Melissa Theuriau chez les Maasaïs : "C'était un choc de chaque instant"

Melissa Theuriau chez les Maasaïs : "C'était un choc de chaque instant"

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INTERVIEW - Melissa Theuriau part à la rencontre des Maasaïs. Mardi 21 janvier, à 20h45, la journaliste a "Rendez-vous en terre inconnue" avec Frédéric Lopez sur France 2. Pour metronews, elle revient sur cette incroyable expérience.

Pourquoi avoir accepté de participer à cette émission ?
J'ai saisi une opportunité que je n'aurai peut-être qu'une fois dans ma vie de partir au bout du monde, dans un coin où la terre n'a pas été foulée par les Occidentaux. Même dans sa vie personnelle, en étant privilégié, on ne peut pas s'offrir cette expérience humaine. Je n'ai pas hésité et ça tombait aussi dans une période de ma vie où je pouvais me permettre ce voyage, qui n'est pas simple à organiser.

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué en arrivant en Tanzanie ?
La beauté des paysages et des Maasaïs. On est d'abord sur un choc physique avant de se connaître. Ils sont athlétiques, se tiennent droits et sont beaux. Ils ont des yeux lumineux et des sourires sur tous les visages ! C'est un beau peuple. Surtout, ils vivent dans un paysage que je n'avais vu qu'au cinéma et encore. Notre œil n'est pas habitué à autant d'immensité, à des paysages aussi vastes. C'était un choc de chaque instant. J'en ai profité jusqu'au dernier instant.

Comment s'est déroulée votre adaptation au sein des Maasaïs ?
J'avais envie de me faire toute petite, de ne pas les déranger et modifier leur quotidien. Ce qui est magique est que malgré la barrière de la langue et de nos vies tellement différentes, il y a une curiosité. Ils se sont beaucoup intéressés à nous. On a beaucoup ri et échangé. J'ai noué des liens avec quelques-unes des filles. J'ai pu aussi me permettre de poser des questions que je n'aurai jamais osé poser en temps normal.

A-t-il été justement facile pour vous de mettre de côté votre casquette de journaliste pour vous laisser porter par cette aventure ?
Ça n'a pas été facile. Frederic Lopez m'a aussi beaucoup aidé à me débarrasser de ces réflexes. La fatigue aidant et avec leur confiance, j'ai décidé d'écouter, de ne pas juger, de ne pas relancer, de ne pas tout comprendre. Je n'avais pas envie ni de les brusquer, ni d'avoir trop de questions. Ça m'a fait du bien. Au départ, je voulais absolument tout comprendre et poser toutes mes questions. On était à égalité dans nos rapports.

A aucun moment, n'avez-vous été gênée de vivre dans une communauté polygame et pratiquant l'excision ?
C'est ce qui m'intéresse dans ma vie de productrice aujourd'hui : aborder des sujets qui peuvent nous faire changer d'avis. La polygamie et la pratique de l'excision, c'est barbare et d'une violence inouïe, ce n'est pas la question. Là, on arrive à comprendre des pratiques, qui nous paraissent complètement rétrogrades d'une autre façon. On les juge autrement. J'ai vu une harmonie familiale, j'ai vu une amitié sincère entre toutes ces filles, qui m'ont fait revoir ce choix. Elles ne sont pas dans un rapport de jalousie, d'appartenance qui est le nôtre en Occident et en France. C'est toujours passionnant de prendre du recul pour être plus sensible et tolérant avec les autres.

Les conditions de vie étaient extrêmement dures. N'avez-vous jamais eu envie de tout arrêter ?
Oui ! Il y a des moments, qui n'apparaissent pas dans le film. Par moments, je leur disais : ''je vous en supplie laissez-moi là, tant pis, je me ferai manger par une hyène''. Mes jambes n'avançaient plus et je ne voulais pas les freiner. La première semaine a été assez éprouvante, on se demande si on va y arriver. J'ai connu un sentiment de fierté personnelle que je n'avais jamais connu auparavant. C'est fou ! On est obligé de se dépasser, d'aller chercher nos limites.

On vous voit goûter une drôle de soupe. Avec le recul, quel goût avait-elle ?
C'est un goût que je n'ai jamais approché de ma vie et que j'espère ne pas connaître de sitôt (rires). Je ne peux même pas vous décrire son goût. Ça a le goût d'une odeur absolument exécrable, qui ressemblait à du vomi et à des excréments. C'est la soupe qui leur permet de braver le danger, on est obligé de faire l'effort de tremper ses lèvres dedans.

"L'antenne ne me manque pas encore !"

Qu'avez-vous retenu de ce voyage ?
Ces gens cherchent à cultiver la joie, loin de l'argent, loin des rapports de profit et d'achats. C'est formidable de voir qu'en travaillant la terre, en restant en famille et en s'aimant les uns les autres, on arrive quand même à vivre dans la joie. Je garderai ce voyage toute ma vie dans mon cœur.

Après une longue absence, on vous revoit à l'antenne. Est-ce que ça vous manque ?
Pas encore ! Je suis tellement occupée par des sujets qui me touchent. Je ne regrette pas une seconde ce choix. J'ai eu beaucoup de propositions, mais rien ne correspondait à mes attentes. Je recherche un programme différent, axé sur des valeurs d'échange, avec un temps d'interview et d'écoute qu'on n'a plus. Maintenant, il faut aller très vite. Il faut avoir beaucoup de chroniqueurs. Il faut remplir absolument l'espace comme si on avait peur que les gens zappent.

En tant que journaliste, que pensez-vous de la médiatisation de la vie privée de François Hollande ?
Je n'ai surtout pas envie de m'exprimer à ce sujet. C'est participer à cette surmédiatisation. Evidemment, on en parle, c'est normal avec son statut, mais il faut qu'on puisse parler du reste et des sujets qui nous concernent d'avantage. Qu'on parle de l'économie du pays, de ce qui se passe dans le monde ! Mais sincèrement qu'on passe autant de jours sur ça...  Je n'ai pas de commentaires à faire. On a en France une protection différente et moi, je m'en réjouis sur le plan personnel en ce qui concerne ma propre famille. Ce qui est privé doit le rester.

Les médias tendent de plus en plus à appliquer des méthodes ''à l'anglo-saxonne'' ?
Maintenant, rien ne peut échapper à personne, ce qui occasionne tous ces dérapages et la surmédiatisation de sujets. De l'affaire Dieudonné à la vie personnelle du Président, ce sont des sujets qui ne méritaient pas un tel emballement, ni cette place. On est contreproductif, on fait de la publicité à certains, dont on se serait bien passé. Je regrette un peu qu'on soit dans une ère du tout technologie où le web et le téléphone portable, ou les tweets, vous empêchent complètement de hiérarchiser l'information. C'est un progrès sur certains points, mais je pense qu'on régresse sur d'autres avec cette peopolisation de tout. Ce n'est pas ce que je préfère.

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