André Villas-Boas et l'OM, une rupture qui a infusé avec le temps

L'histoire entre André Villas-Boas et l'OM n'était pas vouée à durer.

PRÉVISIBLE - Un an et demi après son arrivée à Marseille, André Villas-Boas a claqué la porte de l'OM, dans un fracas assourdissant. Un départ tout sauf surprenant, tant les relations chaleureuses des premiers mois entre l'entraîneur portugais et sa direction avaient laissé place à une incompréhension mutuelle.

Il était devenu clair qu'il ne passerait pas l'été à Marseille. Le temps avait rendu cette issue quasiment inévitable, les résultats presque logique. À cinq jours d'un Classico, contre le PSG au Vélodrome, et après les graves incidents à la Commanderie, André Villas-Boas a anticipé son destin. Mardi 2 février, au cours d'une conférence de presse explosive, le coach portugais a acté unilatéralement la fin de son séjour dans la cité phocéenne. "J'ai présenté ma démission car je ne suis pas d'accord avec la politique sportive", a-t-il lâché, usé et frustré. "Je ne veux rien de l'OM, pas d'argent. Je veux juste partir".

Une décision sans retour légitimée, selon lui, par l'arrivée d'Olivier Ntcham, un joueur pour lequel il n'avait pas donné son accord. À la manœuvre sur ce dossier, le directeur sportif Pablo Longoria n'aurait pas tenu compte de son avis. Un recrutement qu'il a, a-t-il assuré, appris en lisant la presse au réveil. "Je n'étais pas au courant (pour Ntcham) alors qu'il y avait un gentlemen's agreement. (...) C'est un mec qui n'a rien à voir avec les caractéristiques de celui qui est parti (Morgan Sanson). Un principe a été cassé et ce n'est pas ma façon de travailler. Mon professionnalisme a été touché et je ne peux pas l'accepter."

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Une idylle d'espoirs déchus

Une attaque ciblant, sans le citer, Pablo Longoria, l'actuel directeur général chargé du football, sur fond de profonds désaccords sur la gestion du mercato olympien. Jugeant "inacceptables" les propos de Villas-Boas, l'OM a annoncé "la mise à pied à titre conservatoire" de son futur ex-entraîneur, ouvrant la voie à une procédure de licenciement pour "faute grave". "Cette décision conservatoire est devenue inévitable compte tenu de la répétition récente d'agissements et d'attitudes qui nuisent gravement à l'institution Olympique de Marseille et à ses salariés qui la défendent quotidiennement", a argué le club phocéen sur son site officiel, marquant officiellement la fin d'une idylle d'espoirs déchus, commencée dix-huit mois plus tôt.

Arrivé sur la Canebière à l'été 2019, en remplacement de Rudi Garcia, "AVB" avait été choisi pour "revitaliser (le) projet" marseillais, selon les mots du propriétaire Frank McCourt. Après une première saison prometteuse, où il a permis à Marseille de retrouver la Ligue des champions, après sept ans d'absence, il a vu, par la suite, son château de cartes s'affaisser lentement. Éliminé lamentablement en C1, l'OM est englué dans une crise de résultats, symbolisée par une 9e place au classement, à treize points du podium, l'objectif fixé en début de saison. Le tout dans un environnement délétère, dont le point culminant a été atteint, samedi 30 janvier, avec l'envahissement du centre Robert Louis-Dreyfus par une cinquantaine de personnes.

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Graves incidents à la Commanderie : le centre d'entraînement de l'OM envahi

L'épisode "Zubi" l'a découragé

Une crise abreuvée par de vives tensions en interne. En un an et demi, les relations entre l'ancien coach du FC Porto et sa direction se sont considérablement refroidies, jusqu'à devenir glaciales dans les dernières semaines de leur cohabitation. Leurs premières frictions remontent à janvier 2020, avec la nomination de Paul Aldridge au poste de conseiller spécial. Intronisé par le président Jacques-Henri Eyraud, l'ancien dirigeant de Leicester, Manchester City et Sheffield Wednesday est officieusement chargé de la vente de joueurs vers la Premier League. Craignant de voir son effectif être déplumé, Villas-Boas s'oppose publiquement à ce choix. En filigrane, c'est déjà l'avenir d'Andoni Zubizarreta qui se joue en coulisses.

Ce recrutement sonne comme un désaveu pour l'ancien directeur sportif du Barça. Très proche de "Zubi", son ami qui l'a fait venir à Marseille, "AVB" ne laisse aucune place au doute. "Mon futur est intimement lié au sien", répète-t-il alors. Mis en suspend, le départ de l'ancien gardien intervient finalement le 14 mai 2020. Ce jour marque un point de non-retour dans l'aventure du Portugais à l'OM. Villas-Boas digère mal la nouvelle. L'hypothèse d'un départ prend de l'envergure. Peinant à obtenir des garanties sportives, il refuse une offre de prolongation. Tout proche de claquer la porte, il décide, à la surprise générale, de respecter son contrat, touché par le soutien de son vestiaire et convaincu par un appel de Frank McCourt.

Reparti sur des bases similaires, l'OM subit très vite ses premières secousses. À la mi-décembre, au sortir d'une campagne de Ligue des champions cauchemardesque, les Phocéens perdent pied en championnat, après une défaite à Rennes (2-1). Le Villas-Boas séduisant et rieur de la première année s'estompe. Il laisse place à un Villas-Boas irrité, agacé et qui le fait savoir, à l'image de son accrochage avec un journaliste de La Provence. "Je n'ai de problème ni avec la presse ni avec la critique, mais j'ai mal vécu les deux articles qui, pour moi, attaquent ma dignité et mon intégrité comme professionnel et comme personne", explique l'ex-entraîneur de Chelsea quelques jours plus tard. De plus en plus isolé au sein du club, il se renferme, n'hésitant pas remettre en question les choix de sa direction, comme le recrutement de Luis Henrique, une "erreur de casting".

Une fin devenue prévisible

Sur le terrain, la crise couve. Le 16 janvier, après un nouveau revers à domicile, contre Nîmes (1-2), "AVB" menace de quitter l'OM. Le 21 janvier, il confirme avoir mis son poste dans la balance, après une défaite face à Lens (0-1), en match en retard de la 9e journée. Le spleen de Villas-Boas va crescendo. Chancelant de tout bord, l'entraîneur d'un caractère entier et imprévisible comme son mentor José Mourinho, de qui il tire son surnom de "Special Two", prend tout le monde de court en révélant, le 29 janvier, que son aventure à Marseille s'arrêtera au plus tard en juin, à l'issue de son contrat. "Je pense que ça va être la fin, oui. Je ne pense pas rester", admet-il, précisant n'avoir reçu aucune offre de prolongation depuis le début de l'hiver.

La suite, on la connaît. Déjà bien avancé sur le chemin le menant vers la sortie, le Lusitanien fait les derniers pas, le 2 février, lorsqu'il comprend, avec l'arrivée d'Olivier Ntcham contre son avis, qu'il n'a plus le contrôle sur rien. La goutte d'eau, assurent certains, qui a fait déborder un vase déjà trop plein. Un prétexte, prétendent d'autres, pour sortir d'une situation devenue inextricable avec le temps. Son départ était, quoi qu'il en soit, inéluctable, André Villas-Boas l'a précipité, à sa manière.

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