Vladimir Petković, l'homme qui a décomplexé la "Nati"

Vladimir Petković, l'homme qui a décomplexé la "Nati"

STRATÈGE - La victoire historique de la Suisse contre la France est aussi celle de Vladimir Petković. Le sélectionneur de la "Nati", chantre d'un football désinhibé, a écrit l'une des plus belles pages du football helvète, avant même le quart de finale qui l'oppose à l'Espagne, ce vendredi 2 juillet à 18h (à suivre sur TF1).

"Avec lui, la Suisse a compris qu'elle pouvait regarder n'importe qui dans les yeux." Au lendemain de l'exploit historique de la Nati, qui a éliminé les Bleus dès les huitièmes de finale, à l'issue d'une séance de tirs au but irrespirable (3-3, 5 t.a.b à 4), les mots de l'ancien international suisse Johan Djourou sur l'impact du sélectionneur Vladimir Petković prennent tout leur sens. "Pour lui, si tu as peur d'entrée, tu n'as aucune chance. Il faut avoir plus envie que l'autre, un match se gagne à l'envie", nous confiait, avant France-Suisse, l'ancien taulier de la défense helvète, qui a joué sous ses ordres de 2014 à 2019.

Imprégné de cette mentalité, c'est le torse bombé qu'il a conduit la Suisse pour la première fois en quarts de finale d'un Euro, qui l'oppose à l'Espagne. Un authentique exploit pour cette sélection qui n'avait plus gagné de match à élimination directe depuis 1954. Appelé en 2014 à succéder à Ottmar Hitzfeld, qui avait emmené la Nati en huitième du Mondial, battue par l'Argentine (1-0), mais surtout giflée par la France (5-2) en poules, "Vlado" a réussi l'impensable en renversant les champions du monde, qui menaient 3-1 à la 81e minute. "Pour des joueurs normaux, c'est quasiment impossible de revenir", a-t-il reconnu, "mais aujourd'hui on était une super équipe, le collectif a tout donné et puis la foi est revenue."

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Il amène de la confiance et de la sérénité- Johan Djourou, ancien international suisse

La foi en leurs forces. Encore perçue comme la "petite Suisse", comme l'expliquait Johan Djourou à LCI, la Nati s'est débarrassé de ses complexes. "Il amène de la confiance et de la sérénité. Il a été l'origine d'un déclic", affirmait l'ancien joueur d'Arsenal. Le complexe d'infériorité, que les Helvètes pouvaient encore nourrir au début des années 2000 face à des nations comme l'Italie, l'Allemagne ou la France, s'est dissipé puis a totalement disparu. Les résultats éloquents, engrangés sous l'ère Petković, y ont été pour beaucoup dans cette évolution des mœurs : trois qualifications consécutives à des tournois majeurs, une participation au "Final Four" de la Ligue des nations 2019 et une moyenne de points par match (1,80) dont aucun de ses prédécesseurs, même la référence allemande Hitzfeld (1,77 point par rencontre), ne peut se prévaloir. 

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Aux résultats, il a réussi à ajouter la manière. Vladimir Petković, qui affirme "s'inspirer de Fabio Capello, pour la rigueur et la discipline, et d'Arsène Wenger, pour le beau football", a mis en place, durant son mandat, un projet de jeu ambitieux, basé sur la possession et un pressing haut, quel que soit l'adversaire. "J'ai toujours voulu produire un football globalement offensif, avec un comportement défensif basé sur l'anticipation et les placements préventifs, et l'ambition de récupérer le ballon haut dans le terrain", confiait-il, l'été dernier, au quotidien suisse Le Temps. Dans cet Euro, il a été fidèle à ses principes : ne pas subir le football adverse, avec les risques que cela comporte, à l'image de la défaite face à l'Italie (3-0). 

L'entraîneur est attentif à chaque détail émotionnel- Yann Sommer, gardien de l'équipe de Suisse

Une philosophie, parfois décriée en Suisse, qu'il a inculquée à un groupe qui a très peu évolué ces trois dernières années. Depuis le Mondial russe, seuls Blerim Džemaili, Valon Behrami, Josip Drmic et Johan Djourou sont sortis de l'équipe. Malgré sa communication parfois désastreuse dans les médias, derrière son côté bourru et détaché de prime abord, le Bosnien de 57 ans, naturalisé suisse, fait consensus. "On respire du bon air dans le vestiaire", a déclaré Yann Sommer, le portier suisse, à La Gazzetta dello Sport. "L'entraîneur est attentif à chaque détail émotionnel. Il sait faire une équipe."  Depuis sa nomination en 2014, il a aussi su s'entourer de relais dans le vestiaire : Xherdan Shaqiri, Granit Xhaka, Haris Seferovic...

Le fait que l'ancien modeste milieu, né à Sarajavo, parle huit langues (croate, bosniaque, anglais, français, espagnol, allemand, russe et italien) l'aide à se faire comprendre de tous, dans une équipe où plus de la moitié des joueurs sont binationaux. Apprécié de son groupe, il a pu souder le vestiaire, faisant fi des polémiques sur la double nationalité ou la visite d'un coiffeur au camp de base pour décolorer les cheveux du capitaine Granit Xhaka et de Manuel Akanji. "Comme entraîneur de la Nati, je navigue en haute mer. Je dois affronter des vents contraires qui se lèvent de toutes parts, mais je dois conserver le bon cap", expliquait-il avant l'Euro au magazine L'Illustré. "Rien ne va si j'accompagne chaque vague."

Pare-feu pour ses joueurs, Vladimir Petković ne laisse pas son groupe en autogestion. Il le mène d'une main de fer dans un gant de velours, n'hésitant pas à se passer de Shaqiri, lorsqu'il était à court de forme. Une manière de piquer au vif le joueur de Liverpool, qui revit depuis le début de cet Euro avec un doublé contre la Turquie (3-1). Le numéro 10 a justement été l'un des grands bonhommes de la qualif' face aux Bleus. La preuve que sa méthode, parfois critiquée, marche. Ce n'est pas par hasard si, face à la France, il est devenu le sélectionneur ayant dirigé le plus de matchs pour la Nati, à égalité avec le légendaire Karl Rappan (77 capes). Un record dont il s'emparera, vendredi, pour le premier quart de la Suisse.

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