Teddy Riner, Usain Bolt et le dopage dans le sport

Teddy Riner, Usain Bolt et le dopage dans le sport

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SPORT - Teddy Riner, le plus grand judoka de tous les temps, qui défendra son titre samedi lors des Mondiaux d'Astana, s'est vite retrouvé, en faisant part de son admiration pour Usain Bolt, à évoquer le spectre du dopage. Passionnant.

Il y a peu de sportifs comme Teddy Riner. D'abord parce qu'être septuple champion du monde et champion olympique à l'âge de 26 ans reste évidemment hors-normes, quelle que soit la discipline. Mais surtout parce que le plus grand judoka de l'histoire, qui tentera samedi de rester sur son trône lors des Mondiaux d'Astana (Kazakhstan), parle du sport comme personne. Dans sa parole se mêlent en effet l'expérience de la pratique et l'enthousiasme enfantin du passionné, qui regarde bien au-delà des seuls tatamis. La preuve avec l'entretien fleuve qu'il vient d'accorder au Monde , dans lequel, partant de son admiration pour Usain Bolt, il finit par parler du dopage avec une sincérité rare. Morceaux choisis.

Usain Bolt
"Je suis un grand fan de Bolt. Vous savez, j’ai fait l'aller-retour de France juste pour aller le voir à courir à Londres. C'est le sportif dans toute sa splendeur, magnifique, avec une aura et du charisme. Il a cette fantaisie en lui. Il est beau à voir. Et exprimer toute cette drôlerie aux yeux du monde, c’est super. Mais ça m’ennuierait de savoir que c’est un tricheur. Parce que se doper, c’est tricher. Après, bon, il y a des sportifs dont je suis fan et dont on dit qu’ils sont dopés... Je ne connais pas tous les milieux, ni le sujet du dopage. Mais je pense qu’il y en a dans tous les sports."

Les autres sports
"Je vais en fâcher plus d’un. Il y a des sports où, pour les gens, c’est normal. Non, moi je ne trouve pas ça normal. Prenez le vélo. Il y a des gens qui pensent qu’Armstrong n’avait pas le choix entre se doper ou pas. Ils partent du principe que pour arriver à faire des performances dans le cyclisme, il faut se doper. Pour moi, tu as le choix. Tu veux gagner en étant propre ? Donne-toi les moyens. Je suis sportif moi aussi. Mes parents m’ont toujours appris que, pour atteindre un objectif, il faut se dépasser. Moi, je ne pourrais pas être fier de moi en me disant que je suis dopé."

Les bouteilles d'eau
"Des cas de dopage, on en a aussi dans le judo. Mais on doit être hypervigilants. En 2013, la Belge Charline Van Snick a été contrôlée positive à la cocaïne aux Mondiaux de Rio, puis cette accusation est tombée pour vice de forme. Elle dit qu’on lui a mis cette substance dans la bouteille... Vrai ou faux, je ne sais pas. Il faut bien se dire qu’il y a toujours des salauds qui peuvent te faire des crasses. Moi, je prends toujours quelqu'un avec moi. Quand je vais en compétition, il prend ma bouteille, comme ça on ne peut rien me glisser dedans. C’est simple, si je m’éloigne quelques minutes de mon sac et que ma bouteille est ouverte, je la jette. Comme ça, je n’ai pas de doutes."

La banalisation
"Il y a un vrai risque que cela se banalise. Regardez la créatine. Je ne sais pas exactement ce que sont les bienfaits de ce truc, mais je me souviens que quand je suis entré à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance, ndlr), on entendait beaucoup de gens qui étaient dégoûtés parce que les étrangers en prenaient. Avant c'était interdit en France. Et depuis peu c’est autorisé... C’est abuser."

Les "produits douteux"
"On ne m’a jamais proposé de produits dopants. En revanche, il y a parfois des marques de produits douteux qui m’ont approché pour me sponsoriser. J’ai dit non parce que je ne veux pas qu’on puisse m’assimiler à ça. Moi, mon corps, il se développe naturellement. Je mange du poulet, des œufs... Je n'ai pas besoin de poudre ou de compléments. Non, tout ça, c’est à force de travail. (...) Quand je dois suivre un traitement ou que je me fais faire des infiltrations pour des douleurs, je dis toujours à la personne qui me soigne : ' Tu fais bien attention à ce que tu m’injectes parce que, si jamais j’apprends que tu as mis quelque chose, je t’assigne en justice. ' Je les fais flipper un peu pour ne pas avoir de mauvaise surprise."

Les contrôles
"En compétition, dès qu’un athlète fait un podium, il est contrôlé. Mais je pense que les contrôleurs devraient venir un peu plus souvent sur les lieux d’entraînement, car parfois on voit certaines nations disparaître, et quand leurs athlètes reviennent ils sont en pleine forme. Personnellement, je pense qu’il faut un contrôle par mois. Après, je ne sais pas combien de temps il faut pour ne plus avoir de traces de produits dopants dans l’organisme, mais ça me paraît bien."

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