Philippe Vandel : "Il n'y a jamais eu de saladiers de coke à Canal+"

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INTERVIEW - Il a participé à "La Grande famille", à "Nulle part ailleurs" et au "Journal du hard". Alors que Canal+ fête ses 30 ans ce mardi, Philippe Vandel a accepté de partager avec nous ses souvenirs. Le journaliste qui officie aujourd’hui sur France Info nous dit tout sur ce qu'on a appelé "la grande époque de Canal".

L'esprit Canal c'est quoi ?
C'est de diffuser ce qu'on aime et d'être à l'antenne comme on est dans la vie. Les animateurs ne jouaient pas un rôle. Philippe Gildas était le même en dehors de l'antenne, tout comme Jérôme Bonaldi qui avait toujours un nouveau truc à te montrer ! Pierre Lescure et Alain de Greef, les patrons de l'époque, chez eux ils regardaient Canal+. Contrairement à d'autres dirigeants de chaîne. Il ne faut pas oublier non plus que le contexte était différent : la télévision était tellement corsetée que dire des gros mots à l'antenne c’était absolument dingue.

Vous êtes resté 12 ans à l'antenne. Quel souvenir gardez-vous de ce que l'on appelle la "grande époque" ?
J'en ai tellement ! Je me souviens que c'était fou et libre. Alain de Greef n'avait pas de porte à son bureau, on pouvait aller le voir directement pour lui proposer une idée. Aujourd’hui, c'est inconcevable. On mettait aussi beaucoup des programmes à l'antenne qu'on supprimait aussitôt si ça ne fonctionnait pas, c'était dingue. Si on ne m'avait pas viré je serai resté !

Le rachat de Canal+ par Videndi a-t-il marqué un véritable tournant ?
Evidemment. Vivendi et Jean-Marie Messier sont arrivés et ils ont fait n'importe quoi. Pour eux, Canal+ était une pompe à fric. Ils ont viré des gens parce que ça ne rapportait plus d'argent. Des hommes en costard ont débarqué, il y a eu des badges à l'entrée. Ils ont même supprimé les frigos pour les remplacer par des distributeurs d'eau. Quand ils ont viré Lescure, de Greef, Gildas, Bonaldi, Dugeon, c'était le début de la fin.

Où en est Canal+ aujourd'hui ?
La chaîne retrouve le feu et elle permet à de nombreux talents d'émerger. Canal+ propose des choses super bien, comme les séries originales ou les documentaires. Mais la concurrence a changé. Il y a 18 chaînes et beaucoup de gens ont copié ce que faisait Canal+. Cela dit, quand on regarde Nulle part ailleurs, tout n'était pas génial. On fantasme beaucoup sur cette époque, ce sont des souvenirs reconstruits.

Justement, il y a beaucoup de légendes qui circulent...
Les gens imaginent qu'on faisait la fête non-stop et qu'on dansait sur les tables. On s'amusait, c'est vrai, mais je n'ai jamais vu de saladiers pleins coke ou d'argent liquide comme on a pu l'entendre. C'est fouà quel point cette chaîne faisait fantasmer les gens.

Mais il y avait quand même beaucoup d'argent ?
La différence entre Canal+ et les autres chaînes c'est que l'argent se voyait à l'écran. A l'époque je gagnais 40 000 francs par mois. C'était 20 fois moins que quelqu'un de TF1 ou de France 2. Mais si je voulais aller à Nice tourner 20 secondes pour un sujet, il n'y avait aucun problème. On avait les moyens. Aujourd'hui c'est le contraire, les présentateurs sont super payés et ils font tout avec des bouts de ficelle. C'est la différence entre les gens qui ont du fric et ceux qui ont des idées. Nous, on faisait tourner nos potes parce qu'on n'avait pas d'argent pour engager des comédiens. Et on cherchait des idées qui ne coûtaient rien.

Qu'en est-il de la supposée arrogance de Canal+ ?
L'arrogance de Canal+ avait été décrite dans un article de Libération intitulé "Canal+, c'est Canal trop". Mais je crois qu'il n'y a pas de journal plus arrogant que Libération. Ils étaient fâchés de ne pas être invités à nos fêtes pendant le Festival de Cannes. Mais moi je n'ai jamais ressenti d'arrogance. Au contraire, je trouvais qu'on était plutôt modestes. Les animateurs étaient très abordables, on pouvait les croiser au café du coin. Si tout le monde était devant notre émission, c'est parce qu'on faisait un spectacle pour les gens.

Avez-vous une anecdote un peu folle sur le Festival de Cannes ?
Durant un Festival, tous les mecs qui fumaient des pétards s'étaient cotisés pour acheter une grosse boulette de shit. Et pour la transporter ils l’avaient mis dans la tête de la marionnette de Chirac. Comme ça s'ils se faisaient chopper par les flics, les journaux du lendemain auraient titré "1 kilo de shit dans la tête de Chirac". C'est bon non ?

Retrouvez Philippe Vandel sur France Info, dans Tout et son contraire, du lundi au vendredi à 4 h 25, 8 h 25, 11 h 25, 13 h 25, 17 h 25, 23 h 25 et 00 h 40.
Le journaliste vient aussi de publier Les Pourquoi interdits aux moins de 18 ans, aux éditions Kero.

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