L'inextricable organisation des "JO du Covid"

Un volontaire, avec une pancarte, demande aux passants de s'abstenir de regarder un semi-marathon, le 5 mai 2021.

CONFUSION - Reportée d'un an avec l'espoir de jours meilleurs, la grand-messe estivale peine à se dépêtrer du Covid. Les organisateurs se retrouvent obligés de parer au plus pressé, en se passant de spectateurs étrangers et locaux pour éviter une catastrophe sanitaire.

On les surnomme déjà "les JO du Covid". Reportés d'un an, en raison de la pandémie, les Jeux d'été de Tokyo - qui débutent le 23 juillet et se refermeront le 8 août - n'échapperont pas au virus. Les organisateurs espéraient profiter d'un bout de ciel bleu. Il n'en sera rien. Après avoir acté, le 20 juin, l'interdiction des spectateurs qui viendraient de l'étranger, le gouvernement japonais a donné le dernier coup de semonce, le 8 juillet, en réinstaurant l'état d'urgence dans la capitale nippone jusqu'au 22 août, couvrant ainsi toute la compétition. Face à la menace du variant Delta et au faible taux de vaccination (17%) de la population locale, il a été ordonné un huis clos quasi total. Une première dans l'histoire olympique.

"L'ambiance festive devra être supprimée", avait laconiquement annoncé Seiko Hashimoto, la présidente du comité d'organisation (Tocog), à un mois de la cérémonie d'ouverture. Pas de scènes de liesse dans les gradins donc, pas de célébrations non plus et encore moins de regroupements, comme on a pu le voir pendant l'Euro, qui s'est achevé devant 60.000 spectateurs, le 11 juillet à Wembley. "Malheureusement, nous ne serons peut-être pas en mesure de faire la même chose", avait ajouté l'ancienne ministre des JO, médaillée olympique de bronze en patinage de vitesse à Albertville en 1992. Une jauge de 50% (dans une limite de 10.000 personnes) par site avait alors été décidée. Elle sera proche de zéro, presque partout.

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Tokyo 2021 : des JO sous le signe du Covid

Concrètement, l'interdiction de public sur les sites olympiques de Tokyo concerne toutes les épreuves, y compris le stade olympique national de 68.000 places reconstruit spécialement pour l'événement, qui sonnera désespérément creux. Ce huis clos vaut aussi pour les trois préfectures environnantes de Saitama, Chiba et Kanagawa. Ce qui représente 95% des épreuves olympiques. Face au risque de transmissions du virus, les organisateurs ont aussi appelé les locaux à s'abstenir d'assister aux disciplines se déroulant sur la voie publique dans la capitale nippone : le triathlon et les courses de cyclisme sur route. 

Ni spectateurs étrangers ni locaux

Pourtant autorisés par le comité d'organisation à accueillir des spectateurs, dans la limite de 50% de la capacité de chaque enceinte ou 10.000 personnes maximum, les départements éloignés d'Hokkaido et de Fukushima, au nord de Tokyo, ont pris le contrepied. Ils ont interdit la présence de locaux pendant les matchs de football, de baseball et de softball. "Tous les événements se dérouleront sans spectateurs", a assuré le gouverneur de la région d'Hokkaido Naomichi Suzuki. Il a justifié sa décision, en expliquant que les restrictions, insuffisantes, ne suffiraient pas à limiter les déplacements depuis Tokyo. La ville de Sapporo est aussi censée accueillir le marathon et des épreuves de marche, délocalisées en raison de craintes liées à la chaleur dans la capitale. Il a déjà été demandé au public de ne pas y assister.

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Japon : la fronde anti-JO

Pour l'heure, seules les épreuves prévues à Miyagi (nord-est) et Shizuoka (centre) sont encore susceptibles d'accepter des spectateurs, mais de façon très parcellaire. À Ibaraki, au nord-est de Tokyo, seuls les écoliers auront le droit d'assister aux compétitions. Les organisateurs ont fait savoir que les matchs de football, se déroulant après 21h, se tiendraient à huis clos. Toutefois, les spectateurs devront respecter un protocole très strict. Toute personne toussant, ne portant pas un masque ou enregistrant une température corporelle supérieure à 37,5°C lors de deux contrôles se verra refuser l'entrée. Une fois à l'intérieur, ils pourront applaudir, mais n'auront pas le droit d'acclamer les sportifs ou "d'entrer en contact direct avec d'autres spectateurs". Il sera aussi proscrit "d'exprimer son soutien verbal" ou d'agiter une serviette. 

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Les athlètes contraints de vivre sous "bulle"

Les sportifs ne sont pas exemptés de ces mesures contraignantes. Il ne fera pas bon oublier de mettre son masque. Les participants devront se couvrir le visage "à tout moment", sauf à l'entraînement, pendant les repas ou à l'extérieur, si la distance de deux mètres peut être respectée. Il ne faudra pas, non plus, omettre de passer quotidiennement par la case tests PCR. Les athlètes s'exposeront à des sanctions financières ou une expulsion "temporaire ou permanente", s'ils en viennent à enfreindre les règles anti-Covid, répertoriées dans un guide de 70 pages, actualisé à trois reprises jusqu'à présent. Obligés de vivre dans une "bulle" sanitaire, ils n'échapperont pas, comme leurs encadrements, au traçage ou à la planification de leurs déplacements, limités à des zones spécifiques, les empêchant ainsi d'assister en spectateur à une épreuve.

"La sécurité est la priorité numéro un et les Playbooks sont essentiels pour atteindre cet objectif", a insisté Hidemasa Nakamura, responsable du centre opérationnel. "Nous avons consulté des experts en médecine, en santé et en sport pour formuler des mesures de sécurité détaillées et complètes sur tous les aspects des Jeux." Dans ce souci d'assurer la sécurité de tous, selon les données du CIO, plus de 80% des résidents du village olympique sont déjà vaccinés ou sur le point de l'être. Du côté des diffuseurs et des médias, présents et accrédités, certains journaux ayant décidé de ne pas envoyer d'équipes sur place en raison de "restrictions quasi insurmontables", entre 70 et 80% des personnes auront complété leur parcours vaccinal.

Le Covid a coûté au moins 3 milliards de plus

Bien évidemment, cette (dés)organisation a des répercussions à tous les étages. Principalement, au niveau financier. Au-delà des mesures restrictives et des huis clos, qui aseptisent l'ambiance sur les sites olympiques, le Japon continue de sortir de l'argent, sans pouvoir compter sur la manne financière de la billetterie. Dans la dernière version du budget, livrée fin 2020, les organisateurs tablaient sur 800 millions de dollars (676 millions d'euros) de recettes liées à la vente de places. Une prévision devenue obsolète dès l'annonce de l'interdiction des spectateurs étrangers. Avec la jauge à 50% décrétée, en juin, l'organisation tablait sur 2,7 millions de billets écoulés (à 65 euros en moyenne la place) contre 8 millions avant le Covid. Finalement, mis à part quelques rares exceptions, toutes les places vont lui rester sur les bras. 

Par ailleurs, le report d'un an est venu un peu plus plomber les lignes de comptes. Il a engendré un surcoût de 2,5 milliards d'euros (2,9 milliards d'euros), faisant des Jeux de Tokyo les plus chers de l'histoire, avec un coût faramineux de 15,5 milliards de dollars (13 milliards d'euros), devant Londres, en 2012 (12,6 milliards). Sauf que la capitale anglaise avait pu compter sur la billetterie, le marketing et le tourisme pour alléger la facture. Se dirige-t-on vers un désastre économique à venir ? Peut-être pas. Le porte-parole du gouvernement Katsunobu Kato a indiqué qu'il était prévu que la ville de Tokyo, qui pèse 19% du PIB du Japon, couvrirait le comité d'organisation en cas de pertes. De quoi atténuer une certaine amertume.

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