La Formule 1 arrête les "grid girls", mais est-ce pour autant la fin des rôles de potiche dans le sport ?

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SEXISME - La Fédération internationale de l'automobile (FIA) a annoncé, jeudi 1er février, la fin de la pratique des "Grid Girls", ces mannequins portant les pancartes, dans les Grands Prix de Formule 1. Quid des autres sports, où les jeunes femmes sont, depuis longtemps, cantonnées au rôle de potiche ?

Pierre de Coubertin, l’homme à l’origine des Jeux olympiques modernes, et donc de la notion de sport-spectacle, est resté connu pour avoir prononcé cette phrase : "L’important c’est de participer." Une autre, pourtant, revient en mémoire alors que la Fédération internationale de l'automobile (FIA) a annoncé ce jeudi la fin de la pratique des "Grid Girls", ces mannequins portant les pancartes, dans les Grands Prix de Formule 1 : "Le véritable héros olympique est l’adulte mâle individuel. Les J.O doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs." Cette idée, forcément archaïque plus d'un siècle plus tard, est-elle en train de disparaître ?


Force est en tout cas de constater que la pratique demeure dans deux disciplines populaires, toujours bien ancrées dans les traditions : le cyclisme et la boxe. Dans la première d’entre elles, des hôtesses continuent de venir sur les podiums par deux, à la fin de chaque étape des grands Tours, pour récompenser le leader, le meilleur grimpeur ou le meilleur sprinteur, en lui remettant un bouquet, en boutonnant son maillot et en lui claquant une bise. On se souvient ainsi que, sur un podium du Tour des Flandres, en 2013, Peter Sagan avait cru bon de toucher les fesses d’une des hôtesses.

"A priori", pas de changement sur le Tour de France 2018

Quid du Tour de France, la plus suivie de toutes les courses ? "Ce n’est pas en réflexion, glisse-t-on à LCI du côté d’ASO, la société organisatrice de la Grande Boucle. Rien n’a été décidé mais, a priori, le protocole restera le même sur le Tour 2018, avec deux hôtesses qui feront la bise. En revanche, sur le Tour de France féminin, on mettra des hommes sur les podiums."

Les filles sur un podium, je trouve ça moins important que la question de l’égalité hommes-femmes sur les salaires.Marion Rousse

Marion Rousse, coureuse cyliste de haut niveau et épouse du coureur Tony Gallopin, a été hôtesse podium sur le Tour de France. "Ça fait partie de l’histoire du cyclisme, parce que même dans les petites courses de clocher, avec des kermesses à la fin, on choisissait la fille du village qui allait remettre le bouquet, explique-t-elle à LCI. En échange, elle avait droit à une rose du coureur. Il n’y avait rien de péjoratif là-dedans. Mais c’est bien que les mentalités évoluent, qu’on mette aussi des garçons. Après, je ne trouve pas ça sexiste en soi. Je l’ai fait et je ne trouvais pas ça dégradant. Les filles postulent en connaissance de cause, parce qu’elles en ont envie. Ça ne veut pas dire que je cautionne la main aux fesses de Peter Sagan. Simplement, les filles sur un podium, je trouve ça moins important que la question de l’égalité hommes-femmes sur les salaires."

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En Espagne, en revanche, on considère cette question d’image comme essentielle. Même les tenues des hôtesses ont été changées sur la Vuelta, pour paraître moins "attrayantes", les organisateurs se disant "sensibles au débat social et médiatique généré ces derniers mois concernant les hôtesses". 


L’enjeu y est même politique, puisque, au printemps 2017, deux partis, Ganemos Jerez (gauche radicale) et Iniciativa per Catalunya Verds (gauche écologiste), ont tenté de supprimer les "grid girls" des circuits de Jérez et de Barcelone, respectivement hôtes du Moto GP et de la F1. "Le rôle que jouent les grid girls ne correspond pas au XXIe siècle, dans une société qui se veut moderne et égalitaire. Cela ne fait qu’offenser les femmes, avec un rôle de simples objets et de décoration", avait déclaré l’un des élus à l’origine de cette initiative, sans doute pas étrangère à la décision du jour de la FIA. En endurance, le championnat WEC y a même totalement renoncé depuis deux ans, y compris pour sa vitrine, les 24 Heures du Mans.

Des fléchettes à la boxe ?

Rien n’a bougé, cependant, dans les sports de combat, et plus particulièrement dans la boxe, qui reste intimement associée aux "ring girls" annonçant en petite tenue débuts et fins des rounds en tenant des panneaux. Toutefois, il y a comme l’amorce d’un changement : Barry Hearns, dirigeant anglais de Matchroom Sport, société organisatrice de gros évènements sportifs internationaux, a retiré les "ring girls"... dans les tournois de fléchettes (très suivis et qui remplissent d’énormes salles outre-Manche). Et il se dit qu’il envisage de le faire aussi dans les combats de boxe.


La Fédération française de boxe (FFB), elle, a déjà tranché la question depuis longtemps. "La seule compétition qu’on organise, c’est la finale des Championnats de France amateurs, où il n’y a pas de ring girls comme dans les galas de boxe professionnelle, nous y a-t-on dit. A la Fédération, comme au CNOSF (Comité national olympique et sportif français) et au CIO (Comité international olympique), on considère que le développement du sport féminin, qui est prépondérant chez nous, n’est pas en accord avec cette pratique des ring girls. Vous remarquerez qu’il n’y en a pas non plus sur les épreuves de boxe des Jeux olympiques." Ce que regrette sûrement Pierre de Coubertin.

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