"C'est une autre course qui commence" : Armel Le Cléac'h décrypte la folle arrivée du Vendée Globe

"C'est une autre course qui commence" : Armel Le Cléac'h décrypte la folle arrivée du Vendée Globe
Vendée Globe 2020 : l’Everest des mers

SUSPENSE - À deux jours de l'arrivée aux Sables-d'Olonne, le Vendée Globe est loin d'avoir rendu son verdict. Armel Le Cléac'h, recordman de l'épreuve, analyse pour LCI ce qui constitue déjà le final le plus serré de l'histoire de la mythique course en solitaire.

Jamais le Vendée Globe n'avait connu un tel final. À moins de 48 heures des premières arrivées, la bataille fait rage en tête de la flotte. Cinq skippeurs jouent encore la gagne. Le trio de tête, composé de Charlie Dalin (Apivia), Louis Burton (Bureau Vallée 2) et Boris Herrmann (Seaexplorer - Yachtclub Monaco) a mis le cap à l'Est, le trajet le plus court, mais aussi le moins de mer et le moins de vent. Derrière, Thomas Ruyant (LinkedOut) et Yannick Bestaven (Maître Coq IV) ont adopté pour une stratégie différente. Ils ont pris l'option Nord, une route plus longue sur laquelle ils pourraient trouver un front dépressionnaire.

Un sprint final haletant dont se délecte Armel Le Cléac'h, vainqueur du Vendée Globe 2016-2017, qu'il a bouclé en un temps record de 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes. Joint par LCI, le "Chacal", resté à quai pour cette 9e édition, rappelle l'importance que risquent d'avoir les heures de bonifications accordées à Boris Herrmann et Yannick Bestaven, pour le sauvetage de Kevin Escoffier, dans le décompte final. Fort de son expérience dans la course au large, le premier marin à avoir terminé trois fois sur le podium de "l'Everest des mers", croit toutefois à une victoire de Charlie Dalin. 

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Le jeu des bonifications va rajouter de la complexité- Armel Le Cléac'h

Ce grand final du Vendée Globe est digne d'une régate. La victoire va se jouer dans les 48 prochaines heures entre les premiers cinq skippers au classement général. Vous attendiez-vous à une telle bataille ?

Oui et non. D'avoir un final serré, c'était potentiellement envisageable parce qu'on savait qu'il y avait 33 bateaux au départ, avec des marins d'expérience. Pourtant, en regardant la liste des favoris, on aurait pu imaginer d'autres skippers, d'autres noms, à la lutte pour une potentielle victoire finale. On ne s'attendait pas forcément à voir ces bateaux-là jouer la gagne à deux jours de l'arrivée. Il est clair que personne n'imaginait voir des marins comme Louis Burton, Boris Herrmann ou Yannick Bestaven en lice pour gagner la course. C'était complètement hors des pronostics, hors de ce que les spécialistes avaient imaginé, moi le premier. Mais le Vendée Globe est ce qu'il est, il nous réserve souvent des surprises. 

Comment s'annoncent les heures qui les séparent de l'arrivée aux Sables-d'Olonne ?

C'est le dernier sprint, le moment où ils vont devoir tout donner. Après 78 jours de course, il y a une fatigue à la fois physique et mentale qui s'est installée. Les bateaux aussi ne sont pas tous à 100%. Clairement, c'est une autre course qui commence. On sort du mode marathon et on passe en mode régate. Le jeu des bonifications va rajouter de la complexité. Charlie Dalin, par exemple, est en tête de la flotte, mais il ne peut pas se contenter de contrôler les adversaires qui sont derrière lui. Il est obligé d'aller à fond vers l'arrivée, d'aller vite pour creuser au maximum l'écart avec Boris Herrmann ou Yannick Bestaven. 

Chaque minute gagnée va compter- Armel Le Cléac'h

Chaque empannage ou virement peut se révéler déterminant sur la ligne d'arrivée...

Chaque minute gagnée va compter, chaque millimètre grappillé va être important. Il va falloir être plus précis dans ses trajectoires et manœuvres, surtout pour les skippers qui n'ont pas de bonification. Le chrono va être très important. Il ne suffira pas juste de tenir à distance son adversaire, il faudra aller le plus vite possible vers la ligne d'arrivée. C'est ce qui va être difficile pour les marins, parce qu'ils n'ont pas toutes les cartes en main. Ils savent que leur résultat dépendra aussi des autres, de la météo qui ne sera pas simple, avec des bords à tirer et des vents qui vont tourner, changer en intensité jusqu'au bout. Il faudra être fort dans la tête. Il y aura des heures où ils prendront un avantage et se verront déjà en vainqueur. Et puis, pas très longtemps après, il y aura des moments plus compliqués, plus durs, où ils auront l'impression que la course est finie et perdue. Il faudra tenir le coup jusqu'à l'arrivée. Tout va se décider sur la ligne, où les chronos seront très serrés. 

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Comment fait-on pour encaisser un tel final après deux mois et demi en mer ?

On se dit qu'on arrive au bout, qu'on a fait le plus dur. Il ne reste plus que deux jours d'efforts. On tient avec le mental, avec le soutien à terre. Il ne faut pas non plus occulter l'esprit de compétition en chacun de nous. Il est toujours là. La compétition ne se termine que lorsque on a franchi la ligne d'arrivée. C'est aussi là où l'expérience peut jouer. Les marins qui ont des expériences de la régate, comme Charlie Dalin, auront peut-être un petit avantage qui les favorisera dans ce sprint final. Ça va être intéressant de voir comment vont réagir ces skippers qui se retrouvent en lice pour la victoire. On ne les connaît pas forcément tous très bien, parce que certains ne faisaient pas partie des favoris au départ. Ils ne s'imaginaient peut-être pas être là, mais ils ont construit leur course et, aujourd'hui, ils se rendent compte qu'il y a quelque chose à aller chercher. 

Je mets une petite pièce sur Charlie Dalin- Armel Le Cléac'h

Avant le départ, Michel Desjoyeaux avait adoubé Charlie Dalin, en le qualifiant de "meilleur skipper du plateau". Malgré le jeu des bonifications, qui pourrait lui être défavorable, le voyez-vous l'emporter ?

Je rejoins un peu Michel (Desjoyeaux). Depuis quelques jours, on me demande : "Qui va gagner le Vendée Globe ?". C'est compliqué d'y répondre, parce que les écarts à l'arrivée vont être très faibles. Il faudra de la réussite et un peu de chance. Comme je disais, Charlie (Dalin) a l'expérience d'une régate, du circuit du Figaro. Sur le papier, il a le bateau le plus rapide, même s'il a un foil qui est abîmé sur un côté. Sur la fin de parcours, il devrait quasiment être 75% du temps sur le bon bord. Je mets une petite pièce sur lui, mais clairement ça se jouera à pas grand-chose, avec les six heures de bonifications de Boris Herrmann. Si on prend le classement, tel quel aujourd'hui, c'est d'ailleurs lui qui est en tête de la course (Yannick Bestaven, pointé en 5e position, bénéficie d'une compensation de 10 heures et 15 minutes, qui le placerait devant Herrmann, ndlr).

À propos de ces bonifications qui pourraient chambouler le classement final, Thomas Ruyant (LinkedOut) a suggéré d'attribuer des places ex æquo plutôt que de faire des rétrogradations post-arrivée. Trouvez-vous juste que Boris Herrmann ou Yannick Bestaven puissent décrocher la victoire, même en arrivant après les autres ?

Je ne rejoins pas du tout ce qu'a dit Thomas (Ruyant). Les règles sont bien définies au départ. Tout le monde les a acceptées. Le sauvetage compliqué de Kevin Escoffier a engendré des bonifications, ce qui est tout à fait logique parce que les marins se sont déroutés et ont mis entre parenthèses leur course pendant quelques heures. Aujourd'hui, il ne faut pas aller se plaindre de ce qui a été décidé et validé par le jury international. À l'époque, quand ça a été acté, personne n'a crié au scandale. Les règles sont très claires. Croyez-moi, les skippers ont ses paramètres là dans la tête. Stratégiquement, ils le savent depuis quasiment un mois et demi, ce n'est pas nouveau. Maintenant, bien sûr, le premier concurrent qui franchit la ligne pourrait ne pas être celui qui gagne le Vendée Globe. C'est un scénario tout à fait plausible, mais ils composent avec. Ça fait partie du jeu.

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Vendée Globe : suspense total dans la dernière ligne droite

En 2017, lorsque vous avez remonté le chenal, environ 350.000 personnes étaient là pour fêter votre victoire. Cette année, il n'y aura pas de public à l'arrivée en raison de la pandémie. N'est-ce pas un crève-cœur ?

On a vécu une édition incroyable, avec un scénario fabuleux du début à la fin. Pour nous, à terre, ça a été une bonne bouffée d'oxygène dans ces temps compliqués, mais c'est clair que le départ et l'arrivée ont été complètement gâchés. J'étais présent au départ, c'était triste et dur à vivre. Pour celles et ceux qui avaient eu l'expérience des précédentes éditions, c'était hallucinant de se retrouver seuls sur les pontons, de sortir du chenal sans personne sur les quais. À l'arrivée, ça va être pareil. Ce sera triste, même s'il y aura de la joie chez les marins qui vont retrouver leurs familles et leurs proches. La fête sera un peu gâchée. On n'a pas trop le choix, on est contraint de suivre ça de loin. Il faudra être patient avec l'espoir de pouvoir accueillir des marins dans d'autres courses rapidement. Et espérer que, dans quatre ans, ce ne sera plus qu'un mauvais souvenir.

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