Suisse - Espagne : Alvaro Morata, symbole d'une Roja retrouvée

Suisse - Espagne : Alvaro Morata, symbole d'une Roja retrouvée

PORTRAIT - A l'image de sa sélection, l'attaquant espagnol Alvaro Morata a fait le plein de confiance en marquant contre la Croatie en huitième de finale (5-3, ap). De quoi envisager le quart contre la Suisse ce vendredi à 18h avec un appétit renouvelé.

L'Espagne est de retour. Après une préparation tronquée par le Covid, au sortir d'une phase de groupes à deux vitesses, la Roja a retrouvé sa rage de vaincre pour écarter la Croatie en huitième de finale dans un match dingue (5-3 ap).  Elle retrouve les quarts de finale d'une compétition internationale pour la première fois depuis l'Euro 2012, qu'elle avait remportée.

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Portée par une nouvelle génération de grand talent (Pedri, Ferran Torres) et biberonnée par son pilier Sergio Busquets, l'Espagne s'est créée un destin dans cet Euro où plus personne ne l'attendait. Ce renouveau correspond au retour en forme de son attaquant de pointe Alvaro Morata. La combativité de l'Espagnol symbolise la grinta retrouvée de son équipe. 

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Espagne - Suède (0 - 0) : Voir l'énorme raté de Morata en vidéo

Le paradoxe est saisissant. À la 38ème minute du premier match de l'Espagne dans cet Euro, face à la Suède, Alvaro Morata affichait tous ses doutes en ratant le cadre malgré sa position idéale. Mine déconfite, regard bas, l'attaquant devenait le symbole de l'inefficacité offensive de son équipe. Après deux matchs, l'Espagne n'avait marqué qu'un petit but. Derrière, le festival offensif face à la Slovaquie (5-0) n'a pas suffi à réveiller l'intérêt de supporters désabusés.

Face à la Croatie, ce fut une toute autre histoire. L'Espagne était dominée en prolongations quand Morata a dégainé un enchaînement contrôle du pied droit - reprise du pied gauche parfait pour libérer son équipe à la 100e minute de jeu. Il laissait ensuite éclater sa rage, en réponse aux épreuves traversées, entraînant avec lui un peuple maintenant acquis à la cause de sa sélection.

Entre ces deux moments, l'attaquant espagnol a en effet traversé un enfer, surtout après avoir manqué un penalty contre la Pologne. Morata était au centre du tourbillon de critiques qui s'est abattu sur son équipe, dans des proportions largement excessives. "Après le match contre la Pologne, je suis resté neuf heures sans pouvoir dormir. J'ai reçu des menaces, des insultes envers ma famille, des messages qui souhaitaient la mort de mes enfants...", a confié l'attaquant de la Roja à la radio espagnole Cadena Cope. 

Ce désamour avec son public ne remonte pas à hier, et il est profondément lié au profil atypique de l'attaquant espagnol. Morata n'a jamais été un finisseur dans l'âme, et il souffre de manques chroniques dans la finition. C'est en revanche un attaquant complet dont l'apport n'est pas toujours perçu par les fans, surtout espagnols. Même en club, il n'a jamais été prophète en son pays. 

Un globe-trotter du football européen

Formé au Real Madrid, Morata n'a pas réussi à s'installer en équipe première. Il a ensuite bourlingué dans divers grands clubs européens, sans jamais totalement convaincre. S'il a éclos à la Juventus entre 2014 et 2016, il est resté dans l'ombre de Karim Benzema à son retour à Madrid. Transféré en 2017 pour pas moins de 80 millions à Chelsea, il n'a pas été à la hauteur de son indemnité. Après deux saisons, il est revenu en 2019 en Espagne, à l'Atletico Madrid, où son impact a encore déçu. Finalement, c'est à la Juventus cette saison que l'Espagnol a retrouvé son football en inscrivant 20 buts en 44 rencontres, son meilleur total en carrière (à égalité avec 2017 à Chelsea). 

Pourtant, l'Espagnol est loin d'être un mauvais joueur. Il a inscrit une quinzaine de buts en moyenne par saison depuis ses débuts en tant que professionnel. L'Europe se souvient en outre de ses deux buts en demi-finales de Ligue des Champions face à Madrid en 2014 qui avait permis de qualifier la Juventus. Il avait enchaîné avec un but en finale face à Barcelone, qui s'était révélé insuffisant (1-3). L'Espagnol sait être décisif, mais il choisit ses moments.

Un attaquant complet, et pas si maladroit

En sélection, le tableau est similaire. Longtemps dans l'ombre des piliers David Villa ou Fernando Torres, Morata a eu toutes les peines du monde à s'installer comme l'attaquant indiscutable dont la Roja a besoin. Après un Euro 2016 en tant que titulaire (3 buts), il n'a pas été retenu dans le groupe de la Coupe du monde 2018.  L'arrivée de Luis Enrique sur le banc de la sélection a signé son retour dans le groupe, sans vraiment convaincre les critiques qui pointent toujours sa maladresse.

Heureusement pour lui, Luis Enrique lui a toujours assuré un soutien indéfectible. "Cela fait des mois que je vous le dis. On ne dépend pas d'un seul joueur pour marquer des buts... Mais je crois qu'il n'y a pas un seul entraîneur dans le monde entier qui n'admire pas Alvaro Morata. Il peut te générer de la supériorité, de la sérénité, il peut dominer le jeu aérien, il peut marquer des buts, il est puissant physiquement... On doit savoir apprécier le fait qu'Alvaro soit espagnol, et qu'il soit dans notre sélection", déclarait ainsi le sélectionneur espagnol après Espagne-Croatie.

Le jeu d'Alvaro Morata ne saurait en effet se réduire à ses problèmes de finition. L'Espagnol possède un excellent jeu dos au but  couplé à un bon jeu de tête qui en fait un point de fixation utile pour l'Espagne. Il est également un très bon dribbleur capable de mener des contre-attaques extrêmement rapides. C'est aussi le premier défenseur de son équipe, et personne n'a jamais pu remettre en cause son engagement. 

Avant le match face à la Pologne, Enrique avait également relativisé le manque d'efficacité de son attaquant. "Il n'y a qu'un seul joueur dans l'histoire de la Roja qui totalisait plus de buts que Morata, c'est "El Guaje", David Villa, qui est le meilleur buteur de l'histoire de la sélection. Même Raul, pour prendre une autre légende, avait moins de buts que Morata au même nombre de sélections" l’avait défendu Luis Enrique. Les chiffres lui donnent raison.

Avec 21 buts en 44 sélections, l'Espagnol a un ratio de buts par match joués tout à fait correct, à peine inférieur à celui de David Villa (59 buts en 97 sélections) et supérieurs à ceux des légendes Fernando Torres (38 en 110 matchs) ou Raul (44 en 102 sélections). En marquant contre la Croatie, il est devenu le meilleur buteur de l'histoire de sa sélection à l'Euro à égalité avec Fernando Torres (5 buts chacun). 

Ces statistiques n'effacent pas le manque d'efficacité de l'Espagnol. Il trône en effet en tête du classement des occasions ratées dans cet Euro de fotmob.com avec six opportunités manquées depuis le début de la compétition. Elles l'éclairent cependant d'un jour nouveau. 

L'étincelle qui a rallumé la flamme espagnole

Morata se crée énormément d'occasions grâce à son activité débordante et sa science du placement. Son nombre de ratés n'enlève donc rien au poids qu'il pèse sur les défenses adverses, ni au total de buts qu'il finit par inscrire. "Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux", écrivait Samuel Beckett, une citation qui s'applique parfaitement à la persévérance de l'attaquant de la Juventus. Elle fait aussi écho au parcours accidenté de sa sélection et à la force mentale dont elle a fait preuve.

En triomphant de ses doutes et des critiques face à la Croatie, le numéro 7 de la Roja a emmené son équipe vers les quarts. Il a réveillé au passage le public espagnol, qui n'aime rien de plus que la grinta. "On est passés par toutes les émotions : la colère après le 1-0, l'euphorie après le 3-1, la frustration après l'égalisation, l'extase après le but de Morata... Et maintenant, ce pays vibre à nouveau", a célébré Marca, le journal le plus vendu du pays.

Avant d'affronter la Suisse, l'Espagne a retrouvé son appétit, et son attaquant sa confiance. Les Helvètes sont prévenus : ce vendredi, il est bien possible que Morata rate deux ou trois occasions. Mais il sera là pour la quatrième.

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