Du cannabis à la télé : comment l'émission de Viceland a enfumé le PAF

Du cannabis à la télé : comment l'émission de Viceland a enfumé le PAF

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POLEMIQUE - Des rappeurs qui consomment du cannabis à la télé française ? C’est ce qu’on découvert les téléspectateurs de la chaîne Viceland mardi soir dans l’émission "High & fines herbes". Et ce n’est pas (tout à fait) illégal…

C’est un duo de rappeurs hyper populaire en Belgique. Depuis l’an dernier, Cabellero et JeanJass sont également les animateurs de "High & Fines Herbes", une émission produite par Viceland, filiale du groupe américain Vice Media, dédiée aux jeunes de 16 à 35 ans. En France, la chaîne est disponible via la Freebox, la Livebox et CanalSat, soit environ 6 millions de  téléspectateurs potentiels. 


Mardi soir, ces derniers ont donc pu découvrir les deux premiers épisodes de la saison 2 du programme – la première est disponible sur Youtube - dont les animateurs et leurs invités, parmi lesquels le rappeur français Lomepal, "cuisinent" et consomment du cannabis dans la bonne humeur. Surréaliste ? Plutôt. Mais surtout illégal si on se réfère à la loi française. Du moins a priori.

Dans une délibération en date du 17 juin 2008, le CSA rappelle que "l'article L. 3421-4 du code de la santé publique pose le principe de l'interdiction d'usage illicite de l'une des substances ou plantes classées comme stupéfiants." Ce qui est le cas du cannabis. Les sages indiquent donc qu’il est "interdit de faire apparaître à l'antenne toute drogue illicite ou toute personne en consommant à l'exception des programmes d'information, des documentaires et de la fiction, ainsi que de relater de manière positive ou équivoque la consommation de drogue."


Comment Caballero et JeanJass peuvent-il alors faire tourner la pipe à eau en toute tranquillité devant les téléspectateurs français ? Contacté par nos confrères du "Parisien", le CSA indique que Viceland émettant depuis le Royaume-Uni, "la chaîne est soumise à la réglementation de l’Ofcom, l’organe de régulation de l’audiovisuel britannique. Mais si nous sommes saisis, nous pouvons sensibiliser nos confrères anglais", indique l’un de ses représentants.


Ce qui ne garantit pas que l’émission puisse être interdite, loin de là. "En Grande-Bretagne, la législation est plus contraignante en journée, mais beaucoup moins en soirée, indique au Parisien Dolorès Emile, directrice de Viceland pour la France.  

Un programme que le CSA ne peut pas sanctionner

En 2012, en effet, Channel 4 avait diffusé "Drugs Live", une émission dans laquelle Keith Allen, le père de la chanteuse Lily Allen, prenait de l’ecstasy en direct dans le but de sensibiliser les téléspectateurs à ses effets. L’année suivante, les producteurs avaient réitéré l’expérience avec l’usage de la marijuana. A chaque fois, le projet était encadré par des médecins et psychiatres de l’Imperial College de Londres. Ce qui n’est pas vraiment le cas de "High & Fines Herbes"...


Chez nous, le journaliste Olivier Delacroix avait présenté en 2014 "Alcootest" sur France 4, l’adaptation d’un programme nordique dans lequel des jeunes consommaient de l’alcool, avec comme objectif annoncé d’en dénoncer les méfaits. L’émission de Viceland ressemble davantage aux "Recettes Pompettes". L’adaptation française d’une émission québécoise qui a trouvé refuge sur Youtube, avec Monsieur Poulpe à la présentation.

Lancé en 2016, ce programme humoristique était dans le viseur du ministère de la Santé et de plusieurs associations avant même sa diffusion. En dépit de la polémique, le CSA n'a pas été en mesure de le sanctionner, le contrôle des chaînes Internet n’entrant pas dans ses attributions. La Haute Autorité de l’audiovisuel a toutefois adressé une mise en garde à ses producteurs, Studio Bagel, filiale du groupe Canal +. Sans conséquence jusqu’ici. En fera-t-il de même avec "High & Fines Herbes" ?

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