Lancement de Russia Today France : on a regardé le premier JT de cette chaîne accusée d’être un organe de propagande du Kremlin

Lancement de Russia Today France : on a regardé le premier JT de cette chaîne accusée d’être un organe de propagande du Kremlin

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FOCUS – Déjà connu pour son site internet, Russia Today a lancé lundi soir sa chaîne de télévision dans l’Hexagone. Sujets abordés, choix éditoriaux, têtes de gondole… LCI fait le point sur ce média financé par l’état russe et accusé régulièrement de servir d’outil de propagande.

Sa promesse ? Traiter l’actualité russe et internationale avec des angles d’attaque qui tranchent avec ceux des médias traditionnels. Lundi 18 décembre, la chaîne Russia Today a commencé à émettre sur les télévisions françaises. Déclinaison française de la chaîne d’information russe RT - qui émet également en anglais, arabe et espagnol – le média était déjà connu dans l’Hexagone pour son site d’information lancé en 2015. Et surtout pour avoir la réputation d’être un outil de propagande destiné à tresser les louanges de la Russie de par le monde. 


Bilan du premier journal télévisé, critiques récurrentes, journalistes phares… voici ce qu’il faut savoir sur le lancement de cette chaîne sulfureuse. 

Que contient ce premier JT ?

A 19 heures ce lundi, le premier JT télévisé de RT France – également diffusé sur la Toile – démarre sur le canal 359 de Free, seul opérateur à avoir accepté d'héberger la chaîne. Stéphanie de Muru, journaliste historique de BFM TV, lance alors le premier titre du jour : le veto américain à la résolution de l’ONU qui condamne leur reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Après une rétrospective des nombreuses manifestations de protestation organisées aux quatre coins du monde, la présentatrice interroge en plateau l’ancien diplomate et journaliste tunisien Mezri Haddad, souvent sollicité par les médias français. Ce dernier fustige notamment la décision de Donald Trump "qui jette de l’huile sur le feu" et "qui n’a pas comme fonction de préparer un climat de paix".


Ensuite, Stéphanie de Muru évoque les accusations proférées par Bachar el-Assad à l’encontre de la France. Laquelle aurait été "le porte-étendard du soutien au terrorisme en Syrie dès les premiers jours" du conflit, selon le président syrien. S’en suit alors une rétrospective des interventions russes en Syrie et des épisodes clés de cette guerre démarrée en 2011. Et la correspondante à Moscou Vera Gaufman de préciser, avec un accent russe à couper au couteau : "Ce ne sont pas les forces aériennes russes qui ont fait tout le travail. La coalition menée par les Etats-Unis a elle aussi joué un grand rôle dans la guerre".

La suite du journal se concentre sur le continent européen avec un reportage sur la détresse des anciens habitants de l’immeuble de Saint-Denis, détruit en partie par l’assaut du Raid contre le commando du 13 novembre 2015. La présentatrice embraye avec un focus sur les dispositifs mis en place pour lutter contre le terrorisme en Europe. Se succèdent, enfin, un sujet sur le retour au pouvoir de l’extrême droite en Autriche et un extrait d’une interview exclusive du réalisateur Oliver Stone portant sur ses entretiens avec Vladimir Poutine. Avant d'achever cette édition sur un micro-trottoir évoquant l’arrivée de la chaîne en France et un ultime sujet portant sur la présence de phosphate dans les kebabs européens.  

Un média sous influence ?

Pour bon nombre d’observateurs et d’hommes politiques, RT propage "la sainte parole" du Kremlin à travers le monde tout en relayant des fausses informations. En mai dernier, Emmanuel Macron avait ainsi rangé le média dans la case "des organes d’influence, de propagande et de propagande mensongère, ni plus ni moins". 


Un avis nuancé par Maxime Audinet, doctorant spécialiste de la politique d’influence de la Russie, interrogé par L’Express : "C’est une chaîne qui, d’une certaine manière, développe bien davantage un discours négatif et relativiste sur les pays occidentaux qu’un discours positif sur la Russie, susceptible de renforcer son potentiel d’attractivité". Et le chercheur d’étayer son propos : "RT va par exemple mettre en avant certains événements plutôt que d’autres, surmédiatiser des mouvements sociaux, les violences policières, les tensions interconfessionnelles, les mouvements régionalistes, qui incarnent les points de discorde des sociétés occidentales et affichent leurs failles à l’écran" . Failles notamment mises en exergue dans le sujet portant sur les pays européens face au terrorisme, diffusé lundi dans le JT pilote. 

En vidéo

Macron : "Russia Today et Spoutnik ont été des organes de propagande"

De son côté, la présentatrice Stéphanie de Muru tente de défaire les préjugés qui collent aux basques du média, dans les colonnes du Parisien : "On ne va pas se voiler la face, comme tout le monde, j’ai lu des choses assez critiques sur RT. On aurait dit que le diable débarquait en France. J’avais beaucoup de scepticisme, moi aussi. Ma première réaction a été de me dire ‘Attention, qu’est-ce que c’est que ça ?’. Mais il y a beaucoup de fantasmes. On a su me rassurer. Non, ce n’est pas une chaîne de propagande russe, mais une chaîne qui offre une alternative à ce qu’on voit en France". 

Quelles têtes de gondole ?

En raison de sa réputation sulfureuse, RT a eu bien des difficultés à attirer des présentateurs vedettes pour sa déclinaison française, révélait Europe 1 en octobre dernier, évoquant les yeux doux faits par le média à Jean-Pierre Elkabbach et Eric Zemmour. En vain. 


Outre Stéphanie de Muru, journaliste à BFM TV de 2005 à 2017, la chaîne a débauché l’ancien journaliste économique de TF1 Jean-Marc Sylvestre. Lequel sera aux commandes d’un débat aux côtés de Jacques Sapir, économiste spécialiste de la Russie. A noter enfin la présence du très russophile Thierry Mariani, ancien député LR des Français de l’étranger en Russie, dans le comité d’éthique de la chaîne.   

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