Euro 2014 : Cédric Sorhaindo, l'indestructible

Euro 2014 : Cédric Sorhaindo, l'indestructible

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HANDBALL - L'équipe de France dispute dimanche (17h30) la finale de l'Euro face au Danemark, hôte et favori de la compétition. Invaincus en finale sous l'ère Onesta, les Bleus comptent bien glacer une ambiance survoltée. Ils pourront pour cela compter sur Cédric Sorhaindo, leur pivot surdimensionné, qui aurait pu ne jamais jouer au handball à haut niveau.

Son visage renvoie l'image d'un gladiateur. Depuis le match de la Pologne et un coup de coude reçu sur le visage, Cédric Sorhaindo, victime d'une éraflure de la cornée, traîne un œil droit au beurre noir (passé au violet-bleu depuis) sur les parquets danois. Pas de quoi inquiéter celui qui impose toujours sa grosse carcasse (1,92 m, 100 kg) dans les défenses adverses, ne rechignant pas à prendre des coups. Il faut dire que le colosse en a vu d'autres.

S'il vise dimanche un deuxième titre de champion d'Europe avec les Bleus, le pivot de l'équipe de France a failli ne jamais évoluer à haut niveau. Avec lui, l'expression ''colosse aux pieds d'argile'' prend tout son sens. Né avec des tibias tordus, Sorhaindo ne marche pas normalement et ne peut courir. Opéré à l'âge de 3 ans, il parvient à acquérir à la Gauloise de Trinité (Martinique) un niveau qui lui offre de découvrir la métropole, direction Angers-Noyant, fief de nombreux Martiniquais. Où les médecins l'obligent à un nouveau passage sur le billard, pour éviter tout accident. ''J'ai d'abord dû évacuer cette tristesse, nous racontait le joueur avant de s'envoler au Danemark pour sa 7e compétition internationale. A l'époque, je ne pensais pas en arriver jusque-là.''

''A certains moments, j'étais à deux doigts de partir'' de la sélection

Mais le caractère de l'homme prend vite les choses en main. Annoncé ''out'' pour une saison, le Martiniquais revient au bout de 5 mois. Il passe trois ans en Maine-et-Loire, grandit à Paris (2004-2009), pose ses valises 6 mois à Toulouse et rejoint en 2010 Barcelone, l'un des plus grands clubs d'Europe. Une trajectoire sans fausse note, comme en sélection, où il a dû attendre 2009 pour vivre sa première vraie expérience, à 25 ans, à la faveur de certaines blessures à son poste. ''A certains moments, j'étais à deux doigts de partir, confie-t-il. Je n'étais même pas pris, c'était très dur à vivre. Et en 2009, j'ai dû assumer le poste d'un coup. C'était extraordinaire pour moi. Et qu'est-ce que j'entendais ? Que Bertrand Gille n'était pas là. Tout le monde répétait ça, comme si je n'existais pas.''

D'un naturel réservé, parfois même introverti, ''Tchouf'' (''un surnom que j'ai ramené de ma banlieue en Martinique'') reçoit alors un soutien de poids : celui de Nikola Karabatic, qu'il a connu en équipe de France jeune. ''Quand tout le monde doutait de moi, il est venu me voir et m'a dit : 'Ne te mets pas la pression, les responsabilités on les aura ensemble, je serai là pour toi comme tu seras là pour moi.' Ce sont des choses qu'on n'oublie jamais.'' ''Il fait quasiment partie de ma famille'', renchérit Karabatic, son coéquipier à Barcelone depuis l'été dernier.

Plus sûr de lui, plus ouvert il est le grand frère des jeunes

Aujourd'hui, à 29 ans, Sorhaindo a dans cette équipe de France, que le sélectionneur aime hiérarchisée, le rôle de cadre, ou plutôt de grand frère. ''Il a un grand cœur, est très besogneux, très attachant'', présente Patrice Annonay, le gardien du PSG hand, qui l'a côtoyé 8 saisons à Angers puis Paris. ''Il est très professionnel : il avait tout organisé pour un stage destiné aux gamins en Martinique et je peux vous assurer que tout était parfait.''

Au côté d'un Karabatic superstar, d'un Abalo fulgurant ou d'un Omeyer décisif, Sorhaindo est un leader par l'exemple plus que par la parole. ''Certains disent que je suis fait pour vivre dans un monastère, sourit-il. Je suis adepte des belles phrases, on peut toucher beaucoup plus avec les mots que par certains actes, mais il faut pour cela parler peu pour être écouté. Maintenant je suis obligé de m'exprimer un peu plus car je crois que partager mes conseils peut bénéficier à tous. Quand on a des responsabilités, il faut aussi les assumer.''

''Il s'ouvre de plus en plus, il a pris de l'assurance et véhicule toujours autant de bonne humeur'', juge Nikola Karabatic. Qui complète aussitôt : ''Mais il n'a pas changé, il est très droit, très humble, loyal.'' Et refuse que quiconque sorte du chemin qui doit amener l'équipe de France vers les sommets. ''Il ne supporte pas que les autres mettent moins d'investissement que lui, promet Annonay. Quand il faut régler les problèmes, il n'hésite pas à le faire.'' Avant la compétition, au sein d'une équipe encore traversée par le doute, ''l'un des meilleurs pivots du monde'' (Karabatic) espérait ''tout donner, et si on fait ça, on n'aura pas de regrets''. ''En revanche, si on commence à s'échapper, à s'égarer, cela peut nous faire beaucoup plus de mal.'' Ce n'est pas maintenant, à une heure d'une couronne continentale, que lui va s'échapper.

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