Vendée Globe : Yannick Bestaven, maître des vents... et du temps

Vendée Globe : Yannick Bestaven, maître des vents... et du temps
Vendée Globe 2020 : l’Everest des mers

PORTRAIT - Après 80 jours passés en mer, Yannick Bestaven a remporté le Vendée Globe, au gré d'une bonification allouée pour être venu en aide à un autre concurrent. Le skipper Maître Coq IV, malheureux en 2008, a su attendre patiemment son heure pour signer la plus grande victoire de sa carrière.

Sa silhouette en clair-obscur a fendu l'aube. À 4h19, jeudi 28 janvier, Yannick Bestaven a franchi la ligne d'arrivée du Vendée Globe. Au bout d'un suspense insoutenable, qui aura tenu en haleine les férus de voile, le skipper Maître Coq IV s'est adjugé au petit matin la 9e édition de la mythique course en solitaire, après 80 jours, 6 heures et 30 secondes passés en mer. Bien qu'arrivé en troisième position aux Sables-d'Olonne, derrière Charlie Dalin (Apivia), premier à avoir coupé la ligne, et Louis Burton (Bureau Vallée 2), le Malouin de 48 ans a acquis la victoire grâce à ses 10 heures et 15 minutes de compensation, qui lui ont été alloués, pour sa participation aux opérations de sauvetage de Kevin Escoffier (PRB), le 30 novembre dernier.

Une belle récompense pour cet autodidacte, investi corps et âme dans cette aventure surhumaine. "J'ai l'impression de vivre un rêve, d'halluciner", a avoué à l'arrivée le successeur d'Armel Le Cléac'h au palmarès de "L'Everest des mers". "C'est même au-delà de mes attentes. (...) Finir comme ça en apothéose, et apporter une victoire à Maître Coq, c'est un rêve." De cette course, l'ingénieur de formation en avait rêvé. La gagner, il ne l'avait même pas imaginé. Il y a treize ans, son "rêve d'enfant"  tourne au cauchemar en l'espace d'un battement de cils. À bord d'Aquarelle.com, l'ex-Aquitaine Innovations de son ami et mentor Yves Parlier, le skipper rochelais démâte au large du golfe de Gascogne, 30 heures seulement après le départ de l'édition 2008-2009.

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Un marin touche-à-tout

Cette Odyssée rabotée n'a pas eu raison son amour inconditionnel pour la voile. Après cette première tentative ratée, Yannick Bestaven revient aux fondamentaux. Le marin d'eau salée, qui a fait ses premières armes aux côtés d'Yves Parlier et d'Ellen MacArthur sur la Coupe de l'Europe en 1999, renoue avec le circuit Class40. Il remporte la Transat Jacques-Vabre en 2011 puis en 2015, prenant soin à chaque sortie en mer d'aiguiser son sens marin et de perfectionner sa lecture de la météo. 

En parallèle, le vainqueur de la Mini-Transat 2001, à la barre d'un prototype qu'il a lui-même construit, se révèle être un chef d'entreprise averti. À partir de 2009, il se consacre au développement d'un hydrogénérateur, pensé par Éric Taberly, destiné à fournir une partie de l'énergie à bord en utilisant la vitesse du bateau. "J'ai été de l'autre côté de la barrière. Je me vois encore à régler l'hydrogénérateur de François Gabart sur son bateau l'année où il gagne le Vendée Globe (en 2012-2013)", racontait-il, au sujet de sa création qui équipe aujourd'hui toute la flotte. "Il fallait mettre son ego dans la poche et attendre mon moment."

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Un solitaire porté par le collectif

Enfin prêt à retenter le pari du Vendée Globe, il monte progressivement en gamme, passant d'un Imoca à dérive en 2017 à un Imoca à foils en 2019. Le fidèle supporter du Stade rochelais convainc entre-temps Maître Coq de le rejoindre dans son aventure. "Ça ne m'est pas tombé tout cuit dans la bouche, il y a eu beaucoup de boulot, d'attente, il fallait prouver que je savais faire du bateau quand j'étais sur la ligne de départ", expliquait-il avant le départ. "Un retour après 12 ans, c'est très, très long, c'est beaucoup d'attente et d'envie", estimait le skipper malouin, jugeant avoir suffisamment "rongé son frein"

Bon vivant à l'âme de solitaire, le papa de deux enfants veut sa revanche. Oublié le raté de 2008, il affiche clairement ses ambitions : "un Top 5", voire "un Top 10" a minima. Un objectif qu'il ne perd jamais de vue, même lorsqu'il participe au sauvetage de Kevin Escoffier, naufragé au large du cap de Bonne-Espérance, ou lorsque, en tête de la flotte pendant 17 jours, il reste englué dans une zone sans vent au large du Brésil. Mais, même lessivé et épuisé, il est capable d'aller puiser en lui des ressources insoupçonnées. Soutenu par son équipe, preuve que le Vendée n'a de solitaire que le nom, il tente le tout pour le tout à l'approche des Sables-d'Olonne en allant chercher deux fronts dépressionnaires. Une stratégie payante qui lui ouvre le chemin vers la victoire. Preuve que, pour gagner, il faut parfois provoquer sa chance. Yannick Bestaven l'a fait.

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