Vendée Globe : place à la bataille de l'Atlantique, "le couteau entre les dents"

Vendée Globe : place à la bataille de l'Atlantique, "le couteau entre les dents"
Vendée Globe 2020 : l’Everest des mers

SPRINT FINAL - Après avoir résisté aux mers déchaînées du Grand Sud, Louis Burton a franchi le mythique cap Horn lundi 4 janvier. Le skipper Bureau Vallée 2, remonté en 6e position, ambitionne de viser plus haut. Il raconte à LCI ses premiers jours de 2021 en mer, alors qu'il s'apprête à attaquer la remontée de l'Atlantique.

Le cap Horn est désormais dans leur rétroviseur. Après avoir dompté le Grand Sud, les rescapés du Vendée Globe franchissent, l'un après l'autre, le légendaire cap Horn, situé à l'extrême sud de l'archipel chilien de la Terre de Feu. Lundi 4 janvier, à 18h14, Louis Burton a basculé à son tour dans l'Atlantique. Un "moment jouissif" pour le skipper, engagé sur Bureau Vallée 2, qui n'a pas été épargné dans le Pacifique, la faute à des soucis de voile et de pilote automatique qui lui ont coûté la deuxième place.

Revenu sur la tête de flotte, au prix d'efforts considérables et dans un froid de canard, le navigateur originaire d'Ivry-sur-Seine, en région parisienne, a retrouvé du plaisir. Quelques minutes avant son passage du mythique cap Horn lundi 4 janvier, LCI a pu échanger avec Louis Burton. Le marin de 35 ans, qui participe à son troisième Vendée Globe après 2012 (abandon) et 2016 (7e), prépare ses cartouches pour la bataille de l'Atlantique. "Je suis encore à fond dans la course", nous a-t-il assuré.

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Vendée Globe 2020 : l’Everest des mers

L'entrée en 2021 a été très intense- Louis Burton, skipper Bureau Vallée 2

Bonne année Louis ! Comment se sont passés vos premiers jours en 2021 ?

Ça a été très intense. Suite à mon escale technique à Macquarie (île australienne, à mi-chemin entre la Nouvelle-Zélande et l'Antarctique, ndlr), j'ai perdu beaucoup de temps. Je cravache depuis dix jours pour revenir sur le peloton qui m'avait doublé. Il y a eu énormément de grandes manœuvres, de préparations en permanence. Dimanche, j'ai passé encore une demi-heure à l'avant du bateau, dans la mer formée, à me prendre des paquets de mer dans la figure. J'étais trempé, l'eau était gelée. Dison que c'est une entrée en 2021 assez sportive, mais je suis vachement content et motivé parce que j'ai bien rattrapé le groupe. J'avais sorti une bouteille de champagne et je n'ai pas encore pu l'ouvrir. Le 31 décembre et le 1er janvier, c'était trop chaud. Je vais la boire direct après avoir franchi le cap Horn. Elle sera encore fraîche.

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Au cœur du Vendée Globe J43 : réparations réussies pour Louis Burton à l’île Macquarie

Vous êtes en approche du cap Horn. Comment appréhendez-vous ce passage mythique ?

C'est un moment jouissif. Il vaut voir que, depuis début décembre, quand on est passé dans le sud de l'Afrique du Sud, on est en autonomie complète, on est seuls au monde. Si on rencontre un pépin encore le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn, il n'y a pas de secours, rien. Arriver sur le cap Horn, c'est une très grosse satisfaction. Ça ne veut pas dire qu'on n'aura pas de problème ensuite, mais c'est une victoire en soi. C'est une fierté aussi parce que c'est vraiment un lieu mythique pour les navigateurs. C'est un passage très dangereux en général. La météo est souvent compliquée. Ça a été le cas pour les premiers, c'est le cas encore pour nous. Les conditions sont assez fortes, avec une trentaine de nœuds. Le plus fort, ça va être au passage du cap Horn. Les fonds marins remontent en escaliers, la mer va devenir de plus en plus cassante. C'est un effet très localisé. Il y a toujours un peu d'appréhension et de tension en approche. Ça va encore se vérifier cette fois-ci, avec un vent d'ouest assez fort. Il y a trois quatre mètres de creux, au moment où l'on parle, ça va montrer à cinq six mètres à l'approche du cap. 

Ça ne va pas être rapide, ça va être très tactique- Louis Burton, skipper Bureau Vallée 2

Une fois le cap Horn franchi, vous serez de retour dans l'océan Atlantique. Vous allez pouvoir naviguer différemment. Allez-vous chercher à rattraper vos concurrents ?

Après ce que j'ai vécu, je n'imaginais pas attaquer l'Atlantique avec un bateau à quasiment 100% de son potentiel. Je vous assure que je reviens de loin. J'ai à peu près tout qui est tombé en panne, j'ai eu énormément de casse. Avec les réparations que j'ai pu réaliser, ça a l'air de tenir. Il me manque juste une voile à l'avant. Il y a certaines allures, où je ne serai pas à 100% mais, globalement, je vais pouvoir attaquer si l'occasion se présente à moi. Évidemment, je ne suis pas le seul dans ce cas-là. Je suis remonté à la 6e position. Je vais essayer de conforter ça, et pourquoi pas grappiller encore une place ou deux. En attendant, je suis déjà très content d'être revenu sur la tête de la flotte. C'est une vraie satisfaction. 

Comment s'annonce cette remontée de l'Atlantique ?

Ça va être très compliqué, avec énormément de virements de bord, de systèmes météos à aller chercher. Ça ne va pas être rapide, ça va être très tactique. Il va pouvoir se passer plein de choses. La partie compliquée, c'est celle entre le cap Horn et l'alizé de l'anticyclone de Saint-Hélène. On est sur des systèmes météos extrêmement perturbés, avec des petites dépressions qui naissent dans le sud de l'Argentine, s'en vont et deviennent de grosses dépressions australes qui font le tour de l'Antarctique. Ça crée des systèmes très compliqués à gérer, on peut gagner ou perdre. Plus haut, il y aura le Pot-au-Noir, qu'on a traversé à l'aller. Quand on est devant et qu'on a des concurrents derrière nous, on a toujours l'appréhension de se faire doubler. Quand c'est nous qui sommes en chasse, on se dit que ça peut créer des opportunités. Sinon, ce qui est assez cool, c'est quand on va arriver dans des eaux, où on va commencer à retrouver des températures plus humaines. Là, ça fait un mois qu'il fait très froid. Je n'ai quasiment plus de vêtements de rechange. Il est temps que le grand froid s'arrête, je suis gelé. 

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Réussir mon objectif de finir dans le Top 5- Louis Burton, skipper Bureau Vallée 2

D'ici un mois, vous devriez accoster aux Sables-d'Olonne. Avez-vous hâte de remettre le pied à terre ?

Franchement, je n'ai pas trop vu le temps passer. C'est très étonnant par rapport à mon expérience d'il y a quatre ans. C'est sans doute dû au fait que j'ai eu beaucoup de problèmes et qu'il y a un vrai match dans ce Vendée Globe à l'avant de la flotte. J'ai envie d'arriver, bien sûr, mais je suis bien en mer. J'en ai juste marre du froid. Je n'aime pas ça, là j'ai eu ma dose. (rires) À part ça, je suis encore à fond dans la course. Il me reste potentiellement plein de choses à faire. J'ai le couteau entre les dents.

Pour finir, que peut-on vous souhaiter à l'aube de cette nouvelle année ?

Réussir malgré tout mon objectif de finir dans le Top 5. Ce serait une belle victoire, étant donné comment la course s'est déroulée. Voilà pour le Vendée Globe. Personnellement, j'espère qu'on va réussir à vacciner les gens, à mettre le Covid-19 derrière nous et retrouver une vie plus sympa, où on pourra à nouveau se voir, échanger et partager les uns avec les autres. Ça m'a beaucoup manqué en 2020. Globalement, mon vœu est qu'on sorte très vite de cette crise et que ça aille mieux pour tout le monde. 

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