cycle de quatre ans. C'est ce qu'on appelle une Olympiade. Pendant cette période, tout est programmé à l'avance. Après je reconnais que, depuis que je sais que Paris va accueillir les Jeux olympiques en 2024, c'est ancré dans ma tête. C'est un rêve de pouvoir exprimer ma passion et mon art devant ma famille et mes amis. Mais, pour le moment, c'est plus dans le cœur que dans l'esprit.

LCI : Avant Laura Flessel en 2012, aucune escrimeuse n'avait jamais porté le drapeau français aux JO. Vous rêvez-vous en porte-drapeau aux Jeux de Paris en 2024 ?

Ysaora THIBUS : En toute humilité, mon objectif c'est d'être performante dans mon sport. C'est de pouvoir exprimer sur la piste l'escrime pour laquelle je m'entraîne tous les jours. Être porte-drapeau à Paris en 2024, c'est beaucoup trop loin pour l'envisager. Toutes celles et tous ceux qui l'ont été sont de grands noms avec de très grands palmarès. Si, à cette date précise (au moment des JO 2024, ndlr), j'ai leur palmarès, je serais déjà très très fière.

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