Échancrées, moulantes, "sexy"... Des tenues sexistes sont-elles imposées aux sportives lors des JO ?

Aux JO de Rio, les joueuses de beach-volley égyptiennes portaient des tenus plus couvrantes que leurs adversaires. La règlementation en la matière a évolué pour l'autoriser.

POLÉMIQUES - Des joueuses norvégiennes de beach handball, discipline non olympique, se sont élevées contre l'obligation de porter des bas de bikini échancrés lors de leurs rencontres. À Tokyo, de telles polémiques semblent toutefois peu probables.

1500 euros. C'est le montant de l'amende infligée à l'équipe nationale féminine de beach handball, engagée dans les championnats d'Europe qui viennent de se terminer. Pourquoi une telle sanction ? Le fait que les joueuses aient porté un
"vêtement non conforme", en l'occurrence des shorts. La Fédération européenne de handball (EHF), à l'origine de ces poursuites, a indiqué les avoir décidées "en accord avec les termes définis par le règlement de beach handball". Cette amende a provoqué un tollé en Norvège, où le ministre des Sports a exprimé son soutien, de même que la fédération pour qui il est essentiel que les joueuses puissent se montrer "compétitives dans des vêtements dans lesquels elles se sentent à l'aise".

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Si le beach handball n'est pas (encore) une discipline olympique, faut-il s'attendre à des polémiques similaires lors des JO de Tokyo ? Si des représentations sexistes ont prévalu (et se perpétuent) dans de multiples disciplines, les règlements évoluent peu à peu. Si bien qu'aujourd'hui, malgré le poids de certaines traditions et habitudes, les sportives disposent d'une plus grande liberté dans le choix de leur tenue. Que ce soit en gymnastique, en athlétisme ou encore en beach volley, discipline qui a longtemps incarné cette forme de sexisme par l'habit.

Des règlements transformés

Les règles qui encadrent le beach handball stipulent que le bikini imposé aux femmes, dont les dimensions sont d'ailleurs très encadrées, se justifie dans un souci de cohérence "avec l'image attractive que doit avoir le sport". Et assume de manière plutôt claire le fait d'utiliser le corps des athlètes (féminines en particulier) comme un outil de promotion. Si ce sport ne sera pas pratiqué à Tokyo, d'autres disciplines – olympiques cette fois –, peuvent sembler concernées. Une autre discipline de plage bien sûr, le beach volley, mais également l'athlétisme, la gymnastique ou encore la natation. Des questions évidemment moins centrales pour les professionnels du tir à l'arc, du rugby ou du hockey sur gazon.

Au beach volley par exemple, le port du bikini pour les joueuses a été imposé jusqu'en 2012. Une réforme lancée par la fédération internationale a assoupli les règles, permettant ainsi le port de tenues plus couvrantes. L'argument invoqué à l'époque n'était pas celui d'un sexisme instauré dans les règlements, mais plutôt d'une volonté de réduire les freins qui pouvaient subsister au développement de ce sport à travers certains pays. En particulier ceux où une part importante de la population est de confession musulmane, et où les femmes prennent soin de couvrir largement leur corps, y compris dans le cadre d'une pratique sportive. Quel que soit le motif retenu, cette réforme a permis à des athlètes égyptiennes de prendre part aux épreuves à Rio, dans des tenus bien plus couvrantes que celles de leurs adversaires et sans que cela ne pose de problèmes aux juges qui encadraient les compétitions.

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Dans d'autres disciplines, la question peut également se poser. On pense notamment à l'athlétisme, où il est courant d'observer des championnes vêtues de tenues très légères et courtes. Y sont-elles contraintes ? En théorie non, puisque les règles en vigueur dictées par la fédération internationales stipulent seulement que "les athlètes doivent porter une tenue propre, conçue et portée de manière à ne pas offenser". Par ailleurs, "le vêtement doit être d’un tissu non transparent même

mouillé", tout en ne devant pas "gêner la vision des juges". Shorts ou pantalons peuvent donc être utilisés. Celles et ceux qui ont suivi les JO de Sydney en 2000 se souviennent d'ailleurs peut-être de la coureuse Australienne Cathy Freeman, qui avait concouru dans une étonnante combinaison.

En gymnastique aussi, la sexualisation du corps des femmes est parfois dénoncée. Le justaucorps y est porté machinalement par des milliers d'athlètes, mais l'Allemande Sarah Voss, a récemment évolué au Championnat d'Europe de gymnastique artistique habillée d'une élégante combinaison intégrale. Un geste militant revendiqué par la gymnaste de 21 ans, rendu possible par les règlements de sa disciplines, mais assez unique. Subsiste en effet l'idée qu'il est important de souligner un port de jambe ou de bras, et que des tenues peu couvrantes sont pour ça les plus adaptées. Les athlètes, si elles ne se soumettent pas à ces standards, expliquent d'ailleurs pour certaines craindre de se voir pénalisées par les juges lors des compétitions. 

En natation, les textes sont de leur côté très stricts, mais la tendance serait plutôt à porter un maximum de tissu. Pour améliorer la flottabilité, la pénétration dans l'eau et donc les performances, les nageurs et nageuses ont à une époque privilégié des combinaisons intégrales. Jugées trop performantes, la fédération internationale a limité la surface du corps pouvant être couverte, sans pour autant que le bikini soit imposé. Loin de là.

Des débats même chez les athlètes

Bien que des polémiques sur les tenues des sportives soient régulièrement observées au plus haut niveau, on constate rarement un consensus chez les athlètes eux-mêmes. "C'est un sujet qui fait parler tout le monde, mais pour nous, c'est exactement comme une tenue de travail", expliquait il y a quelques année la beach-volleyeuse professionnelle Laura Ludwig. "Nous prenons ça comme une chose positive qui amène des gens au stade, ce n'est pas vraiment un problème pour nous", glissait l'Allemande, visiblement peu intéressée par la question. Une joueuse américaine expliquait quant à elle avoir toujours joué dans cette tenue depuis sa jeunesse, elle qui a grandi sur la côte californienne. Rien de plus normal à ses yeux d'adopter ensuite en compétition une tenue qu'elle a toujours portée et qui se révèle confortable. 

Il s'agit en effet d'un autre argument souvent invoqué. Un short ample (comme ceux du football par exemple) ne bloquerait pas aussi bien le sable dans les sports de plage, devenant ainsi une potentielle source d'inconfort. Soulignons néanmoins que les hommes, eux, pratiquent le beach volley en short, sans que cela ne semble leur poser le moindre problème. Se pose en effet la question des températures. Disputer certaines épreuves durant plusieurs heures sous un soleil intense ou dans un stade en plein été peut se révéler ardu, a fortiori lorsque l'on pratique un sport très éprouvant physiquement. Les professionnels du beach volley enfilent ainsi plus volontiers des tenues davantage couvrantes lorsque le températures baissent et que les matches ne sont pas disputés en début d'après-midi au milieu d'un mois de juillet.

Au-delà du point de vue des sportives, la question des tenues autorisées nous interroge sur l'image des femmes renvoyées par le sport, et sur la manière dont les réalisateurs (très majoritairement des hommes) orientent les représentations des championnes. Une études menée lors des JO d'Athènes en 2004 s'était penchée sur les angles de caméra utilisés pendant les retransmissions  de la compétition féminine de beach volley. Les résultats, éloquents, montraient que 20% des plans étaient centrés sur les poitrines des joueuses, mais aussi que 17% cadraient la zone des fessiers.

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