Traités de "fils de p****" par Trump, les sportifs américains se rebellent

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COMBAT - Depuis le week-end dernier, le ton est monté entre Donald Trump et le monde sportif américain. Le mouvement "Take The knee" (Mettez genou à terre) a été particulièrement suivi sur les terrains de football américain, contre les propos du président américain et les violences policières. Mais aussi en soutien au joueur Colin Kaepernick, premier à monter au créneau.

Un an. Cela fait un an que Colin Kaepernick, alors quarterback star des San Francisco 49ers, a mis le feu aux poudres en refusant de se lever pour l’hymne américain avant le début de ses matchs de NFL, le champion de football américain. Le joueur voulait protester contre les violences policières à l’encontre de la communauté noire. Pour cela, il avait mis un genou à terre tandis que le Star-Spangled Banner résonnait et que le drapeau américain flottait au-dessus du stade. De quoi choquer une partie du pays - dont Donald Trump, alors pas élu  - et faire réagir l’autre. De nombreux sportifs avaient suivi son exemple lançant une vaste polémique dans le milieu sportif américain, entre incompréhension et souvenir de protestations poings levés lors d'un 200 m mythique aux Jeux de Mexico 1968.


Un an plus tard, celui que l’on croyait être le leader, le porte-étendard du mouvement, est devenu un pestiféré dans sa propre famille. Finaliste malheureux du Super Bowl 2013, la grande finale NFL, face aux Baltimore Ravens, Kaepernick n’a désormais plus de club. Son geste a, lui, perduré et d’autres sportifs continuent fréquemment de l’imiter sur de multiples terrains, professionnels comme amateurs de tous sports.

Trump se met à dos les stars NBA

On croyait la contestation ralentie, mais elle a repris de plus belle ces dernières semaines. Tout d’abord par l’entremise de la star de NBA Stephen Curry qui a longtemps soutenu Kaepernick. "J'aime qu'il garde sa liberté de penser et qu'il se dresse pour ce en quoi il croit [...] J'applaudis son courage", avait déclaré le basketteur au sujet du joueur NFL. Cette fois, le meneur des Golden State Warriors, pas franchement connu jusque-là pour ses prises de positions politiques, a fait savoir qu’il ne comptait pas se rendre à la Maison Blanche lors de la traditionnelle visite des champions NBA en titre. 


Son coéquipier Kevin Durant l’avait annoncé dès le titre en poche en juin, clamant n’avoir aucun respect pour "la personne qui occupe le poste en ce moment". "Je vais faire entendre ma voix en ne m’y rendant pas", avait-il conclu. Curry souhaite que son geste "encourage à mesurer ce que cela signifie d'être Américain et se battre pour quelque chose". Et il a reçu le soutien de tout son club qui a annoncé dans un communiqué que personne ne se rendrait à la Maison Blanche.

Courroux de Trump qui a rapidement fait savoir, via son compte Twitter, qu’il "retirait son invitation" à Curry. "Venir à la Maison Blanche est considéré comme un grand honneur pour une équipe du championnat. Stephen Curry hésite, donc l'invitation est retirée", a alors tweeté le 45e président des Etats-Unis. Et ce fut l’escalade !

LeBron James, l’autre star du basket américain, a alors pris la défense de son confrère en s’en prenant vertement à Trump sur Twitter, puis en développant son propos dans une vidéo sur Instagram (en anglais). "Stephen Curry a déjà dit qu’il ne viendrait pas. Donc pas besoin de le désinviter. Venir à la Maison Blanche était un grand honneur jusqu’à ce que tu t’y pointes !"

Kobe Bryant, qui prend rarement partie, s’est senti obligé d’intervenir, tout comme d’autres grands noms de la NBA tels que Chris Paul ou l’ancienne gloire des Lakers, Magic Johnson, qui a apporté son soutien aux Warriors et à leurs fans.

Colin Kaepernick voulait faire de la question des violences policières envers les noirs un sujet national. Il a reçu un coup de pouce inattendu de Donald Trump vendredi, lorsque le président américain, après s’en être pris à Curry, a attaqué violemment les joueurs de NFL, demandant en conférence si les gens n’aimeraient pas voir les propriétaires de club NFL virer tous ces "fils de p***" qui manquent de respect au drapeau. La goutte qui a fait déborder toutes les coupes. Tout le week-end, la protestation a fait parler d’elle autant que les victoires ou les défaites. Le mouvement "Take The Knee" (Mettez genou à terre) a pris comme une traînée de poudre. Sur les terrains, les joueurs ont suivi la consigne alors que l’hymne retentissait avant le match. Rico Lavelle, appelé pour interpréter l’hymne avant le match Detroit Lions-Atlanta Falcons, a fini en se mettant à genou pour montrer son soutien, tout comme Stevie Wonder.

Même les New England Patriots, le club que soutient Trump et qui l’avait largement soutenu, ont protesté ce week-end, moyennant quelques sifflets de leurs propres supporters. Certaines équipes comme les Pittsburgh Steelers ont refusé de rentrer sur le terrain pour l’hymne. Les Jacksonville Jaguars et les Baltimore Ravens ont montré leur unité en protestant tout en se serrant les bras tandis que d’autres étaient à genou. Certains joueurs à l’image de Lesean McCoy (Buffalo Bills) ont préféré… faire des étirements !

"Nous sommes fiers de nos joueurs", a souligné la direction des New York Giants, rappelant que "la grande majorité des joueurs utilisent leur visibilité en NFL pour faire une différence positive dans notre société". Et le mouvement ne s’est pas arrêté à la seule Ligue de football professionnel. En MLB, le populaire championnat de base-ball, dans le football féminin ou chez les universitaires, le mouvement #TakeTheKnee a été suivi.

Pour toute réponse, loin de rendre les armes ou de s’excuser, Donald Trump a déjà amorcé sa riposte. Sur Twitter, encore une fois, et d’un simple mot-clé : #StandForOurAnthem (jeu de mots sur ‘debout pour notre hymne’ et ‘soutenons notre hymne’). Le match est plus que lancé.

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