Le Vendée Globe de Sam Davies : "Je me suis vue arrêter la voile"

Samantha Davies n'exclut pas de repartir sur le Vendée Globe en 2024.
Vendée Globe 2020 : l’Everest des mers

FORCE MENTALE - Contrainte à l'abandon après un mois de course, Samantha Davies a trouvé les ressources nécessaires pour boucler, hors course, son tour du monde en solitaire. La skippeuse d'Initiatives-Cœur, qui a envisagé de tout envoyer valser, revient pour LCI sur ce Vendée, qui lui en a fait voir de toutes les couleurs.

Une Odyssée de 110 jours en mer. Poussée à l'abandon, le 5 décembre, après avoir subi une avarie de quille, Samantha Davies a franchi la ligne d'arrivée du Vendée Globe vendredi 26 février, bouclant son tour du monde hors course. Blessée aux côtes et aux cervicales, elle s'était déroutée vers Le Cap, en Afrique du Sud, pour se mettre à l'abri et évaluer les dégâts. Devant l'ampleur des travaux à réaliser, la navigatrice britannique avait officialisé son abandon, le deuxième en trois participations après avoir démâté en 2012. Dotée d'un mental et d'une force de caractère à toute épreuve, "Sam" était repartie pour remplir l'autre objectif qu'elle s'était fixée : collecter de l'argent pour son sponsor Initiatives-Cœur, qui œuvre pour sauver des enfants.

Deux semaines après avoir rentré son bateau au port, c'est une Samantha Davies fatiguée, mais contente d'être de retour sur la terre ferme, auprès des siens, que LCI a retrouvée. La skippeuse d'Initiatives-Cœur nous a refait le film de sa course, évoquant les montagneuses russes émotionnelles qu'elle a affrontées. "Ce Vendée Globe reste le plus dur, celui où j'ai traversé le plus d'émotions", nous a-t-elle confié. Au point d'avoir eu peur pour sa vie et, même, pensé à tout arrêter.

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Ça m'a confortée dans l'idée que j'avais bien fait de continuer- Samantha Davies, skippeuse d'Initiatives-Cœur

Vous avez mis le pied à terre il y a deux semaines. Après trois passés sur l'eau, vous retrouvez, pas à pas, les plaisirs du plancher des vaches, au côté de votre famille. Avant d'aller plus loin, comment allez-vous ?

Ça va très bien, merci. Je suis super contente d'être enfin arrivée, ça commençait à devenir long sur la fin. J'étais aussi un peu inquiète parce que le bateau était fatigué comme moi (rires). Je suis heureuse d'avoir réussi à le ramener en un seul morceau. Même si je ne suis pas classée, pour moi, cette arrivée a des airs de victoire. J'ai pu finir l'aventure et boucler la boucle. C'est une belle récompense aussi pour l'équipe d'Initiatives-Cœur. Quand j'ai vu toutes les personnes réunies aux Sables-d'Olonne pour m'accueillir, ça m'a confortée dans l'idée que j'avais bien fait de continuer malgré les galères. C'était génial.

Vous étiez hors course, donc vous n'avez pas coupé la ligne d'arrivée au large des Sables. En revanche, vous eu le droit de remonter le chenal avec les honneurs. La charge émotionnelle devait être forte...

Dans ma tête, il y avait un mélange d'émotions. J'étais triste de ne pas avoir fait un résultat. Je suis une compétitrice. Je vise les performances, j'adore ça. Je me suis demandée, si je méritais vraiment toute cette attention. Ensuite, j'ai compris : on a fait quelque chose de grand. Pas seulement moi. Je pense à toutes les personnes qui ont permis que le bateau puisse repartir de Cape Town. Quand j'ai eu ma collision dans le sud de l'Afrique, l'équipe a réussi à sauter dans des avions pour me venir en aide. Ils ont bossé 24h/24 pendant huit jours. Ça nous a fédérés, ça nous a soudés plus que jamais, comme une vraie famille. D'ailleurs, je pense que les gens l'ont ressenti. On a sauvé plus d'enfants hors course, que si j'avais fini classée.

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VIDÉO - "Le Vendée de Sam Davies", épisode 4 : l'aventure continue malgré tout

Quand j'ai tapé, je me suis dit que c'était fini- Samantha Davies, skippeuse d'Initiatives-Cœur

Il est coutume de dire que lorsqu'on participe à un Vendée Globe, "on sait qu'on part, mais on ne sait pas ce qu'on va vivre". Malgré votre expérience, vous attendiez-vous à un tour du monde aussi éprouvant ?

Quand je prends le départ d'une course, j'ai pour habitude de ne rien attendre. En tout cas, j'essaie de garder l'esprit ouvert. Chaque course, chaque tour du monde que j'ai pu faire, comme le trophée Jules-Verne ou la Volvo Ocean Race, m'a enseignée qu'on ne sait jamais ce qui peut nous arriver. Si on cherche à imaginer les choses, soit on est déçu, soit on se fait piéger. Il faut partir dans l'inconnu. C'est d'ailleurs ce qui fait partie de la magie de la course. Ce Vendée Globe reste toutefois le plus dur, celui où j'ai traversé le plus d'émotions. J'ai même dit que j'allais arrêter la voile. C'est la première fois que ça m'arrive.

Arrêter la voile, c'est ce que vous vous êtes dit après votre avarie dans l'océan Indien ?

Quand j'ai eu la collision, j'ai d'abord eu peur de perdre le bateau. Je me souviens qu'Alex Thomson (Hugo Boss) avait dû larguer sa quille suite à un choc avec un ofni (objet flottant non identifié, ndlr). Si je l'avais perdue, dans les conditions dantesques des mers du Sud, je ne suis pas certaine que j'aurais pu le sauver. J'ai aussi eu peur pour moi. Je me suis cassée les côtes, mais ça aurait pu être plus grave. J'ai une amie qui a eu un accident similaire, elle a fini avec un traumatisme crânien. Quand j'ai tapé, je me suis dit que c'était fini, que tous nos efforts étaient réduits à néant. Tout ça dans un crash, où je n'y étais pour rien. Je me suis vue arrêter la voile, prendre la retraite et me contenter de mener la vie d'une femme de marin, qui va chercher à l'école son enfant tous les midis. Ça m'a traversé l'esprit, mais ça n'a pas duré longtemps. (rires)

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103 enfants sauvés avec l'opération "1 clic = 1 coeur"

Le bateau réparé, vous êtes finalement repartie pour boucler votre aventure et remplir l'autre objectif que vous vous étiez fixée : sauver le plus d'enfants avec l'opération "1 clic = 1 cœur". Mission réussie ? 

Absolument, on a largement dépassé ce qu'on avait imaginé au départ. Avant la course, on avait pour ambition de récolter suffisamment d'argent pour opérer 60 enfants atteints de malformations cardiaques. Un euro était reversé par les sponsors du projet Initiatives-Cœur, à chaque nouveau fan Facebook ou abonné Instagram. Au final, avec l'ensemble des dons et collectes, on va pouvoir en sauver 103. Je suis très fière d'avoir participé à cette aventure profondément humaine.

Avant de rentrer aux Sables, vous avez d'ailleurs pris le temps de réaliser une dernière boucle en forme de cœur. L'image a été massivement relayée. Comment vous est venue cette idée ?

J'étais hors course, je communiquais beaucoup avec mon équipe à terre. Ils voulaient savoir à quel moment j'allais arriver. On avait l'objectif de rentrer jeudi (25 février) dans le timing des marées, mais je ne savais pas si j'allais pouvoir être là à temps. Du coup, on s'est dit qu'il valait mieux attendre le lendemain. Ils m'ont demandé d'attendre. Je n'étais pas à ça près, ça ne faisait que trois mois que j'étais en mer. (rires) J'ai répondu que j'étais OK, mais je ne voulais pas rester trop au large. Il y avait beaucoup de mer, donc je me suis mise à l'abri près de la côte. C'était un peu frustrant, j'étais seulement à 5 milles d'un steak frites ! 

Vu que j'avais 16 heures à tuer, je me suis lancée le défi de dessiner un cœur. En 2016, l'équipe technique avait dessiné un petit cœur dans la baie des Sables-d'Olonne pour Tanguy (De Lamotte). J'ai essayé de le refaire, en plus gros. Je ne m'attendais pas à ce que ça fasse autant de buzz, mais c'est vrai que j'étais dans la zone, où j'étais quasiment en direct sur la cartographique de la course. J'avais des copines qui m'envoyaient des captures d'écran en temps réel pour me dire que c'était pas mal.

Le Vendée Globe en 2024 ? J'y réfléchis- Samantha Davies, skippeuse d'Initiatives-Cœur

Vous étiez six femmes au départ. Vous êtes toutes allées au bout, même celles qui avaient abandonné... 

C'est génial que les six femmes engagées aient pu finir leur tour du monde. Ça montre quelque chose de nous, de notre persévérance, de notre engagement. On voulait montrer notre force. C'est quelque chose dont on a beaucoup parlé avec Isabelle (Joschke). On est les deux seules à être arrivées hors course. C'était important pour nous. Je suis un peu frustrée, bien sûr, parce que j'aurais pu faire quelque chose. En repartant, on a montré toutes les deux de quoi on était capables.

On vous sent revancharde. Allez-vous repartir sur le Vendée Globe en 2024 ?

C'est une bonne question, j'y réfléchis. Je n'ai pas encore de réponse. Dans les prochains mois, je vais préparer la Route du Rhum pour 2022. J'avais dit bien avant le Vendée que je voulais y participer pour le finir. Je l'ai fait une fois, mais j'ai dû abandonner. Mon bateau Initiatives-Cœur, même s'il n'est plus tout jeune, peut faire quelque chose. J'en suis convaincue. Mais, avant, je vais profiter de mon temps off pour me reposer. J'ai perdu à peu près quatre à cinq kilos sur ce Vendée, c'est plus que ce que j'avais imaginé. Ce n'est pas dramatique, mais je dois m'activer sur la récupération pour mieux repartir. 

Découvrez l'interview de la navigatrice Clarisse Crémer dans ce podcast d'Expertes à la Une

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