Thomas Coville : "La Route du rhum, c'est le Grand prix de Monaco en Formule 1"

SPORT
VOILE - 500.000 à 800.000 personnes sont attendues à Saint-Malo et au Cap Fréhel pour assister au départ de la Route du Rhum ce dimanche à 14 heures. Un des favoris, Thomas Coville (Sodebo Ultim'), déclare sa flamme pour cette course unique en son genre.

Thomas Coville fait partie des 91 participants (dont 4 femmes) à s'élancer dimanche 2 novembre de Saint-Malo (Bretagne) pour rallier Pointe-à-Pitre en Guadeloupe le plus vite possible en bateau. Une course, la Route du rhum, dont c'est la dixième édition cette année. Elle se tient en effet tous les quatre ans depuis 1978. Si le Vendée Globe, tour du monde en solitaire et sans escale, peut être comparé à une Coupe du monde de football, la Route du rhum est, elle, l'équivalent d'une Coupe d'Europe. Bref, un rendez-vous incontournable pour les meilleurs marins de la planète.

Thomas Coville est le skippeur de Sodebo Ultim', un multicoque de 31 mètres. Ce trimaran a été conçu sur les vestiges de Geronimo, le bateau d'Olivier de Kersauzon pour le trophée Jules Verne (l'équivalent du Vendée Globe mais en équipage). Le marin parle de ce nouveau challenge, alors qu'il participe pour la 5e fois à la Route du rhum, avec passion.

► Sur sa motivation pour cette Route du rhum

Thomas Coville : "Je suis né à Rennes et j'ai grandi en Bretagne nord. Tout petit, avec ma classe, je venais voir les bateaux à Saint-Malo. J'ai rêvé de cette course et des remparts de La ville. Cette course, elle a ponctué ma vie depuis mon enfance. Et quand j'ai vu la joie dans les yeux des marins qui avaient gagné. Je me suis dit : 'Je veux vivre ça, je veux vivre cette émotion.' Plus tard, en 1998, je participe à ma première route du rhum parce qu’Yves Parlier s'était  blessé. Je le remplace au pied levé et je gagne cette course en monocoque. Depuis, j'ai toujours été sur le podium mais, cette année, je suis là pour gagner. La Route du rhum, c'est le Grand prix de Monaco en Formule 1. Et le cap Fréhel, c'est le premier virage à Monaco, il y en a qui n'iront pas plus loin. Mais ce sont de telles émotions. Tu fais tout pour y participer."

► Sur son bateau, le Sodebo Ultim'

"Il est bâti à partir de l'épave de Geronimo. Quand on l'a racheté début 2013, c'était un bateau en très mauvais état, posé sur un parking depuis six ans. Il faut dire qu'Olivier de Kersauzon prend aussi bien soin de ses bateaux que de ses femmes ! Mais la largeur du bateau (21 mètres, ndlr) était intéressante. Sur les trimarans, la largeur, c'est un peu la puissance du moteur. Cela donne suffisamment de stabilité pour avoir un mât de 35 mètres de haut. En revanche, il a fallu changer la coque centrale, irrécupérable. Pour le remettre en état, on s'est enfermé avec des anciens architectes de la Coupe de l'America. Ils avaient faim d'un nouveau défi, ils ont été servis ! Aujourd'hui, je me présente sur la ligne de départ avec un des trois bateaux qui ont les plus grandes chances de gagner."

► Sur l'entraînement pour ce type de course

"Pour se mettre bien en situation, nous sommes allés en Guadeloupe avec l'équipe et je suis rentré en solitaire. Maintenant, avec la taille des bateaux, notre terrain de jeu et d'entraînement, c'était l'Atlantique. Sodebo Ultim' peut faire des pointes de plus de 40 nœuds et se déplace en moyenne à 30 nœuds (environ 60 km/h). En 24 heures, on peut parcourir 500 milles par jour, soit près de 900 kilomètres. Plus question de ne faire des manœuvres qu'en Bretagne, il faut aller plus loin." 

Sur le plan physique, c'est un vrai défi. Avec mon équipe, nous avons recréé des exercices pour simuler des manœuvres à bord. Changer un réglage de voile, c'est 25 minutes d'effort avec un cœur à 165-185 pulsations par minute soit environ 65% de mon max. C'est épuisant. Et je ne peux pas répéter cela sans arrêt. Nous avons donc travaillé en fractionnant l'effort. Et quand il faut changer une voile, je sais que je vais y passer une heure, il faut apprendre à gérer l'effort."

► Sur l'importance de son équipe lors de la préparation

Une course en solitaire comme la Route du rhum ne se gagne jamais seul. Si quelqu'un n'a pas fait son boulot à fond, si un boulon n'est pas bien serré, je suis mort. Littéralement. Je ne reviendrai pas.  Il faut donc que je sois sûr à 100 % de mon équipe. Il n'y a qu'en alpinisme qu'on peut avoir ce niveau d'exigence et de confiance.

► Sur la course au gigantisme

"On est forcément des pionniers et donc on s'expose à des problèmes mécaniques. Mais un bateau de classe Ultim' est gérable par un seul homme. On développe l'intelligence pour une course en solitaire avec ce type de trimaran de plus de 60 pieds (18,3 mètres, ndlr). La prochaine étape pour nous sera de faire voler les bateaux entre l'eau et l'air. La difficulté est que, fatalement, il faut "poser" de temps en temps les bateaux sur l'eau. Cette phase n'est pas encore bien maîtrisée. On développe des foils [ces ailes profilées qui se déplacent dans l'eau et transmet une force de portance à son support, ndlr] pour cela. L'objectif est de les tester en décembre sur Sodebo Ultim'... Et peut-être de les utiliser pour le Vendée Globe."

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