"Ce soir-là" : "Personne parmi les victimes du 13-novembre n'a hâte de voir ce téléfilm !"

INTERVIEW - L'annonce du début du tournage d'un téléfilm de fiction, deux ans à peine après les attentats de Paris, suscite l'émoi et de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Qu'en pensent les victimes et leurs proches ? Pour le savoir, LCI a contacté l'association Life For Paris, pour avoir leur sentiment.

Pour la première fois, un téléfilm va aborder les événement tragiques survenus à Paris, la nuit du 13 novembre 2015. La réalisatrice française Marion Laine tourne depuis le début de la semaine pour France 2 "Ce soir-là", fiction qui relatera la romance entre Irène (Sandrine Bonnaire), une mère célibataire, et Karan (Simon Abkarian), un Afghan qui a fui son pays 30 ans plus tôt pour échapper aux talibans. A peine dévoilée, la mise en œuvre de ce téléfilm, deux ans à peine après les attentats de Paris, a provoqué l'émoi et de nombreuses réactions, notamment sur les réseaux sociaux. Voyant la polémique enfler, la chaîne publique s'est défendu, par la voix de sa directrice de la fiction, Fanny Rondeau : "L'idée ce n'est pas du tout d'être voyeur ou quelque chose comme ça, sur les attentats, pas du tout, on ne verra rien de ça […]. On veut être respectueux".

L'annonce de la mise en chantier d'un tel projet pose, malgré tout, une question cruciale : n'est-il pas encore trop tôt pour que la fiction s'empare d'un tel drame ? Et surtout, qu'en pensent les premiers concernés, les victimes et leurs proches ? Pour le savoir, LCI a posé la question à Alexis Lebrun, porte-parole de l'association de victimes Life For Paris, qui regroupe près de 700 membres.

LCI  : En tant que victime des attentats de Paris, quelle a été votre réaction quand vous avez appris la réalisation de ce téléfilm ?

Alexis Lebrun  : De toute façon, on savait que c’était inéluctable. Les attentats du 13-novembre, tout comme le 11-septembre aux Etats-Unis, appartiennent dorénavant à la mémoire collective. Ce qui a choqué les membres de Life For Paris, c’est d'abord le fait que ce soit une fiction, qui plus est sous l'impulsion du service public. Beaucoup d'entre nous ont le sentiment que cela intervient trop tôt. Les attentats de Paris appartiennent dorénavant à l’histoire avec un grand H. A partir de là, cela peut faire l’objet de récupération, que ce soit politique, médiatique ou artistique. Evidemment, votre propre histoire vous échappe et je pense que c’est ça qui est très difficile pour les victimes et leurs proches. Et encore plus quand il s’agit d’une fiction, étant donné qu’il y a une certaine liberté et une distance qui peut être prise avec la réalité des faits.

LCI  : L'équipe du film a-t-elle pris contact avec Life For Paris ?

Alexis Lebrun  : Nous étions au courant du projet de ce film depuis un mois. La réalisatrice Marion Laine a contacté l’association Life in Paris, au mois d’octobre. Elle voulait savoir si le scénario n’était pas trop éloigné de la réalité, au niveau du ressenti des personnes qui ont vécu ces événements tragiques. A ce moment-là, nous étions alors en pleine préparation des commémorations. On avait autre chose à faire, nous n’avons pas donné suite à sa demande.

LCI  : Une démarche plutôt louable ?

Alexis Lebrun  : Lorsque la réalisatrice du téléfilm nous a appelé, le scénario, le casting, tout était déjà bouclé. Il est prévu que les responsables de l’association rencontrent l’équipe du film dans les jours qui viennent, à leur demande. On ne fait pas de procès d’intention à ce film. On ne veut pas passer pour des censeurs, on estime que ce n’est pas notre rôle, en tant qu'association de victimes, de dire si tel ou tel projet est bien ou pas.

LCI  : Savez-vous quand France 2 a prévu de diffuser Ce soir-là ?

Alexis Lebrun  : J'ai cru comprendre que France 2 compte diffuser ce téléfilm l'année prochaine, à l'occasion des trois ans des attentats du 13-novembre. Si j’ai bien compris, un plateau avec des invités pour débattre est prévu à la suite de la diffusion du film.

LCI  : Vous serez devant votre télévision le soir de sa diffusion ?

Alexis Lebrun  : Honnêtement, je ne connais personne au sein de Life For Paris qui a hâte de voir ce téléfilm. Des romans, des pièces de théâtre ou encore des œuvres artistique, largement inspirés des attentats du 13-novembre, ont vu le jour depuis deux ans. En tant que personne concernée par ces événements, j’ai rarement trouvé ça bon ! Et pour tout vous dire, je ne suis pas plus optimiste quant à ce que pourrait donner ce téléfilm de France 2. La trame de fond de ce film de fiction, ce sont les événements du Bataclan. On va donc être extrêmement attentif et vigilant. On va veiller, évidemment, à ce que ce film, même s'il s'agit d'une fiction, respecte la mémoire des victimes, la réalité historique des faits qui y seront relatés. Et faire attention à que cela ne génère pas du stress post-traumatique parmi les victimes et leurs proches. Vu la sensibilité du sujet, on scrutera ça de très près. France 2 marche sur un fil, c’est un exercice d’équilibriste qui me semble très difficile à réussir.

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Les attentats du 13 novembre, deux ans après

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