Retrait de Naomi Osaka de Roland-Garros : l'épineuse question du mal-être psychique des sportifs

Retrait de Naomi Osaka de Roland-Garros : l'épineuse question du mal-être psychique des sportifs

PSYCHOLOGIE - En révélant avoir souffert de dépression et ne pas se sentir capable d'affronter les journalistes en conférence de presse, Naomi Osaka remet sur le devant de la scène la question du mal-être psychologique des sportifs, souvent ignoré et minimisé.

Un sportif de haut niveau a-t-il le droit d'aller mal ? Lundi, Naomi Osaka a annoncé son retrait du tournoi de Roland Garros, expliquant avoir "traversé de longues périodes de dépression depuis l'US Open 2018" - son premier sacre en Grand Chelem - et avoir "eu beaucoup de mal à s’en remettre". 

Quelques jours auparavant, la joueuse de tennis japonaise avait fait part de sa décision de ne pas participer aux conférences de presse d’après-match pour préserver sa santé mentale, ce qui lui avait valu de payer une amende, poussant par ailleurs les quatre tournois du Grand Chelem à la menacer d’exclusion.

"Quiconque me connaît sait que je suis introvertie, et quiconque m’a vue pendant des tournois aura remarqué que je porte souvent un casque audio parce que ça m’aide à atténuer mon anxiété sociale. Je ne suis pas naturellement à l’aise pour parler en public et je ressens d’immenses vagues d’anxiété quand je dois m’adresser à la presse mondiale", écrit-elle dans son message, publié sur Twitter.

Une prise de parole qui met en lumière les problèmes psychologiques, burn out et dépressions des sportifs au cours de leurs carrières. Des maux rarement révélés, tabous, souvent moqués et dénigrés. Car dans l’imaginaire collectif un champion ne craque pas, est forcément plus fort que les autres, son physique et son mental ne peuvent pas être défaillants. 

Pourtant, les raisons d’aller mal sont nombreuses : médiatisation précoce, pression sportive trop forte, surentraînement, périodes de repos trop rares, difficultés à gérer une défaite ou une victoire. Des problèmes auxquels s’ajoutent parfois les épreuves de la vie quotidienne.

Les burn out d'Adil Rami et Lucas Pouille

Ces dernières années, plusieurs sportifs ont fait part de leurs problèmes psychologiques. Quelques mois après la victoire des Bleus en Coupe du monde, le défenseur de l'équipe de France Adil Rami indique avoir fait "un burn out" à l'issue de la compétition. "J’ai fait un burn out en 2018. À la fin de chaque match, je disais que j’en avais marre, que j’avais envie d’arrêter (le tennis)... Je n’y arrivais plus", révèle quelques semaines plus tôt Lucas Pouille. 

D'immenses champions comme Andre Agassi ou Ian Thorpe ont également fait part de leur dépression. Le tennisman argentin Guillermo Coria ne s'est jamais remis de sa défaite en finale de Roland Garros en 2004. Le cycliste italien Marco Pantani a plongé dans la drogue et est mort d'une overdose à l'issue de sa carrière. 

Interrogée par LCI en février 2019, la psychologue du sport Elisabeth Rosnet estimait que beaucoup de sportifs souffraient de surentraînement. "Le surentraînement, c’est une saturation poussée au maximum. Si l’on s’en tient aux aspects psychologiques, c’est sans doute ce dont ont souffert" Adil Rami et Lucas Pouille, indiquait-elle. Selon elle, chez les sportifs la dépression n'est pas plus présente que dans le reste de la population. Pour eux, la difficulté réside plutôt dans l'extrême pression qu'ils ont à supporter, et l'anxiété qui en découle. 

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"Les sportifs sont a priori sains sur le plan psychique, mais sont confrontés, par leur activité, à des facteurs de stress parfois plus intenses ou plus nombreux que chez le commun des mortels. Et il arrive à certains moments que ce soit trop. (...) Le gros problème du sportif, ce sont les objectifs qu’il se fixe, qui ne sont pas toujours réalistes. Du coup, il se sent en situation d’infériorité ou d’inadaptation. Et il en arrive à des idées de dépréciation, de type 'je suis nul'. Là, une fois qu’il n’a plus d’énergie et qu’il ne voit pas ce qu’il peut faire de plus, on peut glisser vers une dépression ou quelque chose qui pourrait ressembler à un burn out", ajoutait la psychologue.

Aujourd'hui, la préparation mentale prend de plus en plus de place dans l'entraînement des sportifs, et rares sont les clubs ou les fédérations à ne pas travailler avec des psychologues du sport. Certains préconisent même d'organiser un suivi régulier des athlètes pour traiter les problèmes en amont. 

Entraîner le mental autant que le physique

Beaucoup de professionnels répètent également à l'envi qu'à l'instar du physique, le mental se travaille. "Le mental, c’est une qualité 'entraînable' comme les autres. Pour moi, c’est un axe fort de la formation du sportif, ça ne l’a pas été pour ceux qui étaient là avant moi", indiquait au Monde Pierre Cherret, directeur technique national (DTN) de la Fédération française de tennis. 

À LCI, l'entraîneur de football Jean-Marc Furlan avait à ce sujet révélé l'anecdote suivante : "Mon fils, je l’ai fait travailler mentalement, parallèlement aux préparations athlétiques et techniques, et c’est devenu une bête à 20 ans. (...) En trois ans, il était transformé ! Je suis convaincu que ça aurait marché aussi avec tous ces footballeurs surdoués qui sont passé à côté de leur carrière. Mais en centre de formation, on leur dit : 'Tu as le mental ou tu ne l’as pas', 'Tu n’es pas un compétiteur', 'Tu n’as pas la grinta'... C’est archi-faux tout ça ! Le mental se travaille aussi efficacement que l’aspect athlétique ou technique."

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