"Le Grand Journal" de Canal+ en chute libre : jusqu'à quand ?

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ANALYSE – C'est la déconvenue télévisuelle de la rentrée. Alors que les audiences de la nouvelle formule du talk-show de Canal+ présenté par Maïtena Biraben sont catastrophiques (le programme est tombé à 457 000 téléspectateurs le 26 septembre dernier), la chaîne va-t-elle devoir arrêter les frais et déprogrammer l'émission ?

Rien ne va plus pour "Le Grand Journal". Depuis le lancement de la nouvelle formule le 7 septembre dernier, les audiences du talk-show sont en chute libre. Si Maïtena Biraben, la nouvelle maîtresse de cérémonie choisie par Vincent Bolloré pour succéder à Antoine de Caunes, a attiré 915 000 téléspectateurs pour sa première, dès le lendemain, ils n'étaient plus que 769 000 au rendez-vous. Et depuis, les chiffres ne cessent de dégringoler, plaçant Canal+ loin derrière "Touche pas à mon poste" sur D8 et "C à vous" sur France 5, ses deux principaux concurrents.

Paradoxalement, le programme a enregistré son plus mauvais score le vendredi 26 septembre, le jour où Maïtena Biraben s'expliquait sur ses propos sur le Front National (l'animatrice avait déclaré la veille sur le plateau de l'émission que "le FN tenait un discours de vérité"), avec à peine 457 000 fidèles. Pire encore, le 1er octobre, Canal+ s'est même retrouvé au coude à coude avec Chica Vampiro, la série jeunesse de Gulli, avec à peine 7 000 téléspectateurs de plus.

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Comment expliquer ce désamour brutal pour un programme qui fut longtemps l'un des plus apprécié du PAF ? "Le désamour existe depuis un moment, explique Virginie Spies, analyste des médias et maître de conférences à l'université d'Avignon. Déjà à l'époque d'Antoine de Caunes ce n'était pas la joie. Mais là, c'est dramatique. On nous a annoncé que le 'Grand Journal' allait subir un lifting, mais rien n'a changé, ni dans le contenu, ni dans le nom de l'émission."

Et, visiblement, les téléspectateurs de plus en plus informés n'ont pas vraiment apprécié les méthodes expéditives de Vincent Bolloré, qui a fait un ménage sans précédent dans le groupe Canal+. Le tollé provoqué par l'annonce de la déprogrammation des "Guignols" qui, au passage, ne sont toujours pas revenus à l'antenne, en est la preuve. "Les gens en ont marre de Vincent Bolloré et tout ce qui s'est passé avec Guignols, confirme Virginie Spies. C'est ce qui ressort des commentaires qu'on peut lire sur les réseaux sociaux : il y a un véritable rejet de cette politique marketing appliquée à la télévision."

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Si le richissime homme d'affaires breton a visiblement des moyens financiers illimités, jusqu'à quand pourra-t-il se permettre de conserver une émission désormais décriée par tout le monde ? S'il peut se moquer des critiques, il ne va pas pouvoir rester indifférent bien longtemps à un autre enjeu de taille : celui des abonnements. "C'est le véritable problème au fond, rappelle Virginie Spies. "Le Grand Journal" est l’émission vitrine de Canal+, celle qui doit donner envie aux gens de s'abonner à la chaîne. Et traditionnellement, les gens le font entre septembre et Noël. Pourquoi voudraient-ils s'abonner à Canal+ alors qu'ils ont de meilleurs programmes gratuits ailleurs ?"

Mais à qui la faute alors ? A Maïtena Biraben, qui n'a pas su déplacer les foules ? Ou à un programme vieillissant qui ne fait pas le poids face à "Touche pas à mon poste", l'émission phare de D8 qui arrive à réunir jusqu'à 1,3 million de fidèles ? "C'est fou de continuer à faire de la politique alors que les gens n'ont pas forcément envie de voir Jean-Vincent Placé à 19 heures, s'étonne Virginie Spies. Quand on voit le succès de 'C à vous' ou de Cyril Hanouna, on comprend que les gens cherchent de la convivialité, pas des discours politiques. D'autant plus qu'aujourd'hui, on est surinformés, on nous parle de politique toute la journée. Il faudrait vraiment une nouvelle proposition sur Canal+. C'est du bon sens."

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D'après Le Point, "Le Grand Journal" pourrait bien disparaître dès janvier prochain. Et si l'on en croit la dernière rumeur en date, Jean-Marc Morandini serait en discussion avec Vincent Bolloré pour reprendre les commandes de l’access prime-time de la chaîne. Une drôle d'idée, d'après notre spécialiste. "Ce serait assez incroyable, estime Virginie Spies. Comment Jean-Marc Morandini pourrait-il réussir ce qu'il a raté sur NRJ 12 ? (son talk-show "#Morandini-Télé, people, buzz" a été arrêté après seulement huit numéros, NDLR). Mais après tout ça fait partie de la logique marketing qui semble régir la télévision en ce moment : on regarde qui fonctionne bien et on le prend. Par contre, si Jean-Marc Morandini cartonne sur Europe 1, rien ne dit qu'il aura le même succès à la télé."

Les semaines qui arrivent s’annoncent donc décisives pour l'avenir de Canal+. "Le Grand Journal" va devoir se faire aimer à nouveau, et ce n'est pas gagné. "Ce qui se passe avec cette émission défie toute logique à la fois télévisuelle et marketing. Il faudrait vraiment que cette chaîne soit dirigée par des gens de programmes. On a l'impression que Vincent Bolloré s'est payé un jouet et qu'il l'a cassé. Il n'a pas compris le rapport intime que les gens ont à la télévision. Ce n'est pas un objet comme un autre."

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