Roland-Garros 2017 : "Lucas Pouille est prêt à jouer un match de 7 heures sous 45°", assure son entraîneur Emmanuel Planque

Roland-Garros 2017 : "Lucas Pouille est prêt à jouer un match de 7 heures sous 45°", assure son entraîneur Emmanuel Planque

INTERVIEW – Lucas Pouille défie le spécialiste de la terre battue Albert Ramos ce vendredi sur le court Suzanne-Lenglen, pour le compte du 3e tour de Roland-Garros. L’entraîneur de la plus belle promesse française, Emmanuel Planque, fait le point sur son début de tournoi, se projette sur ce match à haut risque, et balaye d’un revers de main tout un tas d’idées préconçues.

La dernière fois que Lucas Pouille a ferraillé contre Albert Ramos, c’était le 22 avril dernier, en demi-finale du Masters 1000 de Monte-Carlo. Il avait perdu en trois sets (3-6, 7-5, 1-6). La revanche est pour ce vendredi après-midi, toujours sur terre battue (la surface de prédilection de l’Espagnol), sur le court Suzanne-Lenglen, au 3e tour de Roland-Garros. A la peine lors de son entrée en lice face à Julien Benneteau, 98e mondial âgé de 35 ans (7-6, 3-6, 4-6, 6-3, 6-4), puis un peu plus rassurant contre le Brésilien Thomaz Bellucci (7-6, 6-1, 6-2) au tour suivant, voici le Français au pied d’une montagne, avec, sur les épaules, le poids des attentes du public. Son entraîneur, Emmanuel Planque, voit plutôt cela comme une chance que comme une contrainte. Pour LCI, il fait le point.

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LCI : Comment jugez-vous le début de tournoi de Lucas Pouille ?

Emmanuel Planque : Je n’ai pas l’habitude de juger… Il a eu deux matchs différents et compliqués, contre deux adversaires de qualité. Jouer son premier match sur le Central face à un Français, qui connaît bien Lucas, qui reste un joueur redoutable malgré tout, qui a fait un très bon match, qui a breaké dans le 4e set en menant 2 sets à 1, ça lui a demandé beaucoup, beaucoup de courage. Sur le plan du niveau de jeu, on sait qu’il peut faire bien mieux que ça. Mais sur le plan de la combattivité, c’était très bien…

LCI : Vous vous attendiez à ce qu’il souffre autant dès le départ ?

Emmanuel Planque : Oui. En fait on s’entraîne pour être capable de répondre à ce genre de situations. C’est facile de se dire favori en voyant le tableau mais la réalité, c’est le terrain, c’est être capable d’exprimer cette supposée supériorité. Parfois, quand il y a comme ça beaucoup d’émotions, on peut être éventuellement submergé, et avoir du mal à être celui qu’on est en réalité. Donc l’idée c’est d’avoir des outils dans ce genre de situation.

LCI : Quels outils ?

Emmanuel Planque : (sourire) On va les garder pour nous. On ne les prête pas. Les outils, c’est personnel. Il s’agit, en gros, de prévoir l’imprévisible, d’avoir un temps d’avance tout en restant dans le présent. C’est assez complexe. C’est à travers la préparation, l’entraînement, mais aussi des discussions, pour ne pas se faire surprendre par sa peur. C’est humain, d’avoir peur. Il ne faut pas la dissimuler, mais la dépasser. La gestion des émotions n’est donc pas leur suppression. C’est faire avec, vivre avec, et essayer de jouer au tennis en même temps.

LCI : Lucas Pouille est apparu parfois en dedans, y compris lors du premier set contre Bellucci, est-ce lié à sa récente angine ou est-ce plutôt psychologique ?

Emmanuel Planque : Ce set, moi, je me réjouis surtout qu’il l’ait gagné, après avoir sauvé deux balles de set. Ce n’était pas le meilleur set des trois mais c’était le meilleur set de Bellucci…

LCI : Il a eu l’air blessé ensuite…

Emmanuel Planque : Il ne m’a rien dit, je ne sais pas si ce n’était pas plus simplement une fracture du moral. En tout cas ça ne lui a pas fait du bien de perdre le premier set. Après, oui, Lucas a mal démarré, mais il a su être consistant ensuite. Il s’est rendu le match facile et c’est une vraie satisfaction.

LCI : Par le passé, Lucas Pouille était le petit jeune qui n’avait rien à perdre. Cette année, il arrive avec un statut à affirmer. Ressent-il cette fameuse pression qui pèse sur les Français à Roland-Garros ?

Emmanuel Planque : Je combats les idées préconçues de ce genre, je ne partage pas ce point de vue. Les statuts, les grades, c’est dans l’armée. Vous parlez d’un statut social, comme s’il était cadre ?

LCI : On parle de son classement ATP, de ses performances…

Emmanuel Planque : Le classement, c’est un départ en ligne, un tableau de 128 joueurs… Au premier tour, dans les faits, vous avez un adversaire en face et, sur le papier, il a autant de chances que vous de gagner. Dans la pensée collective, on dit plein de choses. On dit que, quand on est français, on a la pression et on n’a pas le droit de perdre contre un joueur moins bien classé. Cette idée, je la combats. On a le droit de perdre contre n’importe qui. Ce qu’on n’a pas le droit de faire, c’est ne pas combattre, ne pas essayer de se dépasser. En revanche, penser qu’on n’a pas le droit de perdre contre un joueur moins bien classé, ça veut aussi dire qu’on n’a pas le droit de gagner contre un joueur mieux classé. Je m’oppose à ce type de pensée, parce que je crois que le sport est bien plus simple. Ce sont deux individus qui cherchent à imposer leur volonté à l’adversaire. Les classements, les statuts, ça n’existe pas. C’est dans l’inconscient. Et mon rôle, mon bâton de pèlerin, c’est de faire en sorte que les jeunes (Lucas Pouille a 23 ans, ndlr) aient un état d’esprit différent.

LCI : Il y a des attentes qui pèsent, et qui sont liées au fait d’être à Roland-Garros, non ?

Emmanuel Planque : Les contraintes sont les mêmes partout ! Il n’y a pas de chape de plomb quand on arrive à Roland-Garros. Les gens ont simplement envie de partager des émotions avec l’athlète. Il y a une communauté de volontés. C’est très positif. Pourquoi en avoir peur ? Pourquoi ne pas essayer de réussir tous ensemble ?

LCI : N’y a-t-il pas une mythologie de Roland-Garros ?

Emmanuel Planque : Non, il y a juste un folklore. Une mise en scène. En réalité, il n’y a que deux individus qui entrent sur le Central de Roland-Garros comme ils pourraient entrer sur celui de Courdimanche. Ce n’est pas la peine d’en faire une chose exceptionnelle. C’est juste un partage d’énergie et d’amour. C’est un super carburant, rien de plus. En plus, historiquement, on a eu Tsonga en quarts, Monfils, Pioline ou Grosjean en demi-finales. Dire que les Français se prennent toujours les pieds dans le tapis, ce n’est pas la vérité. Ils n’ont pas de moins bons résultats à Roland qu’ailleurs.

LCI : Lucas Pouille partage-t-il ce point de vue ?

Emmanuel Planque : En tout cas, c’est mon devoir et ma mission d’essayer de le convaincre de penser comme ça, de se sentir bien et libre, à Roland-Garros comme ailleurs. On n’est pas plus entravés ici. Alors oui, des gens veulent vous voir réussir, mais on a juste à essayer, c’est tout.

LCI : Physiquement, Lucas Pouille est-il apte à exprimer tout son potentiel ?

Emmanuel Planque : Il est en pleine forme. Son angine virale l’a gêné une dizaine de jours, pendant la saison de terre battue. Du coup, il a un peu perdu le rythme. Donc il faut le temps de remonter tous les indicateurs. On l’a fait. Je rappelle qu’il a très bien commencé, puisqu’après sa demie à Monte-Carlo, il y a eu sa victoire à Budapest. Malheureusement, il est arrivé malade à Madrid… Sa préparation a été polluée mais aujourd’hui, il est vraiment à 150%. Il peut jouer 7 heures, sous 45 degrés, s’il le faut.

LCI : Craignez-vous l’aisance d’Albert Ramos sur terre battue ?

Emmanuel Planque : Bah non. On serait naïfs en arrivant la fleur au fusil. Mais par sa victoire à Monte-Carlo, et en battant Murray avant, Ramos nous a envoyé les bons signaux. On sait qu’il est absolument redoutable. Sur terre battue, c’est un top 10. Il est un peu méconnu par rapport à Rafa Nadal ou à Djokovic mais c’est un immense défi et on le prend comme ça. Après, Lucas l’a déjà battu. Donc on ne le redoute pas. On sait ce qu’il faudra faire.

LCI : Affronter un spécialiste de la terre battue nécessite-t-il une préparation particulière ?

Emmanuel Planque : On ne laisse rien au hasard. On regarde tous les derniers face-à-face entre eux. Lucas a même fait des entraînements avec lui donc il le connaît bien. Là (il montre une liasse de feuilles), il y a les stats de Ramos sur toute la saison. Je les étudie, je les vulgarise et je les rends digestes pour que Lucas en tire quelque chose. On sait très bien que Ramos va l’agresser. Il est gaucher, il va essayer de le faire voyager… L’histoire, on la connaît. Après, on a notre plan, et surtout, l’idée, pour gagner, c’est que Lucas exprime ses propres forces.

LCI : Justement, en quoi Lucas Pouille est-il plus fort aujourd’hui que lors de ses derniers Roland-Garros ?

Emmanuel Planque : Il a plus d’expérience, il a joué beaucoup de grands matchs depuis. Il en a gagné, il en a perdu… Il a une plus grosse frappe, des deux côtés. Il peut frapper très fort, notamment en service. Il utilise mieux cette force, il est plus patient, maintenant il est capable de tenir la balle plus longtemps. Il est plus rigoureux tactiquement aussi, il défend mieux. Mais sa principale force, c’est son envie, d’aller sur le court et de se bagarrer. De partager des choses avec les gens qui vont venir le voir. C’est fondamental. La technique n’est que la conséquence de l’état d’esprit.

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