Florent Pietrus : "Cette équipe a les épaules assez larges"

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BASKET - Il est un des piliers de l'équipe de France. De celle qui, il y a un an lors de l'Euro en Slovénie, décrochait la première médaille d'or de l'histoire du basket français. Avant la Coupe du monde qui débute samedi, et à l'occasion de la sortie de son autobiographie ("Je n'ai jamais été petit"), Florent Pietrus n'a pas abandonné ses rêves. Pour metronews, l'intérieur des Bleus se livre.

En équipe de France, Florent Pietrus répond toujours présent. Alors que les Bleus entament samedi la Coupe du monde en Espagne, metronews s'est entretenu avec le pivot guadeloupéen, qui se raconte dans un livre autobiographique (Je n'ai jamais été petit*). A 30 ans passés, il nourrit, pour cette sélection amputée de Tony Parker, encore plein d'ambitions.

33 ans, ce n'est pas un peu prématuré pour raconter votre vie ?
En général, c'est plutôt un truc que font les sportifs en fin de carrière. Moi, j'ai eu l'opportunité et je pense que c'était le bon moment parce que j'avais envie de raconter mon histoire. Ce livre peut servir de motivation, d'exemple pour d'autres. Il s'agit d'une belle leçon de vie par rapport à ce que j'ai dû traverser quand j'étais gamin, pour que les gens comprennent un peu mieux dans quel état d'esprit et pourquoi je mets autant d'ardeurs quand je suis sur un terrain de basket.

C'est-à-dire ?
Ma mère est décédée quand j'avais 10 ans, mon père nous a abandonnés et forcément, j'ai dû me battre pour m'en sortir. Ce drame a forgé mon caractère. Pour devenir ce que je suis, rien ne m'a été donné. Je suis allé chercher au mental tout ce que j'ai aujourd'hui. C'est ce coup très dur dans une vie qui me pousse à me dépasser.

A Sainte-Anne en Guadeloupe, à quoi ressemblaient votre enfance et celle de votre frère, Mike, d'un an votre cadet ?
Gamin, je me suis retrouvé chez notre grand-mère jusqu'à mes 15 ans, elle nous a élevés à la dure. Ensuite, encore adolescent, je suis arrivé à Pau. Là-bas, j'ai découvert une nouvelle ville... en métropole. Une nouvelle vie. J'étais comme déraciné, j'ai dû forcément me responsabiliser, me débrouiller tout seul très tôt, en m'occupant de mon frère.

Grand frère, c'est aujourd'hui votre rôle en équipe de France...
Avec Boris Diaw, Tony Parker, on a toujours été des piliers de l'EDF, des joueurs très écoutés. Donc forcément c'est notre mission d'accompagner les jeunes. Comme d'autres, Laurent Foirest, Moustapha Sonko entre autres, l'ont fait pour nous. C'est une forme de respect pour ces gars-là aussi.

Vous avez fait une belle carrière marquée notamment par 3 titres de champion de France, un champion d’Espagne, un champion d’Europe avec les Bleus, malgré un gabarit modeste à votre poste (2,02 m là où les "standards"sont plus proches des 2,10 m)...
Ma taille, ça a peut-être été un inconvénient mais je ne pense pas que les autres joueurs intérieurs, ceux qui ont plus de centimètres, ont plus de cœur que moi. J'ai finalement fait de ce déficit une force.

Est-ce que ça peut aussi expliquer que vous ayez manqué votre rendez-vous avec la NBA ?

Je n'ai pas de regrets. C'est un rêve que je n'ai pas atteint mais je n'arrêterai d'y penser qu'à la seconde où j'aurais décidé de stopper ma carrière de joueur de basket. Cet objectif a toujours été un moteur.

Encore aujourd'hui ?
Oui, même si je sais que les chances sont minces. Mais tant que je serai en activité, je continuerai à croire en ce rêve. Je ne m'interdis rien. Il y a toujours un petit espoir, je m'y accroche. Quand t'as 20 ou 23 ans, tu ne vois pas les choses de la même façon. Aujourd'hui, à 33 ans, je sais qu'un bon Championnat du monde ne m'ouvrira pas forcément les portes de la NBA mais j'y vais en montrant la même mentalité...

Malgré l'absence de Tony Parker, de Joakim Noah, comment abordez-vous ce Mondial ?
Comme à chaque fois : prêt à en découdre. Evidemment, on sera attendu par pas mal d'équipes parce qu'on est champion d'Europe en titre. Nous aurons la lourde tâche d'assumer notre statut. Et je pense que cette équipe de France a les épaules assez larges.

*Aux Editions du Moment, 208 pages. Prix 18,5 euros.   

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