"Elles font les mêmes sacrifices", la tribune d'Andy Murray contre le sexisme dans le tennis (et le sport en général)

SPORT

TRIBUNE LIBRE - Féministe convaincu et en faveur de revenus égaux pour les deux sexes dans le tennis professionnel, Andy Murray a pris la plume ce lundi pour la BBC. L'Écossais, numéro 3 mondial et double champion olympique en titre, s'attache à démonter le sexisme ordinaire et confie ses espoirs pour l'avenir de son sport.

Andy Murray le dit lui-même, il ne s'est jamais vu comme "un porte-parole de la cause féminine". Dans une longue tribune publiée ce lundi sur le site de la BBC, le Britannique explique pourtant ne pas rire de l'égalité homme-femme dans la société et le sport. Pour justifier sa sortie, il écrit "trouver difficile de regarder une joueuse de tennis dans les yeux" sans prendre position.

Amélie (Mauresmo) n'a pas toujours été traitée pareil- Andy Murray

Allié de la cause féministe, engagé dans cette bataille contre le sexisme ordinaire, il a été le premier à s'aventurer sur un terrain jusqu'alors inconnu, celui d'un joueur entraîné par une femme. En juin 2014, l'annonce de sa collaboration avec Amélie Mauresmo avait fait du bruit dans le monde du tennis. Cela avait valu à l'Écossais quelques remarques machistes sur le circuit. Cette association lui a donné "un petit aperçu des attitudes envers les femmes dans le sport". "Collaborer avec Amélie était normal, pour moi, parce qu'elle était la bonne personne pour ce job", écrit-il sur BBC News. "Cependant, il m'a été clair qu'elle n'a pas toujours été traitée comme les hommes pour un travail similaire, et j'ai donc senti que je devais parler à ce sujet."

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Plus récemment, un journaliste a subi le courroux du Britannique lorsqu'il lui a demandé son avis sur Sam Querrey, premier Américain demi-finaliste d'un Grand Chelem depuis 2009. "Male player" ("joueur masculin", ndlr), a alors répliqué Murray, soulignant que des femmes, des Américaines, se sont elles hissées à ce niveau de la compétition durant cette période. Et donc qu'elles méritaient d'être mises sur le même plan que les champions sur le circuit masculin. "Les gens sous-estiment souvent la charge de travail nécessaire pour devenir un top joueur au tennis. Et cela que vous soyez un homme ou une femme", ajoute-t-il. Il y a les heures passées à la gym, sur le court, avec le doc, à voyager, à analyser les matchs et les adversaires, à parler avec son équipe, à ménager son corps, et bien sûr, à faire plein de sacrifices. Quiconque a passé du temps avec une top joueuse sait qu'elles font ces mêmes sacrifices et qu'elles sont déterminées à gagner comme n'importe quel joueur masculin sur le circuit." 

Le tennis peut mettre la pression sur les autres sports- Andy Murray

Cette sensibilité, le double champion olympique en titre l'a acquise auprès de sa maman, une ancienne coach de tennis "qui l'a encouragé pendant son enfance à Dunblane (à 50 km d'Édimbourg, ndlr)" à s'entraîner avec des filles. "Avoir une mère qui a toujours été intéressée et engagée dans le sport comme la mienne, cela m'a toujours semblé naturel que les filles soient autant engagées que les garçons. Je sais maintenant que ce n'est pas le cas", explique-t-il. "Il y a toujours un besoin d'avoir plus de femmes entraîneuses dans le sport en général, et qu'elles bénéficient de plus de soutiens au haut niveau, pour que cela ait un réel impact." 

D'ailleurs, il le dit haut et fort, le tennis est une locomotive parfaite dans la quête de l'égalité homme-femme : "Aucun sport ne fait autant que le tennis, et c'est bien de faire partie d'un sport qui mène la barque. Le tennis peut mettre la pression sur les autres sports pour qu'il en fasse de même." Mais, s'il savoure de voir les femmes partie prenante dans certains sports - le sacre mondial de l'équipe d'Angleterre et les performances de Jess Ennis-Hill et Nicola Adams -, il avoue aussi quelques regrets. Par là, il entend "le pas en arrière" de la Fédération anglaise de rugby qui a mis un terme aux contrats du XV d'Angleterre féminin. "J'espère que cela n'empêchera pas les femmes d'essayer le jeu si elles le souhaitent vraiment", ajoute-t-il. 

Les choses avancent dans la bonne direction- Andy Murray

Le numéro 3 mondial termine malgré tout sur une note d'espoir. "Les sports traditionnellement dominés par les hommes ont considérablement investi pour augmenter le niveau de jeu des femmes, de sorte que les performances soient plus attrayantes pour la foule, la presse et les télévisions. Maintenant, elles ont plus d'exposition, ce qui est génial, car si plus de filles voient des femmes concourir au haut niveau, cela les encouragera sans doute plus à faire du sport à tous les niveaux", écrit-il. "L'avenir est positif. Nous avons plus de modèles féminins que jamais auparavant, plus de commentatrices que jamais et plus de personnes luttant pour les droits des femmes dans le sport que jamais. Les choses avancent dans la bonne direction et je suis enthousiaste à propos d'un avenir dans lequel le terrain de jeu sera au même niveau pour tous".

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