Pourquoi le club de baseball les "Patriots" attaque le FN en justice et lui réclame 80.000 euros

Pourquoi le club de baseball les "Patriots" attaque le FN en justice et lui réclame 80.000 euros
SPORT

INTERVIEW – L'usage politique du terme "patriote", très mis en avant par le Front national durant la campagne présidentielle et qui pourrait devenir le futur nom du parti, a conduit le club de baseball les "Patriots", basé à Paris, à entamer une action en justice. Son avocat Me Alexei Kirillov, en charge du dossier avec sa consœur Chloé Belloy, indique à LCI les tenants et les aboutissants de la démarche.

 Il y a quelques années, quand l’UMP a changé de nom pour devenir "Les Républicains", des plaignants avait été déboutés après avoir poursuivi le parti en justice pour s’être ainsi approprié le terme. Une affaire d’un genre similaire va bientôt s’ouvrir : Le Canard Enchaîné a en effet révélé qu’un club de baseball parisien, les "Patriots" (en référence à l’équipe de foot US de la Nouvelle-Angleterre, du même nom) poursuit à son tour le Front national en justice pour avoir largement mis en avant le terme "patriote" et même avoir créé, via son vice-président Florian Philippot, un mouvement nommé "Les Patriotes". 

L’un de deux avocats du club, Me Alexei Kirillov, nous explique toutefois qu’il s’agit ici moins d’une question de mot que d’image. Ce qui renvoie à la spécificité même du parti d’extrême droite. Entretien.

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Replay - L'invité politique de 8h15 du 18 mai 2017 : Florian Philippot, Vice-président du Front national

LCI : Les "Patriots" de Paris réclament au Front national la somme de 80.000 euros. Pour quel préjudice exactement ?

Me Alexei Kirillov : Le club a établi un devis avec l’intégralité des coûts qu’impliquerait un changement de nom et d’identité. Changement de logo, de site internet, de toute la charte graphique du club… Et donc changement des uniformes, des casques, même des battes. En fait, le baseball a cette particularité d’être un sport d’apparence et l’attirail fait partie de l’identité d'un club. Toutes ces sommes cumulées, en comptant les équipes masculine, féminine, celles des juniors, donnent, dans un tableau Excel, un montant d’un peu plus de 80.000 euros.

LCI : Il y aurait des amalgames entre "Patriots" et "Les patriotes". Comment cela se traduit-il dans la vie quotidienne du club ?

Me Alexei Kirillov : Je vous avoue que moi-même, au départ, je trouvais cette situation curieuse. Mais ce sont des choses très concrètes. Nous avons évidemment demandé des preuves, qui ont ensuite toutes été versées à la procédure. En réalité, cela a commencé avec un futur adhérent qui a écrit au club pour demander si l’équipe avait des liens avec le Front national. C’était il y a un an. A l’époque, les dirigeants en ont rigolé. Il n’était en effet pas encore question de la création d’un mouvement intitulé "Les Patriotes" à l’extrême droite. Ils ont donc juste posté un petit message sur le site internet du club en réaction, disant : "On n’a rien à voir avec un quelconque parti." Ensuite, ils ont reçu plusieurs autres messages de ce type. Par exemple, dans l’un d’eux, un adhérent du club racontait qu’il avait écrit "Patriots" dans son CV et qu’à un entretien, on lui a demandé s’il faisait partie du FN…

LCI : Y a-t-il eu des cas de joueurs qui ont refusé de venir au club à cause du nom "Patriots" ?

Me Alexei Kirillov : Certains ont failli ne pas venir. D’autres ont menacé de partir. Je pense que cela va s’arranger avec cette action judiciaire. Mais surtout, et c’est le plus grave, un sponsor du club, la société CPR SAS, a envoyé une lettre indiquant qu’elle refusait de continuer à financer le club, "en raison des risques de confusion avec le Front national". J’ai le courriel sous les yeux : "Il existe un risque d’affiliation politique de la part du public et notre société ne peut se permettre une telle confusion." La mairie du XXe a également émis des réserves au sujet du nom !

LCI : Avez-vous eu vent d’une attitude hostile du public autour de certains matches ?

Me Alexei Kirillov : Non. En revanche, on peut parler d’une attitude hostile du public depuis que nous avons lancé notre action en justice. Une plainte va être déposée contre toutes les insultes et menaces proférées à l’égard du club et de leurs avocats. On imagine qu’il s’agit de sympathisants d’extrême droite. Les commentaires vont de "ceci n’est pas un sport d’hommes" à "vous allez vous prendre des coups de battes de baseball" là où vous savez. Ces personnes se sentent visées par l’action en justice, action basée sur ce que véhicule le FN. Parce que nous ne demandons pas à Florian Philippot de renoncer à créer son association, ni au parti d’arrêter d’utiliser le mot "patriote". Nous disons que le FN, du fait des valeurs qu’il véhicule, porte atteinte à l’image du club en utilisant ce mot pour faire sa promotion. Nous disons donc que la faute du FN, c’est d’être ce qu’il est. L’audience sera d’autant plus intéressante que ce sera sans doute la première fois que sera posée la question d’une faute commise par le FN par son existence même.

LCI : À ce sujet, comment a réagi le Front national lui-même ?

Me Alexei Kirillov : Au-delà des trolls, le parti a fait semblant de ne pas avoir reçu l’assignation. C’est ce que prétend leur avocat. Sauf que, quand l’huissier de justice est arrivé devant le siège du FN, le gardien lui a dit qu'il n'y avait personne... Heureusement, en France, il dispose d’une arme contre ce type de comportement : le dépôt à l'étude. C’est-à-dire qu’il dépose un avis de passage et envoie l’assignation le lendemain par La Poste. Cette opération vaut signification en droit commun. Techniquement, si le FN continue de faire la sourde oreille, le tribunal rendra une décision par défaut.

LCI : Pour finir, l’équipementier du club est la marque "Macron". Cela ne pose pas de problème particulier ?

Me Alexei Kirillov : (rires) J’ai remarqué aussi. C’est une drôle de coïncidence qui laisse penser que le club est totalement politisé ! Après, pour vous répondre sérieusement, Emmanuel Macron ne pose pas de problème de valeurs véhiculées. Il n’est ni associé à des idées racistes, ni à des idées xénophobes. Il y a une différence entre des thèses économiques, comme l’ultralibéralisme ou le communisme, avec lesquels le club n’est pas forcément d’accord (ils sont dans le sport donc pour le coup, ils s’en moquent), et les appels à la haine que véhicule le FN. Ce sont des éléments sociétaux de tous les jours qui stigmatisent. Le club les "Patriots" ne veut pas y être associé. Dans le baseball en général, il y a toute l’attitude américaine du "politically correct". Ce sont des valeurs tout à fait contraires.

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