Richard Berry : "Vivre avec un seul rein ? Je n'ai jamais vu la différence !"

Richard Berry : "Vivre avec un seul rein ? Je n'ai jamais vu la différence !"

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INTERVIEW - Ce mercredi 30 avril à 20h45, France 2 diffusera "L'esprit de famille", écrit par Richard Berry et inspiré de sa propre histoire. En 2005, ce dernier a donné un rein à sa sœur Marie, alors en insuffisance rénale terminale. Dans le téléfilm, Max (Michaël Youn) et Yvan (Ary Abittan) sont sollicités pour faire un don à leur petite sœur. Pour metronews, le comédien évoque ce projet et son expérience en tant que donneur.

C'était important pour vous que votre histoire ne soit pas traitée d'une façon trop larmoyante ?
Le but était d'en faire une vraie comédie. Cette idée m'est venue, il y a un an ou deux. Ma fille, Coline, me l'a suggéré car je lui racontais toujours cette histoire mais d'un point de vue comique. Un message comme celui-là passe encore mieux par la comédie. Je pense qu'on a réussi à dire des choses importantes, sans le mélodramatisme et le pathos, mais en faisant rire au maximum.

Ressemblez-vous plutôt au personnage d'Yvan ou Max ?
Si on se retrouvait tous dans la même situation, on ressemblerait à ces deux individus. Pour le film, j'ai accentué leur différence en fabriquant des personnages un peu extrêmes. D'un côté, Max (Michaël Youn) est spontané, il y va et donne sans réfléchir. Il est à la limite de l'irresponsabilité, de la légèreté. Mais au fur et à mesure que l'échéance approche, la peur s'empare de lui. De l'autre côté, Yvan (Ary Abittan) est totalement hypocondriaque, angoissé, méticuleux. Je me retrouve dans ces deux hommes, celui qui part tout de suite dans l'aventure, mais aussi celui qui a peur, parce qu'il faut raconter cet aspect du parcours.

Étiez-vous la seule personne compatible de votre famille ?
Oui. Il y a 30 ans, ma mère avait déjà donné un rein à ma sœur. Mon frère n'était pas compatible. En y repensant, je me suis dit : ''si jamais il l'avait été''. A l'époque, on s'était tous les deux proposés pour donner un rein et passer la première étape, à savoir la prise de sang, qui est déterminante.

Pourquoi justement ne pas avoir joué votre propre rôle en incarnant l'un des frères ?
Je pense qu'il fallait des gens plus jeunes que moi. En plus, au moment du tournage, je n'étais pas très libre. Quand on pense à Michaël Youn et Ary Abittan, ils évoquent tout de suite la comédie. Ces deux acteurs ont beaucoup d'arrières plans et de profondeur. Ils sont capables de jouer quelque chose de plus grave. C'est peut-être moins évident pour Michael Youn, mais on voit cette émotion, cette profondeur dans certaines scènes du film, où il est absolument remarquable.

"On doute, mais il faut y aller"

Qu'est-ce qui a été le plus difficile pour vous en tant que donneur ?
Le suspense suivant les différentes étapes et contrôles médicaux. D'autant plus que les médecins et professeurs que vous rencontrez, ne sont absolument pas délicats, ni diplomates. Ils ne vous donnent quasiment jamais les résultats. Il y a vraiment un manque épouvantable de psychologie, de compassion. Il a fallu que j'appelle à plusieurs reprises pour demander si tout allait bien. Le pire est le rendez-vous avec le juge (ndlr pour signer le consentement avant le don d'organe) et qu'il vous demande : ''Savez-vous que vous pouvez mourir ?'' Cette question est terrible. On doute, mais il faut y aller.

Comment vit-on avec un seul rein ?
Comme si de rien n'était. Je n'ai jamais vu de différence. Regardez-moi, tout va bien (rire). Je n'ai aucun traitement, ni suivi médical. Chaque année, je fais une simple prise de sang. Ce n'est pas le donneur qui est pas malade, mais celui à qui vous donnez l'organe. Si vous donnez votre rein, c'est que vous êtes en parfaite santé.

Que pensent vos proches du film ?
Ma sœur l'adore. Elle trouve que c'est très réussi parce qu'il est à la fois drôle et que ça dit tout. Je ne parlais plus de ce sujet avec ma sœur. Cette histoire est derrière nous. Dieu merci, nous parlons à présent du futur car elle a la chance d'être en bonne santé maintenant, et c'est le plus important.

Êtes-vous engagé auprès d'associations pour prêcher votre parole de donneur ?
Oui, bien sûr. Je suis très engagé auprès de deux associations. L'AIRG, qui s'occupe de la recherche sur les maladies génétiques rénales orphelines, et La Fondation du rein.

J'ai lu que vous étiez quelque peu énervé contre France 2, qui vous avait également promis un débat autour du don d'organes...
Non. France 2 ne m'avait rien promis, mais on en avait parlé. Mais actuellement, ils ont épuisé leur quota de débats pour l'année.

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