Jérôme Fernandez avant France-Slovénie : "On va voir à Bercy que le public français est une vraie force"

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La France au Mondial de hand

INTERVIEW – Avant la demi-finale France-Slovénie ce jeudi soir (20h45 sur TF1), conversation avec Jérôme Fernandez, ancien capitaine des Experts, meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France de handball, vainqueur du dernier Mondial organisé en France, sur ce Mondial 2017, l’essor de son sport, et la transmission d’une génération à l’autre.

LCI : Quel regard portez-vous sur le parcours de l’équipe de France dans ce Mondial jusqu’ici ?

Jérôme Fernandez : Un regard très admiratif. C’est un sans-faute, et tout le monde apporte quelque chose, les cadres, les anciens, les jeunes. On a vraiment l’impression que cette équipe vit bien, ils sont heureux de travailler ensemble pour un objectif commun. Je suis particulièrement attentif aux joueurs qui viennent d’entrer dans le groupe : ils sont très sollicités, mais aussi très performants. C’est de bon augure pour l’avenir de l’équipe de France.

LCI : Après la finale olympique perdue cet été, imaginiez-vous que ça se passerait aussi bien ?

Jérôme Fernandez : Très sincèrement, oui, j’imaginais un parcours comme celui-là. Pour moi, la France est tellement supérieure aux nations qu’elle a croisées jusqu’à maintenant, que la voir au minimum dans le dernier carré est logique. Ce qui est plus surprenant, c’est de voir le Danemark, l’Espagne ou l’Allemagne éliminés. Cet été, la finale perdue contre le Danemark s’expliquait par le niveau physique des cadres, qui avaient dû beaucoup jouer durant le tournoi. Arriver en finale, c’était déjà une belle réussite. Tout le monde a l’impression que c’est facile mais c’est un travail très minutieux et compliqué. Là, au Mondial, on a deux joueurs de plus dans l’effectif. Le groupe est plus dense et équilibré. Sur notre côté droit, le réservoir de gauchers est beaucoup plus riche. Les cadres ont pu souffler pendant les premiers matchs. Peut-être aussi que l’expérience de cet été a donné encore plus faim à cette équipe. Et puis enfin, surtout, là on joue en France.

LCI : Le public, ce n’est pas une pression supplémentaire ?

Jérôme Fernandez : On a vu contre l’Islande (en 8es de finale, ndlr) que, pendant un petit moment, ça en a tétanisé certains, qui n’ont pas pu s’exprimer à 100%. Mais une fois qu’on est entré dans son match, qu’on arrive à faire abstraction de l’ambiance, ça a plutôt tendance à galvaniser et à sublimer l’équipe. Je crois que c’est une vraie force et qu’on va le voir à Bercy ce (jeudi) soir.

LCI : Vous avez remporté avec les Bleus le dernier Mondial joué en France. Voyez-vous des similitudes avec votre épopée de 2001 ?

Jérôme Fernandez : Oui bien sûr ! Les salles sont pleines et l’ambiance est formidable. Après, par rapport à il y a seize ans, c’est encore un cran au-dessus. Nous, on jouait devant 5000 personnes. À Lille, il y en avait 28 000 à chaque match. C’était historique. Et là, à Bercy, ça va faire le plein, comme c’était le cas en demi-finale et en finale en 2001, sauf que cette Arena a été rénovée. Il y aura en plus un côté grand show qui va rendre ce moment exceptionnel pour les supporters. Je suis persuadé que ces trois derniers jours vont être une grande, grande fête pour notre discipline.

LCI : Le public était moins nombreux en 2001, mais avait-il eu un apport dans votre victoire ?

Jérôme Fernandez : Oui, énorme. Surtout que, contrairement à cette équipe de 2017 qui était favorite dès le départ, nous, nous n’étions que des outsiders, et encore, simplement parce qu’on jouait chez nous. On savait très bien que nous ne faisions pas partie des meilleures équipes et c’est le public qui nous a rendus capables de battre n’importe qui. Battre l’Allemagne, puis la Suède, c’étaient des exploits. On avait du talent, de l’expérience, de la fougue, mais sur terrain neutre, on aurait certainement été éliminés en quarts de finale contre l’Allemagne.

LCI : Qu’apporte le public exactement ?

Jérôme Fernandez : Un supplément de motivation et le fait que, dans les moments difficiles, on oublie la fatigue. Le doute s’estompe parce qu’on est portés par l’ambiance et le soutien. Si on avait joué la finale olympique de cet été à Paris, je suis sûr qu’on l’aurait gagnée.

LCI : En quoi le handball a-t-il fondamentalement changé si on compare cette époque à ce qui se passe aujourd’hui ?

Jérôme Fernandez : Je ne sais pas. En tout cas, le sélectionneur a plus de choix, oui. Et ce sera encore plus vrai quand les deux générations de jeunes sacrées championnes du monde il y a deux ans vont arriver à maturité. On le voit avec les Fabregas et les Remili, qui sont déjà très importants aujourd’hui. On va pouvoir renouveler l’équipe, alors qu’il y a cinq-six ans, on pensait que les départs des Dinart, Narcisse, Omeyer causeraient un contrecoup.

LCI : Qu’est-ce que ça vous fait de voir Thierry Omeyer et Daniel Narcisse, qui étaient vos partenaires en 2001, disputer ce Mondial ?

Jérôme Fernandez : Ça me fait plaisir pour eux. C’était leur objectif d’y participer. Personnellement, j’avais décidé de ne pas en être, même si j’avais le niveau et les capacités sur le moment, pour garder intact dans ma tête le souvenir du parcours de 2001. Je n’avais pas envie que 2017 vienne peut-être l’abîmer… Je leur souhaite le meilleur et de finir sur une autre titre mondial. Parce que je me souviens qu’eux, en 2001, disputaient leur première compétition en tant que titulaires. Leur longévité ? Elle ne m’étonne pas. Je pense que j’aurais pu aussi jouer ce Mondial. Et il y en a d’autres, comme Didier Dinart ou Bertrand Gilles, qui auraient sans doute aimé le faire. Malheureusement, ils ont eu des blessures. C’est vrai que quand ce plaisir s’arrête, la vie devient un peu plus fade. On a tendance à vouloir en profiter au maximum. L’essentiel, c’est d’être performant, comme le sont Daniel et Thierry.

LCI : Deux autres de vos partenaires de l’époque, Didier Dinart et Guillaume Gille, ont pris la tête du staff, comment jugez-vous leur travail ?

Jérôme Fernandez : Les résultats parlent pour eux. Ils sont à deux matchs du titre. Ils ont très bien géré l’équipe depuis le début. On sent les joueurs bien en place et très en forme pour attaquer ce dernier carré. On peut déjà les féliciter. S’ils passent cette demie, ils auront fait le plus dur, parce qu’une finale, ça n’appartient qu’aux joueurs. Quand ils étaient joueurs, ils avaient déjà cette fibre de coach. C’étaient des leaders, et ils avaient cette capacité à driver les autres dans le jeu. Je sentais qu’ils deviendraient entraîneurs, puis sans doute sélectionneurs quand Claude (Onesta) arrêtera. Parce qu’ils ont l’expérience du haut niveau côté terrain, mais ils connaissent aussi les rouages des compétitions, tous les gens qui composent les instances internationales. Ils ont donc toute la légitimité.

LCI : On a l’impression que, dans cette équipe, toutes les transitions, y compris les moins évidentes, se sont faites en douceur. Comment l’expliquer ?

Jérôme Fernandez : C’est une chose que les anciens, champions du monde 1995, ont démarrée avec nous, à la fin des années 1990. Ils nous ont aidés à progresser plus vite en nous intégrant très rapidement. Ça nous a permis de nous épanouir, à leurs côtés, jusqu’à aller chercher le titre en 2001. Forcément, ça a été facile, pour notre génération, de reproduire ensuite ce schéma avec les jeunes qui arrivaient. Ça s’est perpétué naturellement, parce qu’on a appris comme ça que les cadres ont besoin de tout le monde pour gagner. Il a pu y avoir un peu d’orgueil mal placée au début, mais on est dans un sport collectif et même les très grands joueurs savent que la première force d’une équipe, c’est sa cohésion, au quotidien. Si on ne vit pas bien ensemble, on ne peut pas se dépouiller les uns pour les autres dans les moments difficiles. Et il n’y a que dans les moments difficiles qu’on voit les grandes équipes.

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