PSG-Basaksehir : "Le sport est devenu le lieu d'expression de la lutte contre le racisme"

PSG-Basaksehir : "Le sport est devenu le lieu d'expression de la lutte contre le racisme"

INTERVIEW - En quittant le terrain prématurément et collectivement mardi soir, les joueurs du PSG et de Basaksehir ont mis dans une lumière nouvelle le racisme dans le monde du football. Yvan Gastaut, historien spécialiste du sport, nous éclaire sur un acte inédit.

Mardi soir, lors de la rencontre entre le PSG et Istanbul Basaksehir, en Ligue des champions, les 22 acteurs ont décidé de rentrer aux vestiaires après des accusations de racisme autour du quatrième arbitre. Pierre Achille Webo, membre camerounais de l’encadrement du club turc, reproche en effet à l'officiel roumain de l’avoir désigné en le qualifiant de "negru" (noir en roumain).

Si cet événement, inédit, a marqué le monde du football, la classe politique s’est elle aussi saisie de cette affaire. En France, la ministre déléguée chargée des Sports, Roxana Maracineanu, s’est félicitée de la sortie du terrain commune des joueurs, en évoquant sur LCI un "acte historique contre le racisme ordinaire". Comment les mentalités ont-elles évolué dans le football pour parvenir à un tel geste ? Qu’est-ce que cela dit de l’évolution de la lutte contre le racisme dans ce sport ? Yvan Gastaut, historien spécialiste du sport et maître de conférences à l’université de Nice, répond à LCI.

Un tel geste de la part des joueurs était-il envisageable il y a encore quelques années ?

Yvan Gastaut : Non. Il y a une évolution liée à la prise de conscience autour du racisme dans le monde du sport depuis une quinzaine d'années. Les joueurs en sont désormais partie prenante, ils sont mobilisés, acteurs d'un positionnement contre le racisme. Avant, il y avait une forme d'indifférence totale, et maintenant, il y a une forme de sensibilité aigüe. Ce que nous avons vu mardi soir au Parc des Princes est significatif de cela.

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Plusieurs joueurs se sont particulièrement insurgés contre les propos évoqués, dont Demba Ba. La mise en avant des joueurs face à ce phénomène est-elle récente ?

Le problème, c'est le ressenti du racisme : à partir de quel moment se sent-on victime de racisme ? Récemment, lors de la rencontre PSG-OM, Neymar s'était senti victime, donc il a mis en avant cette dimension. En outre, il existe une nouvelle génération de joueurs qui ont 18, 20, 25 ans, et qui sont extrêmement sensibles à ce sujet, sans doute pénétrés par l'air du temps. Cette attitude est une forme de mode : nous pouvons difficilement dire qu'ils sont à l'avant-garde, puisque le contexte général est plutôt de punir collectivement ce genre de comportement. Mais le monde du football est tellement regardé que la moindre déviance est problématique.

Qu’est-ce que cela dit de l’évolution de la lutte contre le racisme dans le football ?

Cela dit d'abord que le sport est un excellent véhicule de ces problématiques : au lieu d'être opposées, deux équipes se retrouvent côte à côte face au mot "noir" qui a été pointé du doigt. Le sport est vraiment devenu le lieu d'expression de cette sensibilité, beaucoup plus qu'ailleurs. De plus, cela montre que l'on se pose la question de ce qu'est le racisme dans le football. Dans un premier temps, il s'agissait des supporters, mais là il n'y en a pas. Cette fois, cela vient d'un propos malheureux, sans doute le reflet d'une dimension raciste, avec une réaction des joueurs extrêmement virulente.

Le football a toujours eu un côté sombre, souvent lié au racisme- Yvan Gastaut

Ce n'était pas le cas auparavant ?

Avant, le racisme n'arrêtait personne, puisque nous pouvions huer et insulter sur le terrain. Maintenant, à partir du moment où l'on brandit la carte du racisme, tout s'arrête. C'est très bien que cela évolue en ce sens, mais c'est peut-être un peu pernicieux, parce que nous risquons d'avoir une forme de politiquement correct dans le monde du football qui ne sera pas le reflet de la réalité.

Le racisme est-il plus implanté dans le football que nous le pensions ?

Le football est traversé par tout et son contraire. Il y a de formidables histoires avec des relations interculturelles, mais en même temps, le football a toujours eu ce côté sombre du supportérisme et de la violence, souvent lié au racisme. Aujourd'hui, cela se voit aussi bien dans les tribunes que sur le terrain : même dans une rencontre au cours de laquelle il n'y a pas de spectateurs, cette problématique surgit. Dans le monde du football, professionnel comme amateur, la discrimination et la violence raciste peut être au rendez-vous. Ce qui s'est passé mardi va peut-être atténuer ces modes de fonctionnement, mais je ne suis pas certain que ce soit totalement de nature à évacuer le racisme dans le football.

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Bien sûr, il a été champion du Monde de Football en 1998. Il a porté 142 fois le maillot de l’équipe de France. Un record. Pourtant, très tôt, il a regardé au-delà du ballon rond et su que son statut lui permettrait d’être une voix forte de la lutte contre les discriminations. Aujourd’hui, c’est son combat quotidien. Lilian Thuram écrit, il s’engage et lorsqu’il prend le temps de se confier, c’est de l’émotion à fleur de peau, une belle matière à réflexion.

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