Crise de Crimée, opposition avec la Hongrie sur les discriminations LGBT... "Le stade a toujours été le lieu des revendications"

Crise de Crimée, opposition avec la Hongrie sur les discriminations LGBT... "Le stade a toujours été le lieu des revendications"

INTERVIEW - Le refus de l'UEFA d'autoriser Munich d'éclairer son stade aux couleurs de l'arc-en-ciel pour dénoncer les lois anti-LGBT en Hongrie, a rappelé que le football est un terrain géopolitique. Avant cette affaire, le maillot de l'Ukraine avait attisé les tensions avec la Russie. Kévin Veyssière, du compte Twitter @FCGeopolitics, analyse pour LCI les conditions qui rendent désormais possible ces expressions.

L'Euro, c'est aussi une affaire de diplomatie et de géopolitique. Le refus de l'UEFA de laisser l'Allianz Arena, le stade de Munich, s'illuminer aux couleurs de la communauté LGBT+ pour le match Allemagne-Hongrie, mercredi 23 juin, a rappelé la porosité qui existe entre le football et la politique. 

Kévin Veyssière, qui anime sur Twitter le compte @FCGeopolitics, suivi par plus de 38.000 abonnés, et auteur de l'ouvrage "Football Club Geopolitics, 22 histoires insolites pour comprendre le monde" (Éditions Max Milo), revient sur cette polémique qui a dépassé les limites du terrain. 

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Deux poids, deux mesures entre les paroles et les actes- Kévin Veyssière, fondateur du compte Twitter @FCGeopolitics

L'UEFA a écarté, mardi 22 juin, la proposition d'éclairer l'Allianz Arena aux couleurs de la communauté LGBT+, à l'occasion du match Allemagne-Hongrie. Pourquoi l'instance a-t-elle refusé cette requête ?

Cela fait plusieurs années que la Hongrie met en place des lois qui visent directement les communautés LGBT+. Le 15 juin dernier, le Parlement hongrois a voté un texte pour interdire la "représentation" et la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs. En réplique, pour signe d'opposition à cette loi, le maire de Munich, où se jouait la rencontre Allemagne-Hongrie (mercredi 23 juin, ndlr), a avancé l'idée de parer l'Allianz Arena des couleurs de l'arc-en-ciel. La Fédération allemande a transmis une demande officielle à l'UEFA, qui a répondu par la négative à cette doléance, estimant qu'afficher ces couleurs sur le stade était un message politique, puisque que cette protestation ciblait directement la Hongrie.

Critiquée, l'UEFA a invoqué sa neutralité pour se justifier. Elle a toutefois réaffirmé son engagement contre l'homophobie, en parant son logo des couleurs, qu'elle a refusées de voir à Munich...

L'UEFA multiplie, depuis de nombreuses années, les campagnes pour promouvoir les différences, la tolérance et l'inclusion. Elle fait régulièrement des communications pour appeler à mieux accepter et intégrer les communautés LGBT+ dans le football. Or, avec ce qu'il se passe à Munich, il y a, peut-on dire, deux poids, deux mesures entre les paroles et les actes. Pour se justifier, l'instance européenne a mis en avant sa vision apolitique. Elle fait d'ailleurs une distinction, par exemple, entre le message de Munich, qu'elle considère à portée politique, et le cas Manuel Neuer, qui a porté un brassard arc-en-ciel lors de précédents matchs. L'UEFA a jugé que le gardien allemand prône (dans le cadre du Pride Month, qui célèbre l'amour sous le signe de l'inclusivité, ndlr) un message en faveur de la diversité. Ce n'est pas une protestation contre un État-membre, c'est pour cela qu'il n'a pas été sanctionné après coup. 

Le fait de dire non, c'est déjà prendre position- Kévin Veyssière, fondateur du compte Twitter @FCGeopolitics

L'UEFA marche sur des œufs. La neutralité qu'elle revendique peut-elle se retourner contre elle ?

L'UEFA est une organisation avec 55 Fédérations nationales. À chaque décision qu'elle prend, elle veille scrupuleusement à pas favoriser un pays par rapport un autre. Le retour de bâton, c'est qu'elle peut passer pour une instance qui ne fait pas de choix forts et n'est pas claire sur des sujets d'actualité. Elle peut être perçue comme une organisation rétrograde. Par ailleurs, l'UEFA a beau se dire apolitique, le fait de dire "non" à l'illumination du stade, c'est déjà une prise de position politique. Décider de fermer les yeux sur ce qu'il se passe en Hongrie, comme elle peut le faire avec le racisme dans les stades, c'est un acte politique en soi.

Les demi-finales et la finale, prévues à Londres, pourraient être délocalisées à Budapest en raison du Covid. Faut-il voir, dans l'argument de neutralité, une volonté de ne pas froisser la Hongrie ?

Effectivement, cela joue. Budapest est une ville importante pour l'UEFA. Plusieurs matchs de Coupes d'Europe y ont délocalisé cette saison, en raison des contraintes sanitaires. Ça a sauvé l'UEFA de bien des soucis. Les matchs, programmés à Wembley, pourraient être délocalisés, du fait du Covid. Budapest, en particulier la Puskas Arena, où il y a une jauge de 100% et où il n'y a pas eu de débordements, malgré les soupçons de propos racistes pendant la rencontre Hongrie-France, représente une bonne solution de repli. C'est pour cette raison que l'UEFA a cette position très très mesurée vis-à-vis de la Hongrie. 

De par son histoire, le football est forcément politique- Kévin Veyssière, fondateur du compte Twitter @FCGeopolitics

Cet Euro a été globalisé, avec un format "éclaté" dans onze pays. Pouvait-on s'attendre qu'il soit déplacé sur le terrain politique, avec ces confrontations de cultures et d'approches ?

Il y a deux facteurs qui permettaient de savoir que cet Euro allait glisser sur le terrain de la géopolitique. D'abord, la compétition se déroule dans onze pays différents, avec des cultures qui ne sont pas les mêmes. Ensuite, c'est la deuxième édition de l'Euro à 24. Le fait de permettre à plus de pays de participer, ce sont aussi différentes approches de la société qui sont soulevées. Dans le cas de la Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán a profité de l'organisation des matchs à Budapest pour promouvoir sa politique. Ce n'est pas anodin, si c'est le seul stade avec une jauge à 100%. Orbán a voulu montrer qu'il avait la meilleure politique vaccinale par rapport aux autres pays européens, et notamment ses rivaux sur le plan politique que sont l'Allemagne et la France. Toute sa communication autour de l'équipe nationale est aussi une manière de réveiller le nationalisme hongrois et de faire progresser le camp de l'euroscepticisme. 

Ce qui a été plus surprenant, et je ne m'y attendais pas, c'est que l'Ukraine fasse un match avant le début de l'Euro avec la carte de l'Ukraine, incluant notamment la Crimée (annexée en 2014 par la Russie, ndlr), dessinée sur son maillot. Il y a eu une utilisation du sport pour remettre sur le devant de la scène un conflit territorial. On aurait aussi pu s'attendre à quelque chose pour Angleterre-Écosse, sous fond de Brexit. Finalement, on a plus vu les supporters écossais faire la fête dans les rues de Londres. Ce format n'a pas que du négatif. Il a notamment permis à la Macédoine du Nord de se montrer aux yeux de l'Europe.

La géopolitique et le football s'imbriquent constamment. Il n'est donc si pas apolitique...

Le football est le sport le plus populaire au monde. Des messages politiques sont forcément véhiculés. Le stade est une fenêtre d'exposition importante. Ça a toujours été le lieu des revendications. Il y a des cas qui l'illustrent, que ce soit l'utilisation des stades par Mussolini lors de la Coupe du monde 1934 ou le match de Maksimir entre l'Étoile rouge de Belgrade et le Dynamo Zagreb, qui avait dégénéré entre les supporters et accéléré la guerre de Yougoslavie en 1990. Le football pourrait être vu comme apolitique, mais grâce à son histoire, il est forcément politique. C'est le meilleur moyen pour véhiculer des messages par un autre biais que la politique, qui peut être considéré comme un objet plus complexe à appréhender. 

"Football Club Geopolitics, 22 histoires insolites pour comprendre le monde", paru aux éditions Max Milo.

Prix : 18 euros. 

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