Il a dynamité le record du tour du monde en solitaire à la voile : "Ce que fait François Gabart ne s'explique pas"

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INTERVIEW - François Gabart a coupé la ligne d'arrivée virtuelle de son tour du monde, ce dimanche à 2h45 au large d'Ouessant. Le skipper Macif a amélioré la marque référence de Thomas Coville de plus de six jours. Interrogé par LCI, le directeur de l'"Ena de la voile" Christian Le Pape revient sur cet incroyable exploit humain.

Supersonique. Le 4 novembre dernier, il s'élancait de Brest en quête du record du tour du monde en solitaire établi il y a un an par Thomas Coville en 49 jours et 3 heures. À bord de son maxi-trimaran Macif, François Gabart a pulvérisé cette marque référence en franchissant la ligne virtuelle au large de l'île d'Ouessant ce dimanche à 2h45, après 42 jours, 16 heures, 40 minutes et 35 secondes en mer. Avec ce temps record, le vainqueur de la 7e édition du Vendée Globe améliore la marque précédente de 6 jours, 10 heures, 23 minutes et 53 secondes. 


C'est à Port-la-Forêt, son port d'attache depuis 2007, année lors de laquelle il décroché après un heureux concours de circonstances la sélection "Skipper Espoir Région Bretagne", qu'il a préparé ses succès (et fait ce record), sous la houlette de Christian Le Pape. Joint par LCI, le directeur du pôle Finistère course au large de Port-la-Forêt, "l'Ena de la voile", a décrypté le nouvel exploit de celui qui n'en finit plus d'accumuler les victoires depuis son titre de champion de France en Optimist en 1997, remporté alors qu'il n'avait que 14 ans.

Un virtuose qui associe technique et émotionChristian LE PAPE, patron de Port Laf'

LCI : Ça vous étonne de voir François Gabart battre ce record, dès son coup d'essai ?

Christian LE PAPE : C'est exceptionnel. Une telle performance relève de l'exploit. Il y a quelque chose de magique là-dedans. Peu de personnes se sont engagées sur un défi de cette envergure. Il ne s'agit pas de suivre une route donnée sur laquelle on essaie de prendre une meilleure trajectoire par rapport à l'adversaire. Là, c'est une course contre un bateau virtuel. Ce que fait François ne s'explique pas, on ne peut que le constater. C'est un virtuose qui associe technique et émotion, un marin d'exception.

LCI : Il y a cinq ans, vous le présentiez comme "un jeune homme pressé" et disiez qu'il avait "tout pour devenir une star du sport français
". Qu'est-ce qu'il a en plus ?

Christian LE PAPE : Parler de lui en quelques mots, c'est compliqué. Comme d'autres skippers d'exception, François a un esprit d'engagement total, une qualité propre au haut niveau. Il a un état d'esprit qui pousse les gens à vouloir l'aider à parcourir du chemin. Parfois, il est aussi peut-être porté par une certaine chance. Il est au bon endroit, au bon moment. Mais quand la chance se répète, ce n'est plus de la chance. C'est du talent. Il a également su s'entourer, se créant un réseau (il a été en lien permanent avec le météorologue et navigateur Jean-Yves Bernot, la "Rolls-Royce" des routeurs, ndlr). François a cette culture de l'excellence dans ses gênes. C'est quelque chose en lui.

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"C'est bon là" : l'instant où François Gabart franchit la ligne d'arrivée virtuelle

François, un perfectionniste au sens strict du termeChristian LE PAPE, patron de Port Laf'

LCI : François Gabart a presque tout gagné, excepté la Solitaire du Figaro. Comment fait-il pour maintenir en permanence cet incroyable degré d'exigence ?

Christian LE PAPE : Chez certains, la gagne à tout prix l'emporte, parfois au détriment du geste bien fait. D'autres misent plutôt la manière. Pour François, la réponse est un mélange entre les deux. C'est quelqu'un qui veut gagner en faisant les choses bien. Un perfectionniste dans le sens strict du terme. Là, on est dans le domaine de l'exploit et de l'aventure, c'est plus que du sport. Mais il est étonnant qu'à son âge, il soit à la recherche de cet isolement. C'est plutôt une envie qu'on retrouve chez des personnes plus âgées. Mais en pulvérisant ce temps record, il prouve encore une fois qu'il ne faut pas se fier à l'image du petit blond sympa. Derrière ce résultat, il y a une grande maturité et énormément de travail.

LCI : Qu'est-ce qui est le plus dur lorsqu'on est en mer pendant si longtemps ?

Christian LE PAPE : Clairement, l'absence de contact physique. C'est ce qui manque le plus aux skippers. On peut se dire qu'une quarantaine de jours, ce n'est pas énorme, mais c'est suffisamment long pour ressentir ce manque. François lute contre ça en étant très "connecté". Il fait partager son expérience en mer. Et puis vous savez, ils s'y font. D'ailleurs, la caractéristique des marins, c'est d'aimer le voyage. Pas forcément l'arrivée...

L'exploit humain plus que toute autre choseChristian LE PAPE, patron de Port Laf'

LCI : On dit aussi que la météo lui a été très favorable. Le vent l'a "poussé" dans le dos...

Christian LE PAPE : Vous savez, depuis deux jours, François a programmé son arrivée pour ce week-end. Il a été peu ralenti dans son avancée parce qu'il a été obligé de remonter vers le nord pour contourner la dorsale (une zone où il y a généralement peu de vent, ndlr) qui lui bloquait la route vers Brest. Il aurait aimé faire la route directe mais ce n'est pas possible. Il n'a pas connu de la malchance. Mais s'il ne s'était confronté à aucun obstacle, il aurait établi un record absolu. 
Plus fort que celui qu'il vient de signer.

LCI : Selon vous, que faut-il retenir de ce record, la performance ou l'exploit humain ?

Christian LE PAPE : Contrairement à un champion d'athlétisme par exemple, dont le nom restera inscrit pour toujours au palmarès de son sport s'il remporte une médaille, le record de François est voué à être battu, dans un, cinq ou dix ans. Un jour, François Gabart ne sera plus sur les tablettes. C'est la règle du jeu. C'est ce qui est difficile avec ce type de record. Certes, cela ne relativise pas du tout toutes les choses exceptionnelles qu'il est en train de faire mais il faut retenir l'exploit humain plus que toute autre chose.

Suivez en direct l'arrivée de François Gabart à Brest sur le compte Twitter de Macif.

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