Ryder Cup : où sont donc passés les golfeurs français ?

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CRÈVE-COEUR - Aucun Français n'est parvenu à être sélectionné dans l'équipe européenne disputant la Ryder Cup, organisée près de Paris du 28 au 30 septembre prochains. Un rendez-vous manqué qui gâche un peu la fête et dont les causes sont plus ou moins évidentes.

Pour la première fois dans l'histoire de la Ryder Cup, le Team Europe va jouer sans aucun représentant du pays hôte. Comprenez sans Français. Espéré de longue date, le golfeur tricolore censé succéder à Jean Van de Velde (1999), Thomas Levet (2004) et Victor Dubuisson (2014), les trois uniques joueurs tricolores à avoir pris part à l'épreuve-phare, ne sera pas du rendez-vous à Saint-Quentin-en-Yvelines. Le mince espoir de voir un golfeur porter haut les couleurs de la France sur le Golf national fin septembre (du 28 au 30) a été balayé par le capitaine européen Thomas Bjørn, qui a complété son équipe sans faire appel à un Bleu.


Dès lors, une question revient avec insistance avant le Jour J : où sont les Français ? "Il y a un plafond de verre qu'ils n'arrivent pas à briser", constate pour LCI Christophe Muniesa, le directeur technique national (DTN) de la Fédération française de golf. "Ils rentrent dans le Top 20 européen et flirtent avec le Top 50 mondial. Pour espérer entrevoir la Ryder Cup, il faut se hisser dans le Top 30. Les Français font des coups d'éclats mais ils n'ont pas à ce jour la régularité en termes de performances de certains joueurs espagnols - on peut citer la pépite Jon Rahm - ou du raz-de-marée britannique avec Tommy Fleetwood et Tyrrell Hatton." 

Jouer la Ryder, ça ne se fait pas comme çaJean Van de Velde, premier Français joueur de Ryder Cup (1999)

Le constat maintenant dressé, tentons de détecter les causes de cette déconvenue. Évidemment, il n'y en a pas qu'une seule façon d'expliquer l'absence d'un représentant tricolore en Ryder Cup pour la deuxième fois de suite après l'échec de 2016. Pour Jean Van de Velde, premier Français à avoir participé en 1999 au duel biennal entre Européens et Américains, "ça ne se fait pas comme ça". "Moi-même, je suis bien placé pour en parler. J'ai essayé de me qualifier en 1993. En 1995, j'étais très proche. En 1997, je ne sais pas comment je ne me suis pas qualifié. Il m'a fallu attendre 1999 pour la jouer", nous rappelle-t-il. 


"Il y a beaucoup de candidats pour peu d'élus", ajoute Raphaël Jacquelin, l'un des deux Français qui officiera en tant qu'assistant-coach du Team Europe. "Il n'y a que huit places qualificatives en jeu sur un classement qui se fait sur une année entière de septembre à août. Il faut une régularité dans les résultats tout au long de cette période, où un petit coup de moins bien sur un ou deux tournois laisse des traces. Ça réduit fortement les chances de rentrer dans les clous."

L'obtention des tickets directs pour l'épreuve-phare du golf comprise, était-il envisageable de voir un Français, un Alexander Levy par exemple, bénéficier d'une des quatre invitations pour l'Europe ? "Est-ce que l'on aurait compris ? Les gens dans le milieu ne l'auraient absolument pas compris", nous assure Jean Van de Velde, l'un des ambassadeurs de la Ryder Cup. "Les wild-cards servent à ramener de l'expérience avec des joueurs qui ont fait leurs preuve qui sont raisonnablement en forme. Malheureusement, il n'y avait aucune justification à prendre un Français dans les picks."

On se compare souvent au tennis à juste titreChristophe Muniesa, DTN de la Fédération française de golf

Il semble donc qu'il faille creuser plus loin pour tenter de comprendre la nature du problème. "Un peu à l'image d'autres disciplines en France, on se compare souvent au tennis à juste titre, il y a de la qualité dans la filière de formation française", explique à LCI Christophe Muniesa, le DTN tricolore, qui oeuvre avec la Fédération française à l'accompagnement des golfeurs amateurs sur une période de "moins deux ans avant le passage chez les pros et plus trois ans dans le professionnalisme." "Il y a une étape qu'on n'arrive pas à franchir. La FFG doit prendre sa part dans ce constat en demi-teinte mais elle doit aussi pointer, qu'à un moment, il appartient aux joueurs de s'engager et de tout mettre en oeuvre pour passer un cap."  


"Sans se défausser nullement", le DTN "cherche les solutions" pour aider les golfeurs, une fois cet accompagnement terminé, à maintenir un niveau élevé de performances en Majeurs puis en Ryder Cup. S'il reconnaît "qu'un joueur d'un très bon niveau et qui gagne bien sa vie peut se satisfaire de sa situation, le 80e mondial au tennis gagne la même chose que le 200e en golf", la tête pensante du golf affirme que "ce n'est pas propre aux Français." Pour lui, l'une des clés du succès réside dans l'encadrement des joueurs. "On a un réflexe territorial. On va chercher dans sa proximité. C'est humain et compréhensible", juge-t-il. "Mais force est de constater que l'expérience mondiale en golf est très souvent dans les pays anglo-saxons. Dans le processus de construction, il y a une mécanique de déracinement difficile à enclencher."

On aurait tous aimé avoir un FrançaisRaphaël Jacquelin, assistant-coach de l'équipe européenne

En attendant des jours meilleurs, l'absence de Français sur le Golf national "laisse un goût d'amertume à la fête" pour Jean Van de Velde. "On aurait tous aimé avoir un Français, évidemment. Ça aurait été la cerise sur le gâteau", poursuit Raphaël Jacquelin, qui regrette qu'un Alexander Levy, le Français le mieux placé pour la Ryder Cup, n'ait pas tenu sur la longueur. "Ce qu'on fait Van de Velde, Levet et Dubuisson, c'est très fort. Alex n'a pas eu la chance d'enchaîner de grosses semaines sur les gros tournois. Il a gagné au Maroc et en Chine mais ça marque moins. Mais si ça continue, il est fort probable d'avoir un Français dans l'équipe dans deux ans aux États-Unis." Deux ans trop tard. "Malheureusement, on ne peut pas tout contrôler." 

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