Mort de Frédéric Forte : "Le CSP Limoges était une religion pour lui", se souvient son ami Fred Weis

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INTERVIEW - Vainqueur d'une coupe d'Europe et de trois championnats de France en tant que joueur, l'ex-meneur devenu président du CSP Limoges Frédéric Forte a marqué toute une génération. Contacté par LCI, son ancien coéquipier Frédéric Weis est apparu très ému suite à la disparition de son ami.

"Il est parti trop tôt". Deux jours après la disparition prématurée de Frédéric Forte, président et ancien joueur du club de basket du CSP Limoges, décédé brutalement dimanche 31 décembre dans l'après-midi à l'âge de 47 ans, la douleur demeure vive pour Frédéric Weis. "L'année ne commence pas de la meilleure des manières", confie-t-il à LCI, la gorge nouée.


Joint par téléphone, l'ancien pivot limougeaud - aujourd'hui consultant à SFR Sport et RMC - a dressé le portrait de son ancien coéquipier au CSP, héros de la finale 1993 de la Coupe d'Europe des clubs champions remportée par la formation française. "The Brain" ("Le Cerveau", le surnom de Forte, ndlr) l'avait pris sous son aile dès son arrivée à Limoges en 1995.

LCI : Que retiendrez-vous de Frédéric Forte ?

Frédéric WEIS : C'est lui qui m'a accueilli à Limoges. Il m'a fait y revenir en tant que joueur. Il m'a ensuite tendu la main quand je travaillais dans une entreprise de textile. On a été très proches l'un de l'autre. C'était un gars très intelligent avec une vraie vision pour le sport et le basket. Mais il avait un souci : dans ses combats, il était souvent seul. Il aimait se nourrir des conflits. Mais voilà, à un moment, être tout le temps contre tout le monde, ça paraît compliqué à vivre. D'ailleurs, ça n'a pas toujours été tout rose entre nous. Il m'a fait la gueule, on s'est fâchés. Mais il avait ce charisme et ce charme qui faisaient qu'on se réconciliait assez vite.

LCI : Quels souvenirs gardez-vous de votre première rencontre ?

Frédéric WEIS : La première fois que je l'ai rencontré, je ne savais pas si je devais le tutoyer ou le vouvoyer. Je n'ai plus en tête plus la teneur exacte de notre conversation, mais je me souviens qu'il s'était tout de suite foutu de ma gueule. Il avait toujours ce ton moqueur. J'avais aussi été impressionné par son intelligence. C'était vraiment quelqu'un de cultivé. A côté de lui, j'avais l'impression d'être un enfant. Il réagissait au tac au tac. Il avait toujours le bon mot, la bonne phrase. Et puis, s'il n'était pas comme les autres, il est devenu un ami parmi les autres.

L'interception sur Kukoc ? Il est devenu notre idoleFrédéric WEIS, sur la finale du Final Four 1993

LCI : Frédéric Forte, c'est aussi l'homme de l'interception face à Kukoc en finale du Final Four en 1993. À l'époque, comment aviez-vous vécu ce moment suspendu ?

Frédéric WEIS : J'étais encore jeune. J'étais à l'Insep (l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance, ndlr). On était environ une vingtaine de basketteurs collés devant l'écran de télévision pour suivre cette finale. À cet instant, il est devenu notre idole. C'est resté gravé dans nos mémoires. Et puis quand j'ai rejoint Limoges plus tard, il y avait ces stars comme Frédéric Forte et Richard Dacoury qui m'avaient fait rêver. Ça peut sembler un peu débile, dit comme ça, mais à l'époque, si j'avais pu, je me serais pris en photo avec eux tous les jours.

Le CSP était une religion pour luiFrédéric WEIS, sur l'attachement de Frédéric FORTE à Limoges

LCI : À Limoges, il a tout connu comme joueur, entraîneur et enfin président. Comment expliquez-vous la relation sans pareille qu'il a entretenue avec le CSP ?

Frédéric WEIS : Il y a deux choses quand on évoque l'attachement de Frédéric à cette équipe de Limoges. La première qu'il faut savoir, c'est que le CSP était une religion pour lui. Tout tournait autour du club. La deuxième, c'est que le club était, est et sera toujours au-dessus de l'individu. C'est important parce qu'il faut que Limoges continue de vivre sans lui. Comme il le disait, "le CSP sera encore là, bien après notre mort à toutes et à tous".

LCI : Quel héritage Frédéric Forte va-t-il laisser derrière lui ?

Frédéric WEIS : Une image. Celle d'un visionnaire avec son projet de faire de Limoges un club 3.0. Il s'est adapté au contexte pour continuer à engranger de l'argent malgré la baisse des subventions. Aujourd'hui, tout le monde suit son exemple parce que c'est la seule solution qui permet aux équipes de survivre. S'adapter, c'était son leitmotiv. Il croyait absolument en ça.

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