Memona Hintermann : "Les jeunes sont étonnés de voir que le CSA existe !"

Memona Hintermann : "Les jeunes sont étonnés de voir que le CSA existe !"

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MÉDIAS - Pour familiariser le public aux médias audiovisuels, le CSA a mis en place un site internet dédié à l'éducation par les médias. Explications.

Du 24 au 29 mars dernier s'est tenue la semaine de la presse et des médias à l'école. Une initiative qui a pour but de sensibiliser les plus jeunes aux médias, pour leur permettre de comprendre ses arcanes et son fonctionnement. Au CSA, Conseil supérieur de l'Audiovisuel, on prend ces problématiques à bras-le-corps avec un nouveau dispositif qui ne s'adresse pas seulement aux plus jeunes mais à un public plus large.

Pour aider les "consommateurs de l'information" à comprendre, décrypter cette information et se familiariser à l'environnement audiovisuel, les sages ont créé et mis en place un site dédié à l'éducation par les médias ,"lieux de transmission des savoirs". Pour Metronews, Memona Hintermann, membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel explique pourquoi il était urgent de mettre en place ce dispositif.

Quel est le but de ce groupe de travail "Audiovisuel et Education" ?

J'ai voulu créer un mode d'emploi très branché sur l'ère du temps de l'audiovisuel avec ce groupe de travail. Son but est de montrer combien la notion d'information et le partage des programmes a changé dans le paysage audiovisuel français. Il est tel que ce monde n'est plus à la portée de tous les "consommateurs d'informations".

Par exemple, on parle beaucoup de Netflix, mais combien de personnes savent ce que c'est, quels en sont les enjeux ? Les français savent-ils comment s'effectue le partage de la redevance ? Comment sont confiées les fréquences hertziennes ? Je me suis demandée comment j'allais pouvoir donner quelque chose de pratique et pragmatique basé sur la compréhension de l’univers de l'audiovisuel.

Quels sont vos principaux outils pour mettre cela en oeuvre ?

Ce site ( http://education-medias.csa.fr/ ) qui est à la portée de tout le monde.

Comment ont réagi les acteurs de l'audiovisuel lorsque vous les avez rencontrés et exposé votre projet ?

On s'est heurté à un certain étonnement. À France Télévisions, l'accueil a été chaleureux, (par exemple). Thierry Thuillier, le directeur des programmes m'a donné son aval pour que David Pujadas explique, dans une vidéo la conception d'un JT de 20h, par exemple. J'ai également demandé au Président de TF1, Nonce Paolini de m'exprimer son sentiment sur le fait d'être la première chaine européenne. Les chaines de télévisions ont intérêt à ce que les gens connaissent les rouages de l'audiovisuel. Les médias audiovisuels sont des entreprises comme les autres.

En créant ce groupe de travail, je souhaitais que les gens aient moins de fantasmes et moins d'à priori sur cet univers. Au CSA, nous sommes une tour de contrôle et nous devons faire en sorte que tout le monde circule le mieux possible, que tout le monde ait accès à la qualité des programmes car l'idée du choix c'est important. C'est un principe de notre République et de démocratie.

Vous allez régulièrement à la rencontre des jeunes dans les lycées et collèges pour leur expliquer votre travail. Sur quoi se porte leur principal intérêt ?

Ils sont étonnés de voir que le CSA existe ! Cela dépend des classes. Par exemple, les lycéens sont sensibles aux questions de justice sociale, à l'égalité dans cette République Française. Lorsque je me rends dans certains établissements en banlieue comme certains collèges où beaucoup d'élèves sont issus de l'immigration, je leur explique qu'ils ont autant de droits que les enfants "blancs" qui ont eu accès à la culture.

Il faut aller dans les écoles pour expliquer que la diversité est importante dans les médias. Le problème de la sous-représentation de cette France diverse vient sans doute du fait que c'est un enjeu politique et social de changer et de mettre en avant une France diverse. Mais en me rendant dans les établissements scolaires, je veux que les élèves se disent : "pourquoi je ne pourrais pas réussir ?"

Depuis quelques années, il y a une réelle défiance des consommateurs d'informations, vis à vis des médias. Comment l'expliquez-vous ?

En France, il y a un problème avec la presse. Historiquement, la presse française est une presse d'opinion et cela demeure. Les consommateurs d'infos sont à la fois fascinés et méfiants vis à vis des programmes. Douter, c'est très sain. Se demander pourquoi, c'est la liberté. Incriminer les médias à tort et à travers, c'est aller trop loin. La France est un pays paradoxal qui veut tout voir et qui, en même temps, est choqué. Le remède, c'est une éducation à l'image.

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