Quand Vladimir Poutine reçoit Oliver Stone au Kremlin : bonjour la propagande ?

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POLEMIQUE - France 3 diffuse ce soir le premier volet de "The Putin Interviews", une série d’entretiens conduits par le réalisateur américain Oliver Stone avec le président russe. Un document dont le fond et la forme choquent de nombreux observateurs. Au point de s’interroger sur les motivations de l’auteur de "Platoon"…

Mais à quoi joue Oliver Stone ? France 3 diffuse ce lundi soir en prime time le premier des quatre volets d’une série d’entretiens menés par le réalisateur américain avec Vladimir Poutine, de 2015 à 2017. Si les deux hommes parlent des sujets qui fâchent – la Syrie, la Tchétchénie, l’Otan ou encore l’homosexualité – pas question pour l’auteur de Platoon et JFK de se mettre à dos le grand maître du Kremlin. Bien au contraire…


Outre-Atlantique, ce documentaire baptisé The Putin Interviews s’est attiré les foudres de la presse qui le juge complice, complaisant, voire irresponsable. "Comment un riche Américain peut-il avoir de l’affection pour le leader tyrannique et corrompu d’une puissance hostile ?", résumait ce dimanche dans le New York Times la journaliste d’origine russe Masha Gessen, auteur de Poutine : l’homme sans visage, portrait certes à charge, de l’ancien agent du KGB.

Comme beaucoup de gauchistes occidentaux, il estime que les ennemis de ses ennemis sont ses amisNadezhada Tolokonnikova, membre des Pussy Riots

La semaine dernière, c’est Nadezhada Tolokonnikova, membre des Pussy Riots, qui livrait son regard atterré sur la démarche d’Oliver Stone. "C’est un gauchiste bien connu et comme beaucoup de gauchistes occidentaux, il estime que les ennemis de ses ennemis sont ses amis", observait-elle lors du festival Cannes Lions. Farouche critique de Washington et des lobbys qui tirent les ficelles de la politique américaine à travers sa riche filmographie, de Platoon à W. en passant par JFK et Nixon, Oliver Stone serait-il tombé amoureux de celui qu’on soupçonne d'avoir manipulé la dernière élection américaine ?


"Le pouvoir ne m'impressionne pas mais je devais parler à Poutine avec respect. Mon but n'était pas de le changer mais de montrer ce qu'il pense, et ses divergences avec la vision occidentale", expliquait en fin de semaine au Parisien le réalisateur pour qui le public américain a "une vision médiévale" de la Russie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et qui, d’après lui, va en changer après avoir vu son documentaire : "Pour beaucoup de gens aux Etats-Unis, la perception de cet homme ne sera plus la même."

On n'est pas considéré comme un bon journaliste sans poser des questions très duresOliver Stone

Rebelote ce lundi matin au micro d’Europe 1 où l’intéressé a défendu sa méthode d’interview. "Je ne sais pas si Poutine aurait continué si j'avais accepté la routine habituelle des journalistes occidentaux qui sont hostiles dans leurs questions, qui essayent de prouver leur virilité", a-t-il observé. "Il faut bien comprendre que les journalistes essayent d'être plus virils les uns que les autres. On n'est pas considéré comme un bon journaliste sans poser des questions très dures". De là à rire de ses blagues machistes ou l’écouter nier la persécution des homosexuels… 


Dans un article intitulé "Le scandaleux documentaire d’Oliver Stone sur Vladimir Poutine" publié sur le site du Nouvel Obs, le journaliste Vincent Jauvert juge "scandaleux" qu’une chaîne publique présente "un tel documentaire, une longue, très longue hagiographie du maître du Kremlin auquel l’intervieweur, fan inconditionnel, laisse la parole sans contradiction pendant 200 minutes."

"A quoi bon contredire Vladimir Poutine quand il assure, la voix calme et posée, que ses filles et leurs maris ne se mêlent pas de business, mais seulement d'art et de sport ?", s’interroge le journaliste. "A quoi bon faire savoir aux téléspectateurs qu'en réalité sa fille cadette, Katerina, a convolé en 2013, avec un certain Kirill Shamalov, un jeune homme d'affaires - lui-même fils d'un proche du tsar - qui, depuis ces épousailles, a vu son capital grossir de façon vertigineuse pour atteindre, selon Reuters, la modique somme de 2,85 milliards de dollars ?


Peut-être parce que son propre fils, Sean Stone, travaille depuis plusieurs années pour l’antenne américaine de Russia Today, l’un des organes de propagandes du Kremlin à destination de l’étranger ? Oliver Stone aura en tout cas l’occasion de se défendre puisque la diffusion de la première partie du documentaire sera suivie d’un débat en sa présence. Son titre ? "Faut-il croire Vladimir Poutine ?".

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