Mort de Diego Maradona : grandeur et décadence d'une légende du foot

Assurément dans son domaine, Diego Maradona était un génie. Né dans la pauvreté, il est devenu l'un des hommes les plus célèbres au monde et l'auteur de l'un des plus beaux buts de l'histoire. Mais sa légende dépasse de loin le cadre du sport.

BIOGRAPHIE - La vie de Diego Maradona, star du football décédée mercredi 25 novembre, a fasciné des millions de fans à travers le monde. Génie du ballon rond ayant payé cher sa gloire en sombrant dans la drogue et l'alcool, il était considéré comme l'égal de Dieu en Argentine. Retour sur un incroyable destin, porté et consumé par le feu intérieur.

Il venait de fêter ses 60 ans. Diego Armando Maradona, né à Buenos Aires, est décédé d'un arrêt cardiaque respiratoire mercredi 25 novembre 2020 dans sa villa de Tigre en Argentine. Et c’est toute l'Argentine qui est en deuil – trois jours de deuil national ont été annoncés. En six décennies, celui qui restera à jamais le "diez", le numéro dix, capable de marquer les plus beaux buts de l'histoire, à l'instar du roi Pelé, a connu mille vies. 

De son ascension professionnelle à sa lente descente aux enfers. Des quartiers pauvres de Buenos Aires jusqu'à devenir l’icône du ballon rond en remportant la Coupe du monde 1986 avant de sombrer dans les excès et la déchéance.

Le parcours de ce génie du football, à contre-pied (et pas seulement sur les terrains) a tous les atours des meilleurs scénarios de Hollywood. Une carrière démente et rocambolesque. Dribbleur hors pair puis symbole, capitaine incontesté de l’Argentine. En tous points hors du commun des mortels.

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Des espoirs de Coupe en 1977 à la "main de Dieu" en 1986

Né en 1960 à Lanus, ville de la banlieue ouvrière de la capitale argentine, le "gamin en or" comme on le surnomme est intégré au Onze argentin à 16 ans, le 27 février 1977 devenant le plus jeune joueur pro de l’histoire. À cette époque, il ne rêve que de la plus grande des consécrations mondiale, la Coupe du monde. Jugé trop jeune par le capitaine argentin, Daniel Passarella, il ne sera pas de celle de 1978, qui se joue dans son pays et sera remportée par les siens. Une double frustration qu'il conserva comme une blessure.

Sous les couleurs de l’équipe nationale pendant 17 ans (1977-1994), le légendaire numéro 10 a marqué 50 buts en 115 matches, élevé au stade de divinité dans les années 1980. Il a offert à son pays la deuxième Coupe du monde de son histoire en 1986. 

Cette année-là, dans le mythique stade Aztèque de Mexico, le "diez" exauce son rêve, brandissant le trophée mondial, à la quintessence de son art. Le peuple s'enflamme lorsqu'il inscrit un but de la main contre les Anglais en quarts de finale, validant sa "main de Dieu". Ensuite, il remonte le terrain en passant en revue les joueurs anglais et inscrit le "but du siècle", qui le propulsera au rang de Dieu vivant pour le peuple argentin.

1984-1991, les années de gloire à Naples, "en osmose" avec la ville

Ailleurs que dans son pays natal, Maradona devient une icône. Après un passage qu'il qualifiera de "désastre" dans le barrio Chino de Barcelone, où il a joué deux saisons (1982-1984), Maradona connait ses années de gloire à Naples (1984-1991), club où il est adulé pour lui avoir fait gagner les deux seuls titres de champion d'Italie de son histoire, notamment le 10 mai 1987. 

Un match nul contre la Fiorentina (1-1) au San Paolo sacre Naples qui exulte dans une fête qu'on ne verra plus de mémoire de Napolitain. Après le doublé Coupe-Championnat de 1987, il offre à la cité parthénopéenne une Coupe de l'UEFA en 1989 puis un autre Scudetto en 1990. "Tous les Napolitains avaient chez eux une photo de Diego. Chez certains, elle était même accrochée au-dessus du lit à côté de Jésus", assure Gennaro Montuori, ultra napolitain devenu proche du N°10, dans le documentaire consacré à la star, réalisé par Asif Kapadia en 2019. 

Lui, le "villero", l'enfant du quartier déshérité de Villa Fiorito, au sud de Buenos Aires, s'identifie aux Napolitains, ces "terroni" volontiers méprisés par le Nord. Il est en osmose avec "sa" ville jusque dans ses vices, la star planétaire fraie avec des clans camorristes et plonge dans la cocaïne. 

Tenté par un départ à Marseille en 1989, Maradona étouffe d'une overdose de passion à Naples, qui peu à peu se détourne de son demi-dieu, voit d'un mauvais œil la naissance d'un fils illégitime en 1986 devant les caméras de la RAI. Avant de l'abhorrer : la Coupe du monde 1990 et une demi-finale chez lui, à Naples, contre l'Italie, éliminée aux tirs au but. L'hymne argentin est sifflé, Maradona conspué au moment de tirer. Un an plus tard, un contrôle positif à la cocaïne lui vaut une suspension de 15 mois met fin à son septennat napolitain.

Poids de la célébrité, addiction à la drogue : la décadence du génie au début des années 90

26 avril 1991. Maradona sort de son domicile de Buenos Aires en sale état, entouré de deux policiers venus l'arrêter pour détention et consommation de cocaïne. Une date qui marque le début de sa déchéance pour celui qui semble alors condamné à enchainer cures de désintoxication et rechutes. 

C'est aussi le joug d'une célébrité que Maradona, impulsif, rebelle, habitué aux déclarations outrancières, n'a jamais su gérer. Sali par les scandales, sous le coup d'une suspension de deux ans pour un nouveau contrôle positif en 1994, il quitte officiellement le monde du football, à 37 ans, le jour de son anniversaire. 

Pas de quoi entraver pour autant le culte que certains lui vouent à l'instar de l'Église maradonienne (en espagnol, Iglesia Maradoniana), mouvement religieux fondé par des fans le 30 octobre 1998 (38ème anniversaire de Maradona) dans la ville de Rosario en Argentine et qui compte aujourd’hui environ 100.000 adeptes à travers le monde.

Soutien de Chavez puis Maduro au Venezuela, et Fidel à Cuba

Ses fréquentations politiques deviennent aussi controversées. "Amoureux" d'Hugo Chavez et "soldat" de Nicolas Maduro, Diego Maradona a toujours montré un engagement politique à gauche toute. Rebelle et anti-impérialiste, il a régulièrement montré une aversion pour les États-Unis, profondément ancrée chez l'enfant de Villa Fiorito, bidonville des faubourgs de Buenos Aires.

Diego Maradona était très proche de Fidel Castro qui l'avait surnommé "le Che du sport" lors de leur première rencontre en 1987, un an après "la main de Dieu" et son sacre mondial. La relation que Maradona entretient avec ce dernier se révèle aussi épistolaire et c'est par une lettre à Maradona que l'ancien chef d'État cubain le rassure sur son état de santé, en 2015. 

Quand un an après, l'annonce de la mort de Castro est faite, Maradona déplore la perte d'un "second père" et pleure : "Je me sens cubain". Un lien qu'il a jusque dans la peau : au mollet gauche, l'ancien sélectionneur argentin est tatoué de l'effigie de Castro. Autre figure de la révolution cubaine, l'Argentin Che Guevara l'accompagne à l'épaule droite.

En 2013 puis 2018, Maradona se présente comme un "soldat" du successeur de Chavez, Nicolas Maduro, et assiste à ses meetings de campagne. En marge de la finale de la Coupe du monde 2018 en Russie, il rencontre Mahmoud Abbas, président palestinien : "Cet homme veut la paix en Palestine. Le président Abbas a un pays à part entière", est-il écrit sous la photo des deux hommes sur le compte Instagram du "Diez".

Crises et émission de télé à succès dans les années 2000

Loin des stades, la déchéance du "diez" va s'accélérer. En 2000, Maradona est hospitalisé à Punta del Este (Uruguay) pour une crise cardiaque liée à la drogue. Il s'en sort et part à Cuba en cure de désintoxication. Quatre ans d'allers et retours entre l'Argentine et sa seconde patrie ne réussiront pas à le guérir durablement de sa dépendance à la cocaïne. 

Les années 2000 ressembleront à des crises à répétition pour la gloire du football. En 2004, Maradona frôle la mort après un accident cardiovasculaire à l'issue duquel il repart à La Havane. L'année suivante, il subit à Bogota une opération chirurgicale destinée à réduire la capacité d'absorption de son estomac pour lutter contre l'obésité, ce qui lui permet de perdre près de 50 kilos. 

L'Argentine lui reste fidèle. Fin 2005,  son émission télévisée La nuit du 10 bat de records d'audience, recevant comme invités son grand rival et ami Pelé ou encore son "père" Castro. Mais les démons des excès reviennent. Maradona se met à boire, grossit, fume et rechute dans une crise hépatique qui le ramène à l'hôpital en 2007. 

Nommé sélectionneur de l'équipe d'Argentine en 2008, il est évincé deux ans plus tard par sa fédération après un échec cuisant au Mondial 2010. Par la suite, il entraînera deux clubs émiratis avant de s'engager en tant que président du club bélarusse du Dinamo Brest (D1) en 2018. La même année, il devient entraîneur des Dorados de Sinaloa (D2 mexicaine) avant d'en claquer la porte avec fracas huit mois plus tard à cause d'un pénalty non sifflé pour son club. 

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Pour contrer ceux qui racontent sa vie, à l'abri des rumeurs, des excès et des scandales, y compris dans sa vie personnelle (huit enfants reconnus, peut-être plus dans la nature, de bombes médiatiques en batailles judiciaires), Maradona dira tout ce qu'il avait à dire dans son livre Ma vérité publié en 2016, rédigé trente ans après la victoire de l’Argentine à la Coupe du monde mexicaine. Il avait décidé "de tout raconter" comme il l'écrivait. "Pour la première fois. À ma façon, la façon que j'aime, celle qui était la mienne quand je jouais : en donnant tout, en disant tout." Brûlant tout, porté et consumé par le feu intérieur. À son image.

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