Andy Robertson, de caissier à Marks&Spencer à capitaine de la sélection écossaise

Andy Robertson, de caissier à Marks&Spencer à capitaine de la sélection écossaise

FABULEUX DESTIN - Sevrée de grandes compétitions depuis 1998, l'Écosse renoue cet été avec l'Euro. La "Tartan Team" est conduite par son capitaine Andy Robertson. En 2012, le joueur de Liverpool évoluait en 4e division écossaise, travaillait dans un supermarché et vendait parfois des places pour les matchs sur son temps libre.

Il n'avait que 4 ans en 1998. Cet été-là, l'Écosse disputait la Coupe du monde en France. Reversée dans le groupe du Brésil, futur finaliste, battu par le Bleus (3-0), du Danemark et du Maroc, la Tartan Team (son surnom, en référence au tartan, un célèbre tissu écossais) s'était heurtée à l'obstacle des poules. S'en est suivie une longue traversée du désert. Pendant 23 ans, elle a été sevrée de grandes compétitions, ratant cinq Euros et cinq Coupes du monde. Des générations talentueuses, comme celle de 2008 avec Darren Fletcher et James McFadden, n'ont ainsi pu goûter à ses joutes internationales. "Ma génération entière a manqué de voir l'Écosse atteindre un tournoi majeur", regrettait il y a peu Andrew Robertson.

Après deux décennies au purgatoire, la série noire a pris fin, à la faveur d'une qualification pour l'Euro obtenue dans la douleur, après un barrage, remporté aux tirs aux buts, contre la Serbie. Dans ce collectif homogène, un joueur se démarque : le capitaine Andy Robertson, 27 ans. "Depuis que j'ai 3 ou 4 ans, je voulais être footballeur. C'était mon rêve dans la vie", a-t-il raconté, en 2018, au Daily Mail. Pour le réaliser, le numéro 3, comme quelques-uns avant lui, est passé par un chemin peu banal. 

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Du Celtic Glasgow... à Mark & Spencer

Fan du Celtic, le club phare de sa ville natale avec les Rangers, il est congédié par les Bhoys, à l'âge de 15 ans. "J'ai été viré parce que j'étais trop petit. C'est la raison qu'ils m'ont donnée", expliquera plus tard celui qui est à 178 cm sous la toise. "C'était difficile à supporter, personne ne veut se faire dire qu'il n'est plus dans ce club. Ma confiance a pris un coup." "Je ne pense pas avoir pleuré, mais j'étais très contrarié", raconte-t-il au Guardian. "Mon rêve a été emporté." Le fait d'être rejeté ainsi aurait pu le briser. Cela lui a donné, au contraire, l'envie de réussir. En 2012, après y avoir fini sa formation, il intègre l'équipe première de Queen's Park, qui évolue en Scottish Football League Two, la quatrième division écossaise.

À l'époque, tout juste majeur, mais déjà confronté aux difficultés de la vie d'adulte, il tweete sa frustration. "La vie, à mon âge, est nulle sans argent #besoindunboulot", s'épanche-t-il, le cœur lourd, sur le réseau social. "À Queen's Park, vous devez payer vos frais de déplacement, alors j'ai trouvé un job aux caisses chez Marks & Spencer sur Sauchiehall Street", dévoile-t-il. À côté de cet emploi alimentaire, il multiplie au quotidien les petites courses. II vend parfois des places devant l'Hampden Park, le stade de Glasgow où l'Écosse dispute ses rencontres, pour mettre du beurre dans ses épinards. 

Son énergie et son désir de réussir se sont manifestés très tôt- Jackie McNamara, légende du Celtic Glasgow

Une vie décousue que le destin va bouleverser. La relégation des Rangers, le club rival du Celtic, en quatrième division pour des raisons financières, met en lumière le championnat dans lequel évolue Andy Robertson. "Ils faisaient partie de notre division à l'époque. Nous avons joué dans un Ibrox (le stade des Rangers, ndlr) complet et ce fut une expérience formidable", se souvient-il. "Nous avons été battus 2-0, mais c'était serré jusqu'à la 87e minute." La présence des Rangers lui offre surtout une fenêtre médiatique inespérée pour se montrer. L'été suivant, Dundee United, convaincu, flaire le bon coup. Son entraîneur Jackie McNamara, célèbre latéral de l'équipe d'Écosse ayant joué le Mondial 98, le prend sous son aile.

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En l'espace d'une saison, sa carrière décolle subitement. Prometteur dans le jeu, il gagne en confiance, ce qui lui vaut d'être convoqué en équipe nationale, d'être récompensé du titre de "meilleur jeune" et d'intégrer le onze-type de la saison. "Quand il est arrivé pour la première fois, je l'avais observé à Queen's Park et qu'il défende ou attaque, il était toujours sur le devant de la scène. Son énergie et son désir de réussir se sont manifestés très tôt et j'ai toujours su qu'il avait de bonnes chances d'aller très loin", confie son ancien manager. Repéré par Hull City, en Premier League, Andy Robertson accepte le défi qui lui est proposé. En trois saisons, le latéral fait deux fois l'ascenseur, mais il persuade Jürgen Klopp de le signer à Liverpool.

Être capitaine de mon pays signifie tout pour moi- Andrew Robertson, capitaine et défenseur de l'équipe d'Écosse

Ses premiers pas à Anfield sont feutrés. Pourtant, à force de travail et de détermination, il finit par s'imposer comme un indiscutable chez les Reds. Il pique la place de titulaire à Alberto Moreno, blessé et mal-aimé après avoir été désigné comme le principal responsable de l'échec en finale de la Ligue Europa contre Séville (3-1) en 2016. "Il a joué à un niveau si élevé (il fait le geste vers le plafond) et c'était tout. Je n'ai plus eu d'occasions", a récemment expliqué l'Espagnol, sans rancune, au Guardian. Meilleur Red de la finale de Ligue des champions, perdue face au Real Madrid (3-1) en 2018, Robertson devient, l'année suivante, contre Tottenham (2-0), le premier Écossais à remporter la C1 depuis Darren Fletcher en 2008. 

Lors de sa deuxième saison avec le maillot de Liverpool, tous les superlatifs accompagnent sa trajectoire. Devenu un rouage essentiel de l'équipe de Jürgen Klopp, il forme alors, avec son coéquipier Trent Alexander-Arnold, un duo comparé à celui de "Batman et Robin", écrit le Daily Mail. Leur qualité de centres combinée en fait l'une des paires les plus redoutables d'Europe (23 passes décisives en championnat). Membre de l'équipe-type de la Premier League et de la C1 2019, Andrew Robertson continue sa moisson de trophées. Il rafle, au terme d'une saison exceptionnelle, le titre de champion d'Angleterre.

En parallèle de ses succès en club, l'Écossais prend du galon au sein de la sélection. En septembre 2018, à seulement 24 ans, le sélectionneur Alex McLeish lui confie le capitanat. "C'est probablement le sommet de ma carrière", avoue-t-il alors. "J'ai hâte d'essayer de ramener ce pays dans de grands tournois." Brassard au bras, il tient sa promesse, un an plus tard, en validant la qualification de l'Écosse pour l'Euro. 

"Être capitaine de mon pays signifie tout pour moi", a-t-il lancé, à Sky News, avant l'entrée en lice contre la République tchèque. Un honneur qu'il a eu, pour la première fois dans une compétition internationale, devant les 12.000 supporters de l'Hampden Park, là même où il vendait des tickets, neuf ans plus tôt. "C'est une histoire incroyable", affirme Jackie McNamara. "C'est une inspiration pour n'importe quel gamin de cet âge qui n'est pas conservé par un club et laissé de côté." Vendredi, contre l'Angleterre (à 21h, en direct sur TF1 et en live commenté sur LCI.fr), un nouveau chapitre pourrait s'écrire sous nos yeux.

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