Nikos Aliagas : "Le succès ne m'appartient pas, on me le prête"

Nikos Aliagas : "Le succès ne m'appartient pas, on me le prête"

INTERVIEW – C'est l'un des animateurs préférés des Français. Alors qu'il s'apprête à retrouver les plateaux de "The Voice", Nikos Aliagas publie "Ce que j'aimerais te dire" (Nil), un livre étonnant dans lequel il s'adresse à sa fille Agathe. La philo, la paternité, son parcours et le succès... Il s'est confié à metronews.

Ce que j'aimerais te dire s'adresse à votre fille Agathe... mais n'est-ce pas aussi une manière de vous raconter, plus que vous ne l'avez fait avant ?
J'avais d'abord envie de lui raconter qui je suis. Pour être là, à ma façon, dans quelques années. Lorsqu'elle aura 15 ans et qu'elle me lira en se moquant de moi... ou lorsque je ne serai plus là. Je voulais m'arrêter un moment, lui parler de la vie, de la mort, de la famille. Donc, forcément, je parle de moi. Mais ce n'est pas un bouquin sur moi. Plutôt celui d'un papa qui fait un état des lieux et lance une bouteille à la mer.

Est-ce qu’il y a une différence entre le Nikos du livre qui cite les philosophes grecs et celui qui présente “The Voice” ?
Ce n'est pas parce que je parle à ma fille de Plutarque, de Jacqueline de Romilly, ou d'Edgar Morin, que ça m'empêche de présenter une émission de variétés à la télé. L'important, c'est de savoir qui on est. “Deviens ce que tu es”, écrivait le poète Pindare. C'est essentiel. Je fais un métier qui pourrait paraître frivole, éphémère, clinquant. Mais, en fait, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas parce qu'on présente une soirée des NRJ Music Awards qu'on va faire la fête après sur un bateau avec Beyoncé. Mais, vous savez quoi ? Elle non plus. Parce que, le lendemain, elle se lève tôt pour se remettre au travail.

Dans le livre, on apprend que vous auriez pu devenir américain...
C'est le fameux kairos dont je parle dans le livre : provoquer sa chance ! Ma mère avait écrit au vice-président américain Spiro Agnew, qui était d'origine grecque, pour lui demander du travail pour mon père. Et il lui avait répondu de contacter Ronald Reagan, qui était alors gouverneur de Californie. Finalement, nous sommes restés en France, un pays qui m'a tout donné, y compris le droit de parler de la Grèce, de mes racines. Ce que j'ai envie de dire à ma fille dans le livre, c'est qu'il faut suivre ses rêves, et pas la voie qu'on a tracée pour vous parce qu'elle serait plus sûre. Il y a mille voies. Et il ne faut pas avoir peur de la solitude du chemin.

"Ce qui compte, c'est le voyage. Pas où tu vas arriver"

C'est une approche qu'on retrouve dans votre parcours professionnel...
Chaque fois que je commençais une nouvelle expérience, tout le monde me disait “c'est pas bien”. Quand j'ai quitté RFI pour Euronews, Euronews pour Chrisine Bravo, Christine Bravo pour le 20 heures à Athènes, quand je suis arrivé à TF1 pour faire la “Star Ac'”… Il faut suivre son instinct. Sans doute parce que j'ai cette errance d'Ulysse en moi. Ce qui compte, c'est le voyage. Pas où tu vas arriver. C'est ça que j'ai envie de raconter à ma fille.

Cette attitude très "zen" tranche avec celle de certains de vos confrères qui se "clashent" à longueur d'interview…
Ça m'arrive de m'énerver, mais je ne le fais pas publiquement. Je décroche mon téléphone, et je propose à la personne d'aller boire un café [rires]. C'est plus dur, ça nécessite plus d'estomac d'encaisser un coup que de faire des étincelles. Si on veut ravager quelqu'un, on lui parle droit dans les yeux. Donc, non, le buzz ne fait pas partie de ma culture. Parce qu'il n'en reste jamais rien. Quand je fais des entretiens, j'aime sortir des petites phrases… mais pas sournoises. Je préfère une accroche plus bateau, qui fera moins de clics, mais qui confortera mon lien avec mon interlocuteur et avec le public.

Malgré tout, vous êtes un homme hyperconnecté, via Twitter, Instagram...
J'aime beaucoup le livre de Carlo Strenger, La peur de l'insignifiance nous rend fous. Les réseaux sociaux, toute cette projection qu'on fait de nous-même, c'est souvent parce qu'on a peur de ne pas être aimé. Vouloir être présent, tout le temps, c'est une illusion. Quand je tweete, c'est l'échange qui m'intéresse, pas le fait de me montrer.

"Tout le monde est remplaçable à la télé, moi le premier"

“The Voice”, c'est le programme idéal pour vous, non ? Des gens du monde entier, qui viennent tenter leur chance et jouent leur destin sur une rencontre...
“The Voice”, c'est la preuve que le rêve est encore possible. Mais une fois qu'on a passé le rêve, il faut construire. On peut gagner, comme Kendji , mais, après, il faut aller sur la route, aller chercher le public avec sa guitare comme il le fait. Moi c'est pareil. Ce n'est pas parce que j'ai fait une bonne saison que je reviens pour la suivante comme un nabab ! Au contraire, je me vois comme un artisan, qui se remet au travail modestement.

Dans “The Voice”, les jurés changent… Et l'animateur ? Vous imaginez l'émission sans vous ?
Je ne le souhaite pas mais tout est possible. Tout le monde est remplaçable à la télé, moi le premier. Quelqu'un a l'aspiration de le faire ? À moi de faire en sorte que ce soit difficile pour lui ! Mais, attention, le succès ne m'appartient pas : on me le prête. Et on le partage. L'échec, lui, on le traîne comme un boulet… et on est seul ! [Rires.]

Et si Agathe voulait participer à “The Voice Kids” ?
Je ne pourrais pas animer puisque l'émission est interdite aux collaborateurs de TF1 ! Il faudra qu'elle tente sa chance chez un concurrent [rires]. Sérieusement je n’empêcherai pas mon enfant de faire quelque chose si c'est pour de bonnes raisons. Si c'est juste parce que c'est la mode, parce que les copines font pareil, alors là il faudra en discuter [sourires].

Ce que j'aimerais te dire, de Nikos Aliagas. Nil éditions. Retrouvez Nikos chaque samedi sur Europe 1 dans "Sortez du cadre" , de 11 h à 12 h 30.

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