Après "Capitaine Marleau", qui se cache derrière "Alexandra Ehle", la nouvelle série policière de France 3 ?

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PORTRAIT – France 3 diffuse ce mardi soir "Alexandra Ehle", une fiction policière avec Julie Depardieu née de l’imagination de la romancière Elsa Marpeau, la créatrice de la série "Capitaine Marleau". LCI est allé à sa rencontre.

A moins d’être accro à la Série Noire, la célèbre collection des éditions Gallimard, son nom ne vous est sans doute pas familier. Auteure de plusieurs polar bien corsés - "Black Blocs", "L’Expatriée" ou encore "Les Corps Brisés" –, Elsa Marpeau, 42 ans, est associée depuis quelques années au boom de la fiction policière française à la télé. Si elle a prêté sa plume à l’adaptation de la fiction américaine "The Oaks", devenue "Le Secret d’Elise" sur TF1 et à la série des "Mystère à..." sur France 2, c’est sa collaboration avec Josée Dayan sur la série de France 3 "Capitaine Marleau" qui constitue, à ce jour, son plus grand succès. Ce personnage, né à l’origine dans un autre téléfilm de la réalisatrice, "Entre vents et marées", suscite depuis 2015 un engouement inédit auprès des téléspectateurs de la chaîne publique, chacune de ses nouvelles enquêtes flinguant la concurrence avec plus de 6 millions de fidèles en moyenne.


Une héroïne iconoclaste, maniant l’humour à froid, à laquelle la comédienne Corinna Masiero prête ses traits depuis déjà 11 épisodes. "Pendant un temps, je me suis dit que cela avait marché grâce à la liberté de ton", raconte Elsa Marpeau. "J’avais à cœur de faire un personnage féminin qui ne se détermine pas par sa maternité ou son rapport à l’amour. Et puis en regardant récemment "Merci Patron !", j’ai réalisé que "Capitaine Marleau", c’est une part de la France qui n’est pas représentée.  Le fait que la comédienne vienne du Nord, qu’elle soit d’origine populaire. Elle parle à un public très vaste et elle a des degrés d’humour qui sont très différents. Mais je reste quand même étonnée de son succès."

Alexandra Ehle ne s’intéresse absolument pas au criminel. Pour elle, c’est un individu généralement inintéressant.Elsa Marpeau

Ce mardi soir, la romancière lève le voile sur un nouveau personnage, Alexandra Ehle, née de sa fascination pour la médecine légale. Employée à l’Institut médico-légal de Bordeaux, elle est interprétée par Julie Depardieu dans le téléfilm du même nom, diffusé sur France 3.  "Si Alexandra Ehle a une proximité avec Marleau, c’est son aspect libertaire", observe Elsa Marpeau. Comme Marleau, elle a un petit peu de mal à respecter la loi . Pour le reste, elles sont complètement opposées. Marleau est un personnage très frontal, qui agit par détours. Alexandra Ehle est un personnage de la douceur, de l’empathie, de l’attention à l’autre. L’une est un bulldozer. L’autre est un abîme de douceur, même si ça peut paraître un peu exagéré."


Cette héroïne un brin lunaire, mais redoutablement déterminée, ne peut pas s’empêcher de fourrer son nez dans les enquêtes d’Antoine Doisneau (Bernard Yerlès), le patron de la PJ locale. Et ce n’est pas l’arrivée de Théo Durrel (Xavier Guelfi), un jeune assistant frais et naïf qui va l’en empêcher, au contraire. "D’habitude, les polars s’intéressent d’abord aux criminels", observe la romancière. Là je voulais que ce soit exactement l’inverse. Alexandra Ehle ne s’intéresse absolument pas au criminel. Pour elle, c’est un individu généralement inintéressant, qui a toujours les mêmes traits de caractère. Ce qui est plutôt vrai", observe cette experte du genre. "Ce qui l’intéresse, c’est uniquement la victime. Et elle la creuse par le corps. Par les tissus, par la chaire. Par les os. La recherche du criminel n’arrive qu’en dernier temps."

Si cette première enquête, qui en appelle d’autres, fonctionne à merveille, c’est grâce à l’interprétation irrésistible de Julie Depardieu. Et pourtant : "Au départ, c’était un personnage à la Sherlock. Assez dur, froid, extrêmement intelligent. Limite surdoué mais en manque d’empathie absolu", révèle Elsa Marpeau. "Et puis avec le producteur, nous avons vu les essais de Julie. J’étais très très fan d’elle, mais ce n’était pas le personnage. Et puis, je me suis dit pourquoi pas. Acceptons cette différence. Elle a apporté quelque chose qui n’appartient qu’à elle. Cette douceur, cette attention qui n’était pas dans le texte et qui petit à petit a été intégré à cause, ou plutôt, grâce à elle."


Agrégée de lettres modernes, Elsa Marpeau a brièvement enseigné avant de réaliser qu’elle était plus à l’aise derrière son écran d’ordinateur que devant un amphithéâtre rempli d’élèves. Si son travail pour la télévision a désormais pris le pas sur la littérature, elle met actuellement la touche finale à un nouveau roman, qui sera publié l’an prochain. Lorsqu’on lui dit que ses polars sont bien plus glauques que ses scénarios, elle sourit. "De  façon banale, je vais dire que mes livres sont une forme d’exorcisme. Alors qu’en télévision, plus ça va et plus j’ai envie d’aller vers des choses claires. J’ai presque envie de faire de la comédie maintenant. En m’intéressant toujours à la mort. Mais en se disant qu’on peut en rire comme le font les médecins légistes lorsqu’ils réalisent une autopsie." Vu comme ça...


>> "Alexandra Ehle". Réalisé par Nicolas Guicheteau. Ecrit par Elsa Marpeau. Avec Julie Depardieu, Xavier Guelfi, Bernard Yerlès. A 21h sur France 3

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