La Grande Odyssée : "c'est une course atypique et unique"

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La Grande Odyssée : l'aventure grandeur nature

Quadruple vainqueur de La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc catégorie Open, dont la dernière édition, Rémy Coste remet en jeu son titre en 2021 lors de la 17e édition de cette célèbre course de chiens de traîneau. Il évoque pour nous sa passion pour ce sport.

À 45 ans, Rémy Coste est le grand champion de la Grande Odyssée Savoie Mont Blanc. Le musher français a remporté à quatre reprises la course de chiens de traîneau en 2016, 2018, 2019 et 2020. Fort de son expérience, il se lance une nouvelle fois dans la course avec la ferme intention de s’imposer à nouveau. Il partage ses impressions sur la course, son évolution, sa préparation, la préparation de ses chiens… 

Que représente pour vous le mushing, votre sport ?

Le mushing est le mariage de la passion du chien, de l’effort et des grands espaces. C’est une passion dévorante, mais une fois que l’on y a goûté, on a du mal à s’en passer. Il est rare de trouver dans un sport autant de sensations différentes que l’on partage avec des animaux qui prennent une place très importante dans notre vie : ce sont à la fois des compagnons de vie, d’entraînement et un team avec lequel on se surpasse dans l’effort. 

La puissance que le team dégage est impressionnante et est retranscrite à travers la ligne de trait qui nous relie à eux, notre corps tout entier ressent la force incroyable que les chiens développent. L’environnement dans lequel on évolue est aussi magique entre forêt et montagne dans des décors enneigés, on est loin d’une vie casanière et chaque seconde permet de s’évader.

En quoi est-il important que de grandes courses de déroulent en France ?

Quand on pense aux courses de chiens de traîneau, on pense tout d’abord aux courses mythiques qui se déroulent en Alaska ou en Scandinavie, mais on oublie souvent que la France, grâce à ses massifs montagneux, offre un terrain de jeu que l’on ne retrouve nulle part au monde. Le fait que La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc se déroule dans nos Alpes françaises permet d’offrir des parcours spectaculaires, techniques et physiques et en cela, c’est unique. Je me souviens de la phrase d’un Américain qui est venu courir La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc il y a 2 ans. Pour résumer, il a dit "aux États-Unis pour faire une course de chiens de traîneau, on fait le tour des montagnes, vous ici vous escaladez le sommet et redescendez de l’autre côté."

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"La Grande Odyssée ne laisse pas indifférente"

Comment qualifieriez-vous cette course dans le paysage des grandes courses mondiales ?

La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc est une course unique de par son profil et son lieu géographique. 

Le terrain de jeu que nous offre nos montagnes donne lieu à des parcours très physiques pour les attelages (chiens et mushers) et très techniques dans les descentes. La durée de l’épreuve (11 jours de course) demande également une très bonne logistique et une gestion de l’équipe pour terminer la course avec un team en forme. C’est une course atypique, unique, on adore ou on déteste, mais elle ne laisse pas indifférente. 

Il n’y a pas beaucoup de course sous ce format dans le monde du mushing mais c’est pourtant celui que je trouve le plus intéressant. Il permet d’avoir un défi sportif engagé tout en aillant une gestion de nos chiens dans le respect du bien-être animal : chaque soir après l’étape ils sont massés, soignés, nourris et dorment dans des conditions qui leurs permettent de récupérer dans les meilleures conditions comme n’importe quel athlète. C’est aujourd’hui devenu une course de référence dans le monde de la mid-distance.

Comment l’avez-vous vu évoluer depuis les premières années ?

J’ai connu les deux versions de La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc puisque j’ai remporté deux versions « longues » et deux versions mid-distance donc je peux bien analyser l’évolution de La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc. Je pense que c’est une très bonne décision d’avoir réduit les km et changé de format. La version longue était à mon sens une formule très spécifique qui cloisonnait La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc dans un format unique et donc limitait le nombre de prétendants. La nouvelle version a permis d’attirer les meilleurs spécialistes de la mi-distance. Mais qui dit réduction de la distance ne veut pas forcément dire que la course est plus facile. Mes deux victoires sur la nouvelle version ont été bien plus acharnées et difficiles à obtenir que les deux victoires précédentes.

 Quel avenir lui voyez-vous ?

Je pense que c’est ce format de course qui permettra à notre sport de se développer. Tout d’abord, il attire un grand nombre de concurrents qui viennent du sprint et s’orientent en mid-distance, car le nombre d’heures consacré à nos chiens et l’entraînement est parfois ingrat au vu du temps passé en compétition pour une course de sprint. Ensuite, ce format permet une très belle médiatisation sans lequel notre sport ne peut évoluer, car pour avoir des stations qui nous accueillent, des terrains propices à la compétition et l’entraînement, il faut que les collectivités s’y retrouvent en termes de retombées. 

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Une épreuve qui se prépare dès l'arrivée de la précédente

Vous êtes le seul musher à avoir remporté 4 fois La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc, quel est votre état d’esprit pour cette nouvelle édition ?

Mon état d’esprit est inchangé depuis que j’ai pris le départ de ma première épreuve lors d’un trophée La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc en 2012 à Praz sur Arly. J’ai tout de suite compris que cette découverte de la compétition de chiens de traîneau deviendrait une passion et que comme à mon habitude, je mettrais tout en place pour apprendre, progresser et gagner, car je suis avant tout un compétiteur dans l’âme et j’ai constamment en tête l’idée de progresser et de m’améliorer. J’aime l’idée de se remettre en question, d’analyser sitôt la course finie ce qui a fonctionné, nos points faibles, les points forts de nos adversaires afin de mettre en place ce qu’il faut pour recommencer cet exploit de remporter cette course qui est devenue notre ligne directrice tout au long de l’année. Sitôt la ligne d’arrivée franchie, je ne peux m’empêcher de penser au départ de la prochaine édition.

Quels changements avez-vous opérés cette année pour tenter une cinquième victoire, la troisième en mid-distance ? 

Cette année encore nous avons changé un grand nombre de paramètres pour être encore plus performants, tout y passe : alimentation, entraînement, éducation, génétique, matériel, organisation, on essaye de ne rien laisser au hasard, car je sais que le niveau monte chaque année et nous devons innover pour rester devant. La défaite ne m’effraie pas à partir du moment où j’ai absolument tout mis en œuvre pour gagner et que je tombe sur une équipe plus forte que la mienne, c’est la loi du sport et c’est ce qui me motive encore cette année pour essayer de conquérir, un troisième sacre sur La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc mid-distance. Il n’y a pas de secret, c’est du travail, du temps, et de la remise en question quotidienne. Je n’ai rien inventé, j’ai juste été voir les meilleurs dans chaque domaine pour apprendre et mettre en commun toutes ces informations pour préparer au mieux cette épreuve, le moindre détail est important, même la logistique sur une course de 11 jours est très importante. 

Comment se déroule la préparation de vos chiens pour cette course ?

On ne prépare pas nos athlètes à quatre pattes en quelques semaines, une préparation pour La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc commence dès l’arrivée de la précédente édition. On travaille par bloc comme chez un athlète humain : avec de l’endurance, de la force et de la vitesse. L’éducation est primordiale, c’est elle qui nous permet d’entraîner de manière très spécifique, tout doit être un jeu pour les chiens, mais tout doit être sous contrôle, maîtriser. On travaille nos chiens de plus en plus en libres aujourd’hui cela représente 80 % de notre préparation. On apprend aux chiens à courir en libre derrière le VTT et c’est nous qui imposons le rythme, c’est un travail ludique et très peu traumatisant car les chiens ne sont pas en traction, c’est un jeu et un plaisir pour eux de venir s’entraîner avec nous. On fait entre 30 et 60 km de VTT par jour avec de la natation en plus en été et du travail de traction à partir du mois d’octobre.

"Il est difficile de prédire ce qui se passera en course"

Vous vous entraînez avec Aurélie Delattre qui sera présente cette année sur des trophées. Que vous apporte l’entraînement en binôme pour ce type de course ?

C’est essentiel de partager cette passion à deux car elle occupe 100 % de notre temps. Il ne faut absolument pas que cette passion devienne une contrainte pour l’autre, mais plutôt que ça soit un moteur pour notre couple. En plus d’être une musheuse qui apprend et progresse très vite (Aurélie a pris la troisième place sur La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc 2020 dès sa seconde participation) c’est une vétérinaire passionnée et très appliquée. Le fait de s’entraîner à deux permet d’avoir un œil critique sur les décisions que l’on prend, car lorsque l’on est persuadé d’une direction à prendre, on se réveille souvent trop tard pour corriger le tir et faire machine arrière. A deux, on est plus vigilants et il est plus facile de se rendre compte des erreurs que l’on peut commettre. Je pense que nous sommes à la fois différents et complémentaires dans notre approche de la préparation et de la course et mon team a fait des progrès incroyables depuis que nous sommes ensembles. Être à deux pour se motiver dans les moments de doute est un avantage indéniable. Et quoi de plus motivant que de partager sa passion !

Quel est votre pronostic sur le podium 2021 ?

Je pense que mon principal concurrent sera comme les deux dernières années Iker Ozkoidi, c’est un concurrent complet et tenace, ensuite, je pense que la troisième place pourra se jouer entre Heinrich Winter et Detlef Oyen, ils ont tous les deux de très beaux attelages, ont beaucoup d’expérience et de qualités. Après tous ces pronostics ne valent rien face à la réalité, tant de paramètres interviennent dans la performance qu’il est difficile de prédire ce qui se passera en course. Seule la motivation de se lever chaque matin pour prendre soin de ses chiens permettra d’arriver en grande forme le jour J. Cela promet en tout cas une très belle course et un beau vainqueur.

Les plus grands athlètes au parcours exceptionnel, se livrent au micro de Grégoire Margotton, dans le podcast "Club Margotton".

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"Club Margotton, c'est un micro tendu vers l'excellence. Le récit de destins hors du commun. Ils ou elles ont enflammé des stades, repoussé leurs limites... Athlètes, entraîneurs, dirigeants, leurs parcours nous a fait vibrer et ils ont un peu changé nos vies. Ces femmes et ces hommes, pas comme les autres, se livrent au micro de Grégoire Margotton.

Des témoignages uniques pour comprendre ces histoires de sport extraordinaires. Un podcast du Groupe TF1."

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