De Caunes : "Les Pussy Riot ne sont pas formatées pour un talk-show"

De Caunes : "Les Pussy Riot ne sont pas formatées pour un talk-show"

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INTERVIEW - Mercredi 5 février à 19h10 sur Canal +, Antoine de Caunes recevra dans le "Grand Journal" les Pussy Riot, le groupe de punk russe détenu dans un camp pendant deux ans pour avoir chanté dans une église orthodoxe une chanson jugée blasphématoire. Pour metronews, l'animateur revient sur sa rencontre avec Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina, qui ont accordé leur première interview en plateau depuis leur libération le 23 décembre dernier.

Comment avez-vous réussi à décrocher la première interview en plateau des Pussy Riot ?
Ce fut une longue traque ! Dès qu'elles ont été libérées, on a établi le contact avec les gens de la programmation de Canal + afin d'organiser leur venue à Paris pour l'émission. Les Pussy Riot ne sont plus que deux. Elles ne veulent plus être considérées comme un groupe de musique. La musique était un moyen pour faire passer des idées. Elles se considèrent davantage comme des activistes. Elles n'ont donc pas de manager. On est notamment passé par le biais d'associations.

Vous ont-elles laissé la liberté de leur poser toutes les questions ?
Elles ont répondu dans le détail aux questions. Elles ne sont pas du tout formatées pour passer sur un plateau de talk-show classique, où on vous demande de ne surtout pas vous éterniser dans la réponse. Ça va nous permettre de mieux faire comprendre aux gens leur histoire.

Y aura-t-il des révélations durant cette interview ?
Elles ont fait un constat très lucide de la Russie d'aujourd'hui, de la corruption, du mélange des genres entre l'église orthodoxe et le pouvoir de Poutine. Elles ont également évoqué les conditions de détention en Russie. Le mot Goulag a disparu de la circulation, mais il est avantageusement remplacé par les camps où les femmes sont enfermées, battues et abusées. Ce sont des conditions effroyables. Quelle capacité de résistance face à un état quasi totalitaire, qui est celui de Poutine en Russie ! Pour moi, petit occidental parisien du début du 21e siècle, je trouve qu'il y a quelque chose d'extraordinairement courageux dans ce qu'elles ont déclenché, dans la manière de l'assumer et la volonté de continuer. Les Jeux de Sotchi sont l'opportunité pour court-circuiter la propagande de Poutine et faire entendre un autre son de cloche. J'ai très peur de ce qu'il va se passer après les Jeux olympiques.

Avec le recul, quel est votre ressenti après cette rencontre ?
Je suis tombée sur deux filles qui m'ont assez épaté. Elles m'avaient déjà étonné à distance par leur radicalité et leur attitude. On se souvient tous, pendant leur procès, de leur dignité farouche face à une justice assez déréglée. Elles sont à la fois très simples et déterminées dans leur discours, c'est-à-dire ne lâchant rien et sachant que ce qu'elles disent ici peut bien évidemment se retourner contre elles dès que l'écran de fumée des Jeux Olympiques sera dissipé. Ce sont des militantes, mais elles ne sont pas dans l'hystérie revendicatrice. Elles m'ont semblé très saines surtout après avoir vécu 22 mois de détention.

"Je rêve d'un Grand Journal avec le Pape"

Cette interview des Pussy Riot va un peu rebooster les audiences en baisse du Grand Journal...
(rires) Non, elles ne sont pas en baisse. On est à un niveau normal au regard de la concurrence frontale qu'il y a avec les émissions de Laurent Ruquier sur France 2, Anne-Sophie Lapix sur France 5 ou Cyril Hanouna sur D8. Il n'y a jamais eu autant de talk-shows à cette heure-là. En ce moment, on a un rééquilibrage des audiences. Il n'y a rien d'alarmant. On savait, avec l'arrivée de Ruquier, que nous allions tous baisser un peu. Il faut bien que les téléspectateurs se répartissent. On est dans la bonne moyenne, au niveau de l'année dernière.

Êtes-vous prêt pour rempiler pour une 2e année aux commandes du Grand Journal ?
Oui, avec plaisir ! Je sais avec l'expérience, notamment à l'époque de Nulle part ailleurs, qu'il faut une saison pour commencer à stabiliser le paquebot et pouvoir décoller, s'amuser et se mettre à surfer sur les vagues pour que l'émission soit à la fois ancrée dans sa routine, tout en faisant en sorte qu'elle n'en devienne pas une. On me retrouvera en septembre prochain, à moins que je me fasse lourder en cours de route. Tant que j'ai du plaisir à faire les choses, je les fais. Je m'amuse comme un petit fou. Chaque jour est différent, j'essaie d'affiner le trait, de gommer les défauts. C'est très passionnant comme travail.

Quel est le prochain grand scoop du Grand Journal ?
Mon rêve est d'aller au Vatican pour faire un Grand Journal avec le Pape. Je veux qu'on le fasse un peu parler de musique, de littérature, de faits divers, de politique et de religion. J'ai fait la demande officielle. On verra bien (rires).

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