Malik Bentalha : "Quand j'ai débuté, je me croyais invincible"

Malik Bentalha : "Quand j'ai débuté, je me croyais invincible"

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INTERVIEW - Pour célébrer les dernières dates parisiennes de son spectacle "Malik Bentalha se la raconte", le jeune humoriste jouera au Bataclan en direct sur W9 mercredi 28 janvier. Le comédien revient sur ses premiers pas à Paris et la responsabilité qui lui incombe après les attaques terroristes qui ont meurtri la France.

Vous allez jouer votre spectacle en direct sur W9 à la télévision devant des millions de téléspectateurs, ça fait quoi une telle consécration ?
C'était un peu la grosse surprise. Pour moi, c'était déjà un rêve de gosse d'avoir son spectacle en DVD et en cassette VHS, donc c'est incroyable pour moi. Quand on m'a suggéré l'idée, j'en ai eu tout de suite envie. Je touche du bois, j'espère que ça va bien se passer, on fait tout pour.

Allez-vous adapter le show en fonction des caméras ?
Je me laisse une part d'improvisation comme à chaque représentation, mais tout le monde est satisfait du spectacle tel qu'il est aujourd'hui, le public est content. Donc j'ai envie de le proposer comme je le joue. Il y aura quelques surprises et des invités, mais je n'ai pas envie de prendre des risques et de me lancer dans des envolées lyriques qui n'ont rien à voir avec le texte.

Ça vous met la pression ?
Ce qui me stresse, c'est l'avant-spectacle, quand les techniciens gueulent pour chercher tel ou tel câble. Une fois que je suis sur scène, je fais abstraction et je joue ma partition. J'ai déjà joué devant 100 000 personnes à la Fête de l'humanité, je suis rodé en terme de stress. Ce qui est bien, c'est que je suis maître du temps, j'impose le rythme.

Quel regard portez vous sur le jeune provincial qui a convaincu Gad Elmaleh de faire sa première partie ?
Je me dis que j'étais vachement culotté ! J'ai eu raison de le faire à 17 ans parce que je me suis permis des choses que je n'oserais plus aujourd'hui. J'étais insouciant, je ne pensais pas aux répercussions de mes actes, je me croyais invincible. J'avais cette espèce de certitude en moi, quitte à passer par la fenêtre et pas par la porte d'entrée. J'y serais arrivé coûte que coûte.

Vous aimez titiller les spectateurs, est-ce qu'ils vous rendent parfois la pareille ?
Oui, bien évidemment, quand on met beaucoup d'interactivité avec le public, certaines personnes pensent que ça va devenir un débat participatif. Ils prennent la parole à tout bout de champ, mais en général le spectateur sent quand il commence à déranger les autres. S'il ne se calme pas tout seul, j'ai mon ami Samy, qui fait 1m95 et qui peut rappeler à tout moment les règles du théâtre (rires). Mais j'ai de la chance, je n'ai jamais rien eu de méchant, les gens sont toujours bienveillants. Ils comprennent qu'on est là pour se marrer.

"Je continuerai d'écrire ce que j'ai envie d'écrire"

En dehors des salles de spectacles, vous êtes quelqu'un d'assez discret, vous ne fumez ni ne buvez pas...
C'est le métier qui m'a attiré, pas les à-côtés. C'est comme un footballeur, qui le fait pour le sport et pas pour les escort girls. C'est quand j'ai découvert les premiers spectacles de Pierre Desproges, des Inconnus, de Jamel que j'ai décidé de me lancer. Je viens d'un milieu très différent, en province, mes passions sont le foot et la musique. J'ai une petite bande de potes qui n'a rien à voir avec ce milieu. Quand je n'ai pas d'obligation, je disparais tel Ratatouille dans les bas fonds de Paris et je réapparais un peu plus tard. J'ai besoin de me ressourcer et je ne suis pas forcément amoureux de ce milieu.

Etes-vous parfois débordé par les sollicitations que ce métier impose ?
Je n'ai pas à me plaindre. Ce qui est marrant, ce n'est pas le nombre de demandes, mais le pourquoi du comment. Par exemple, quelqu'un me dit qu'il va ouvrir une chicha aquatique, grâce à laquelle tous les poissons pourront fumer. Je me demande si c'est ça mon image, je préférerais qu'on s'intéresse à moi pour l'invention d'un nouveau vaccin (rires). Plus sérieusement, je suis devenu parrain de l'association Theodora qui permet à des clowns professionnels d'intervenir en milieu hospitalier auprès des enfants et des nourrissons. A travers le rire, les gamins souffrent moins.

Justement, vous avez joué votre spectacle depuis les attentats contre Charlie Hebdo, ressentez-vous une certaine responsabilité sur vos épaules ?
Je devais jouer ce soir-là, et j'ai annulé parce que je n'avais pas le cœur à rire. Mais j'ai rejoué depuis et je touche un petit mot qui peut paraître banal, mais qui fait du bien aux spectateurs. On a un rôle à jouer, non pas en tant que musulman, mais parce que je suis un personnage public et que le poids des mots est très important. Je suis admiratif de ces gens comme Martin Luther King ou Malcolm X qui ont fait passer leurs idées avant leurs carrières. Si mon spectacle peut permettre de faire avancer les choses en étant à la fois marrant et intelligent, je serais le plus heureux du monde.

Ça a pu vous faire peur ?
Ce qui m'a choqué, c'est qu'on s'en prenne à des vies humaines. Le plus important, c'est de ne pas s'auto-censurer. On l'a bien vu avec la marche du 11 janvier, les gens n'avaient pas envie de fléchir face à la pression des terroristes. Je continuerai à écrire ce que j'ai envie d'écrire. C'est important de continuer à défendre la liberté d'expression.

Depuis quelques mois, le cinéma vous fait de l'œil, comment entrevoyez vous l'avenir ?
Oui, j'ai tourné avec Max Boublil "La véritable histoire de Robin des bois", dans lequel je vais jouer Frère Tuck. On s'est éclatés à le faire dans la forêt hongroise. Avant même que je sois ami avec Franck Gastambide, il m'avait proposé de tourner dans la suite des Kairas. Et finalement, il m'a proposé l'un des premiers rôles de son prochain film, qui s'appellera Pattaya, que je vais tourner en Thaïlande au printemps. Par la suite, j'ai des idées de films que j'aimerais écrire. Le cinéma me fait rêver, mais je compte prendre mon temps. J'ai déjà le luxe de gagner ma vie avec le spectacle vivant.

Dans votre spectacle, vous donnez votre point de vue sur certains programmes comme "Fort Boyard". Un poste de chroniqueur dans "Touche pas à mon poste" vous irait-il ?
Cyril Hanouna est un des seuls qui me fasse mourir de rire à la télévision. Il m'a proposé d'intégrer sa bande des "Pieds dans le plat" sur Europe 1. On a évoqué ensemble "Touche pas à mon poste", mais pour le moment c'est compliqué en termes d'emploi du temps. J'ai des problèmes de riches, mais j'aimerais beaucoup travailler avec lui un jour à la télévision.

"Malik Bentalha se la raconte", en direct du Bataclan à 20h50 sur W9, suivi d'un documentaire pendant 1 an en immersion dans le quotidien de l'humoriste.

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