"Le dernier clou sur le cercueil du foot populaire" : pourquoi les supporters ont dit "non" à la Super Ligue

Le Collectif Ultras Paris et d'autres groupes de fans s'étaient opposés au projet de Super Ligue.

INTERVIEW - Lancée par douze des plus grands clubs européens, la Super Ligue aura eu une vie aussi courte que laborieuse. Me Cyril Dubois, avocat du Collectif Ultras Paris, le groupe de supporters du PSG, revient sur le rôle déterminant des fans parisiens et européens, qui se sont tous unis pour faire échouer le projet.

"Foot populaire : propriété des supporters". La banderole déployée par les Ultras dans les tribunes du Parc des Princes, avant PSG-Angers (5-0), mercredi 21 avril, en quart de finale de Coupe de France, a le mérite d'être claire. Moins de 72 heures après la tentative de putsch de douze clubs anglais, espagnols et italiens, la Super Ligue n'est plus qu'un amas de cendres. Le projet de Ligue fermée, avorté après le désistement des clubs britanniques, s'est effondré comme un château de cartes, sous la pression des supporters du Vieux Continent, vigoureusement opposés à la vision mercantile proposée par les douze dissidents. 

Contacté par LCI, Me Cyril Dubois, avocat du Collectif Ultras Paris (CUP), dans ses rapports avec le PSG, et de l'Adajis, l'association de défense et d'assistance juridique des intérêts des supporters, revient sur la fin aussi précipitée que pathétique de cette compétition mort-née, qui a suscité un gigantesque tollé chez les amateurs de football. Il espère par ailleurs que cela initiera un mouvement plus général et que l'UEFA intégrera les fans dans la gouvernance de ce sport. 

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La "Super Ligue", le projet dissident des géants du foot européen

Tout le monde doit pouvoir participer, à chance égale- Me Cyril Dubois, avocat du Collectif Ultras Paris

Des groupes de supporters européens, dont le Collectif Ultras Paris, sont très vite montés au créneau pour s'opposer à la Super Ligue. En quoi ce projet dissident était-il contraire à votre vision du football ?

Cyril Dubois : Si ce projet passait, c'était le dernier clou qu'on mettait sur le cercueil du football populaire. Avec cette Ligue européenne fermée, on était à l'opposé de la conception du foot qu'ont les supporters. Le football, ce n'est pas moins d'aléas et plus d'argent. Il ne doit pas y avoir de garanties de retour sur investissements. Ce n'est pas, non plus, parce qu'on met beaucoup d'argent sur la table qu'on ne doit pas être éliminé. Au contraire, toute la beauté du football, c'est que, parfois, même avec peu de moyens, les moins riches peuvent triompher des puissants. C'est tout ce qui fait le sel de ce sport et pourquoi les supporters l'aiment tant et luttent ensemble pour le préserver. Ce qui explique la très forte mobilisation au niveau du FSE (Football Supporters Europe, association représentant les supporters européens, ndlr). Parmi les valeurs portées par le CUP, il y a la notion de football populaire. Ce n'est pas parce qu'aujourd'hui le PSG est un club puissant et riche qu'il faut écarter des clubs historiques, qui ont moins de moyens financiers. Tout le monde doit pouvoir participer, à chance égale.

La Super Ligue remettait en question le mérite sportif et le partage plus équitable des richesses...

Les nouvelles formules, y compris la réforme de la Ligue des champions, concentrent de plus en plus de moyens financiers dans les mains des mêmes clubs. Or, le but n'est pas, comme le souhaiterait le Real Madrid, de dépenser n'importe comment et ensuite de trouver à tout prix de nouveaux moyens financiers pour combler les déficits. Ce n'est pas comme ça que ça marche. Il faut des investissements raisonnés, il y a aussi des aléas du jeu qu'il ne faut pas oublier. On peut avoir dépensé beaucoup et se faire éliminer. C'est le sport, c'est le football. Ce n'est écrit nulle part que le Real Madrid doit être sur le toit de l'Europe ad vitam aeternam. Si l'équilibre de leurs comptes doit passer par cinq ou six ans, où ils sont dans le ventre mou, ça doit pouvoir être possible. C'est l'incertitude du sport. 

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La Super Ligue, c'était la fois de trop. D'où cette levée de boucliers des supporters. Le fait que les tirages au sort ne soient plus intégraux, qu'il y ait des poules qui durent, de plus en plus longtemps, pour plus de matchs et, donc, plus de revenus... Cela explique, en partie, qu'il y ait des pertes d'audience, avec la multiplication des abonnements à des chaînes payantes pour le regarder. Le football n'est pas devenu moins intéressant, l'erreur ce que les matchs sans enjeu ont été multipliés. Quand il y a de l'incertitude, David contre Goliath, l'intérêt de ce sport s'en trouve renforcé. 

La position du PSG nous a rendus fiers- Cyril Dubois, avocat du Collectif Ultras Paris

En l'espace de quelques heures, la Super Ligue a déraillé sous la pression des supporters. Les clubs participants ont pris peur face à l'ampleur de la contestation. Est-ce un signe que la voix des fans compte encore ? 

Les supporters ont gagné une bataille, effectivement, mais ce n'est qu'une première pierre. L'UEFA doit maintenant apprendre à les écouter. Ils sont parmi les seuls à aimer le football de façon désintéressée. Il faut les associer, la FSE notamment, dans le processus de décisions. J'espère que Nasser al-Khelaïfi (le président du PSG, ndlr), qui a désormais une position renforcée au sein de l'UEFA (en sa qualité de président de l'ECA, l'association des clubs européens), ira dans ce sens d'intégrer les fans dans la gouvernance du football. Les joueurs doivent aussi faire entendre leur point de vue. J'ai entendu dire que ce n'était pas facile, si on joue au Real Madrid, de s'opposer à son employeur. Pourtant, dans l'histoire des luttes sociales, des salariés ont dû se battre face à leurs employeurs, et ils étaient loin d'être millionnaires. Des mineurs de fond se sont mobilisés au risque de perdre emploi et logement. La peur du conflit, ce n'est pas une raison suffisante, il en va de leur santé - avec la multiplication des matchs - et de l'intérêt pour leur sport, ils doivent se faire entendre massivement. Certains footballeurs ont parlé, et c'est très bien ainsi.

Dans ce fiasco, le PSG semble ressortir grandi. Il est resté droit dans ses bottes, en refusant de figurer parmi les membres fondateurs de la compétition mort-née. Que ressentez-vous en tant que supporter ?

La position du club nous a rendus fiers. J'espère que si ce projet avait vu le jour, elle aurait tenu et que le PSG serait resté droit dans ses bottes en refusant de participer à cette Super Ligue. J'ai été aussi rassuré que le président al-Khelaïfi parle de "famille du football", en incluant les supporters. Il y a eu un immense chemin parcouru au sein de ce club, entre le plan Leproux (en 2010), la disparition des tribunes populaires, les procès des supporters contre le club, jusqu'à aujourd'hui où un vrai dialogue s'est instauré avec le retour des Ultras au Parc (en 2016). C'est une avancée qui nous donne de l'espoir pour la suite. Les seuls combats perdus sont ceux qui ne sont pas menés, le chemin est encore long et il faut maintenant passer de la parole aux actes en ce qui concerne l'UEFA.

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Projet de Super Ligue : des montants colossaux en jeu

La Super Ligue enterrée, le CUP et une quinzaine de groupes de supporters européens ont réclamé, le 16 avril dans une lettre, l'arrêt de la réforme en cours de la Ligue des champions, qui "ne ferait qu'accroître le fossé entre les riches et les autres". Votre bataille pour la sauvegarde de "l'intégrité" du football n'est donc pas terminée...

Il ne faut pas qu'on se dise  : "Ça aurait pu être pire avec la Super Ligue", et que cela permette de faire passer la pilule pour des choses qui n'auraient pas été acceptées ou acceptables en temps normal, s'il n'y avait pas eu cette tentative. Ce ne doit pas être un écran de fumée. Cette réforme ne va pas dans le sens voulu d'un football populaire. Depuis des années, les clubs qui font la Ligue des champions sont de plus en plus riches grâce aux revenus de celle-ci, écrasent donc leurs championnats nationaux et retournent inévitablement en Coupes d'Europe. C'est un cercle vicieux qui affaiblit l'intérêt pour les championnats domestiques, il faut une meilleure redistribution entre les clubs.

L'UEFA doit aussi écouter les fans et voir que, peut-être, ce qui a sauvé ses compétitions, c'est la mobilisation des fans de football. Il y a moyen de se servir de cet événement, qui n'a pas eu lieu, pour faire infléchir les positions de l'UEFA sur certains points et, ainsi, revenir à un football populaire, avec plus de passion et de raison dans le domaine financier. C'est ce qui rendra l'attrait du football pérenne, y compris chez les plus jeunes. 

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