Pour la réalisatrice de "La Consolation", "la relation entre Flavie Flament et sa mère est à la fois toxique et malsaine"

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INTERVIEW – Diffusé ce mardi soir sur France 3, le téléfilm "La Consolation" est l’adaptation du livre-témoignage de l’animatrice Flavie Flament, sorti en octobre 2016. LCI s’est entretenu avec sa réalisatrice, Magaly Richard-Serrano.

LCI : Votre film est diffusé presque un an après la sortie du livre dont il est inspiré. Avez-vous tout de suite eu envie de l’adapter ?

Magaly Richard-Serrano : J’avoue que je n’avais pas lu le livre à sa sortie. C’est la productrice Nicole Collet qui m’a contactée, en décembre, pour savoir si en réaliser l'adaptation m'intéresserait. Après l’avoir terminé, c’était pour moi comme une évidence. D’abord en raison du sujet, l’amnésie traumatique, qui me passionnait à titre personnel. Mais aussi à cause de cette époque des années 1980 que j’ai connue comme Flavie – nous avons à peu près le même âge – et dont j’avais envie de faire non pas une reconstitution mais une évocation.

LCI : Des pages à l’écran, quel était le principal challenge ?

Magaly Richard-Serrano : Je voulais garder le ton du livre, sans pathos, toujours du côté de la vie plutôt que du morbide. Mais en raison de sa narration éclatée, j’avais besoin de construire une structure dramatique plus classique. J’ai écrit une première version que j’ai faite lire à Flavie. Au bout de trois mois, nous avions le scénario et nous avons commencé à tourner en juin.

LCI : Avez-vous douté, ou du moins questionné, le récit de Flavie Flament ?

Magaly Richard-Serrano : Pas un seul instant. Notamment parce que j’y ai reconnu des choses de ma propre existence. Vous savez, la mémoire est quelque chose de subjectif, il y a toujours une part de fiction. Je ne sais pas précisément comment les choses se sont passées entre Flavie et David Hamilton ce jour-là. Mais je suis sûre que c’était suffisamment grave pour que la psyché de l’enfant qu’elle était le refoule pendant des années.

LCI : Une grande partie du film est centrée sur la relation entre Flavie et sa mère Catherine, incarnée par Léa Drucker. Comment la décririez-vous ?

Magaly Richard-Serrano : C’est une relation toxique, parce que trop fusionnelle. Elle est malsaine, car au détriment de l’enfant. Abusive aussi, car ne cesse de violer symboliquement l’intimité de sa fille.

LCI : Avez-vous songé à entrer en contact avec la mère de Flavie ?

Magaly Richard-Serrano : Je n’y ai jamais songé. J’ai adapté le livre de Flavie, ce n’est pas une enquête. Et puis je savais que le film serait entouré d’un débat plus didactique dans les médias. "La Consolation", c’est un film, avec des personnages, c’est un travail de fiction où j’ai décidé de passer par les tripes davantage que par le cerveau.

LCI : Comment avez-vous appréhendé la représentation du viol de Flavie par David Hamilton ?

Magaly Richard-Serrano : J’ai adopté le point de vue de cette enfant qui est victime d’un prédateur. Le phénomène psychique le plus courant chez les victimes d’un viol, c’est d’abandonner son corps sur place et de laisser son esprit partir ailleurs. Je ne voulais pas représenter la crudité de l’acte mais rester dans la tête de cette petite fille. L’imagination du spectateur fait le reste. Je considère de toute façon que je ne peux pas filmer des images que je ne pourrais pas regarder en tant que spectatrice.

LCI : La scène où Hamilton ouvre la porte à Flavie et sa mère, entièrement nu, l’appareil photo autour du cou, est assez dérangeante…

Magaly Richard-Serrano : On s’est posé la question de la garder au moment du montage. Parfois on rit aux enterrements, et parfois on pleure aux mariages… Il y a quelque chose de cocasse, c’est vrai, mais ça s’est passé comme ça. C’est l’histoire d’une mère qui laisse sa fille avec un type à poil comme si c’était normal… Ça dit quelque chose de la mère. Mais aussi du piège très subtil mis en place par Hamilton et qui se referme peu à peu sur Flavie.

LCI : Lou Gable, qui interprète Flavie adolescente, n’avait jamais tourné avant…

Magaly Richard-Serrano : … et elle a mis toute l’équipe d’accord. On avait l’impression qu’elle faisait ce métier depuis des années. Elle a apporté au personnage une grande fragilité, dans des scènes souvent très compliquées. Et puis elle était désireuse de porter le combat de Flavie, comme une petite femme de 16 ans.

>> "La Consolation", de Magaly Richard-Serrano. Avec Lou Gable, Léa Drucker, Emilie Dequenne... Ce soir à 21h05 sur France 3

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