Boris Diaw : "Arbitrer un match avec Tony Parker, ça pourrait être rigolo"

Boris Diaw est le parrain de la 19e édition des Journées nationales de l'Arbitrage.

INTERVIEW - Créées en 2002, les Journées nationales de l'arbitrage mettent chaque année à l'honneur les arbitres. Parrain de l'événement, qui fête cette année sa 19e édition, Boris Diaw, l'ancien capitaine de l'équipe de France de basket, champion d'Europe et champion NBA, partage à LCI sa vision de l'arbitrage. Avec humour et dans la bonne humeur.

"On n'a pas le même maillot mais on a la même passion". Le slogan, diffusé de longues années par la Fédération française de football (FFF), est resté dans la mémoire. Depuis 2002, les Journées nationales de l'arbitrage, organisées par le groupe La Poste en partenariat avec les Fédérations et les Ligues professionnelles de football, de rugby, de handball et de basket-ball, doivent permettre "de sensibiliser le grand public à l'importance des arbitres et susciter des vocations"

Comme lors de chaque édition, l'opération est parrainée par un sportif de haut niveau. Après l'ancien rugbyman et capitaine du XV de France Frédéric Michalak en 2018 puis le footballeur champion du monde et d'Europe Robert Pirès l'an dernier, Boris Diaw a enfilé le costume d'ambassadeur. LCI a parlé d'arbitrage, en tête-à-tête, avec l'ancien capitaine de l'équipe de France de basket (247 sélections entre 2002 et 2018), l'une des voix respectées et écoutées du sport, alors que les actions de sensibilisation ne font que commencer dans les clubs et structures  avec le déconfinement progressif du sport.

Il faut savoir apprécier l'arbitre à sa juste valeur- Boris Diaw, ancien capitaine de l'équipe de France de basket

Vous êtes ambassadeur des Journées nationales de l'arbitrage. Pourquoi avez-vous accepté cette mission ?

La transmission à la jeune génération est importante. Je voulais faire passer des valeurs, montrer qu'il y a du respect à avoir envers les arbitres, qu'ils font fait partie intégrante du jeu. On ne joue pas un match contre les arbitres. Ils sont vraiment là pour que tout se passe bien sur un terrain, que le jeu aille dans le bon sens. Il faut savoir les apprécier à leur juste valeur. Les Journées nationales de l'arbitrage permettent de mettre en lumière leur mission d'intérêt général de service public.

On évoque souvent une défiance à l'égard des arbitres. L'avez-vous ressentie au cours de votre carrière ?

Dans mon sport, le basket, pas forcément. Les mauvais comportements relèvent de cas individuels, mais je ne trouve pas qu'il y ait de la défiance. Il y a des saisons ou des moments, où les joueurs se plaignent plus que d'habitude. Après les choses sont souvent réglées par les directives qui sont données aux arbitres. J'ai vu ça notamment aux États-Unis, où la directive était de sanctionner dès quelqu'un venait se plaindre. D'une saison à l'autre, les arbitres ont fait pleuvoir les fautes techniques. Je dirai finalement qu'il y a un respect mutuel. Parfois, les joueurs vont avoir tendance à plus respecter les anciens arbitres qu'ils connaissent bien, qui sont parfois là depuis 25 ans. Mais les arbitres font la même chose en fonction des joueurs. 

On ne peut pas tout régler par la vidéo- Boris Diaw, ancien capitaine de l'équipe de France de basket

Au cours de votre longue carrière, vous avez évolué en NBA aux États-Unis et en Pro A (devenue Jeep Élite) en France. Avez-vous remarqué des différences dans le rapport des joueurs à l'arbitre ?

Déjà, c'est beaucoup plus professionnalisé. Aux États-Unis, les arbitres exercent à plein temps. Ils n'ont pas un autre job à côté. La plus grosse différence reste dans la communication. Je trouvais qu'il était souvent plus simple, plus facile de communiquer avec les arbitres, qui étaient souvent en demande. Ils venaient vers les joueurs, prenaient le temps d'expliquer. J'imagine que c'est un des axes de travail là-bas. Ça doit faire partie intégrante de leur formation. Après c'est aussi une question de personnalité. Il y a des arbitres qui sont plus au moins ouverts à la discussion, comme les joueurs et les entraîneurs. 

On voit aussi plus de gestes de complicité entre les joueurs et les arbitres...

Ça dépend de la manière dont tu abordes l'arbitre. Si tu communiques calmement, si tu parles de manière normale, normalement il est prêt à discuter. Si tu y vas en criant et en te plaignant comme un chien fou, forcément ça crée une tension et un climat, qui font qu'il peut ne pas avoir envie de continuer la discussion. Il y a aussi des arbitres qu'on affectionne plus particulièrement, soit parce qu'on apprécie une personnalité, soit parce qu'on se sent plus proche de son jugement sportif. Moi, je peux penser qu'untel est bon, alors que peut-être mon coéquipier va penser le contraire. C'est un ressenti très personnel. Il y a des différences de niveau entre les joueurs, tout comme il y en a entre les arbitres. 

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Omniprésente dans le sport, l'assistance vidéo fait débat. Quel regard portez-vous sur cette technologie ?

Je pense que c'est utile. J'y suis favorable, mais ça dépend de l'usage qu'on en fait. Savoir si un joueur a touché le ballon de la main ou décider s'il faut accorder un but, ce sont des choses pour lesquelles la vidéo peut servir. Par contre, faire appel à la vidéo pour donner une touche, c'est contre-productif. Il y a des décisions qui doivent rester à l'appréciation de l'arbitre et être prises dans l'action. C'est une aide, mais il ne faut pas que ça ralentisse le jeu et s'y arrêter toutes les deux secondes.

En vidéo

Le VAR expliqué par un arbitre de Ligue 1

Le plus difficile, c'est la vitesse à laquelle ça joue- Boris Diaw, ancien capitaine de l'équipe de France de basket

Vous est-il arrivé de vous glisser dans la peau d'un arbitre ?

Oui, ça m'est arrivé plusieurs fois. Régulièrement sur les entraînements ou les fois où j'étais blessé en équipe de France. J'ai pu me rendre compte par moi-même de la difficulté de la tâche. Des fois, tu veux siffler et si tu hésites, c'est trop tard, l'action est déjà passée. La chose la plus difficile, c'est la vitesse à laquelle ça joue. Il faut prendre la décision en une demi-seconde.

Dans un tweet, en amont des Journées de l'arbitrage, vous écriviez sur le ton de la boutade "pourquoi pas une deuxième carrière". Avez-vous déjà sérieusement envisagé une reconversion dans l'arbitrage ?

Être arbitre, c'est un métier difficile. Tout le monde n'a pas la capacité de le faire. Techniquement, c'est dur. C'est contraignant en termes de déplacement. Psychologiquement aussi, c'est compliqué. Autant tu te fais applaudir quand tu es joueur, là c'est rarement le cas. C'est plutôt l'inverse même. Tu risques plus de te faire huer et siffler qu'autre chose. Ça ne doit pas être facile à vivre. Ce n'est pas le même métier. J'avais pensé que ça aurait pu être marrant de faire arbitre, mais les équipes deviendraient folles, si je fais n'importe quoi (rires). Arbitrer sur le All-Star Game LNB, pourquoi pas, ça pourrait être rigolo. Mes assistants ? J'aurais bien aimé voir Tony (Parker, ndlr) siffler. (Il réfléchit) Et Flo (Piétrus) ! On formerait un beau trio. 

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